LA VAINE VENDANGE
Un sang miraculeux saigne dans les calices D'où déborde en caillots la pourpre des rubis, Et voici s'allumer aux soirs des sacrifices Les cierges, blancs comme la toison des brebis !
Du trésor opulent des laines de la tonte Nous avons façonné par le soin de nos mains Des ceintures d'opprobre et des robes de honte Que nos Epouses traînèrent par les chemins ;
Leurs lèvres où s'ouvrait la rose des sourires
Ont fleuri leurs parfums pour d'autres que pour nous,
Et les doigts enhardis et velus des Satyres
Ont manié le poids de leurs cheveux d'or roux.
Chevelures blondes et fauves d'auréole Où nous voulions Téclat des étranges joyaux, Trophée étrange et prix d'une gloire frivole Qui chargent le retour opime des Héros !...
L'Ile où nous a menés le vol dompté des Cygnes Traînant la conque d'or sur des mers de saphyr, Vers la maturité des vergers et des vignes Sur qui de grands couchants d'Automne vont mourir,
Le jus des fruits sacrés et le pur vin des grappes Dont s'exalte une ivresse aux cerveaux avinés Ont trompé notre soif au soir de nos étapes Que brûlèrent les feux des soleils déclinés,
Vendange de la Gloire insipide et cruelle Du sang saigne au calice et déborde, rubis !
Et dans le soir la flamme pâle s'échevèle Des cierges, blancs comme la laine des brebis.