LUX
C'était l'aube d'un jour de gaîtés et de rondes
En la clarté rieuse et rose des matins
Où le Printemps s'échappe à ses exils lointains
Pour d'un rire éveiller le sommeil des vieux mondes,
C'était l'aube d'un jour de joie et d'allégresse Dans l'azur rajeuni de l'Orient charmé, C'était l'effeuillement des couronnes de Mai, La moisson douce et la vendange sans ivresse,
De simples fleurs que se paraient les chevelures Et non plus de l'orgueil d'un pampre rougissant, Ce n'était pas l'orgie équivoque et le sang Des grappes ni sa pourpre chaude et leurs souillures
La fraîcheur nuptiale et claire des rosées Mouillait seule les doigts et perlait seule aux mains Des Vierges qui passaient, blanches, par les chemins Dans le silence des campagnes reposées.
Il s'en venait parfois sm' les brises chargées De parfums l'éclat pallié d'un rire pur, Et tout là-bas la mer infinie et d'azur Prolongeait l'horizon des plaines étagées.
Le doux vent qui poussait les lames sur les grèves En lents écroulements d'écume au sable clair Apportait d'un pays autre de par la Mer Le vol transmigrateur des Espoirs et des Rêves ;
C'était comme le souffle d'un Dieu qui délivre ! Et l'attrait rayonnant de cette nouveauté Rajeunissait l'enchantement et la beauté De la vie et donnait de fous désirs de vivre...
Voici le Temple enguirlandé du seuil au faite Le marbre blanc scintille et rayonne aux frontons, Voici la porte ouverte et le parvis; montons L'çscalier incrusté jonché de fleurs de fête :
Autour du toit un vol de colombes fidèles Tourne et s'abat épars parmi l'azur profond Du ciel, et c'est ainsi que viennent et s'en vont Les heures s'envolant avec un frisson d'ailes ;
En cortège vers l'ombre et l'abri des ramures Les couples vont rêver leurs rêves préférés, Et des oiseaux goulus piquent les grains pourprés Des muscats grappelés et des grenades mûres ;
Le soleil qui ruisselle inonde les porphyres, Les plaines et les bois et la mer sont de l'or ! Là-bas, dans la forêt massive qui s'endort, Passe l'appel jeté des Odes et des Rires.