ÉPISODES IS
Et, dans un tournoiement cabré de danse agile, Cette foule, en ce soir d'ivresse jovial, Heurte et boit, méprisant or et verre fragile,
Le Vin né de la Terre en des coupes d'argile !
J'ai cueilli, pour moi seul, ce soir, la grappe unique
Et je remporte, ayant de la terre aux genoux,* Soigneusement roulée aux plis de ma tunique, Par le chemin du val où glissent les cailloux.
Vers le sommet du mont où la grotte recèle Le trésor ignoré des merveilleux bijoux Dont réclat fulgurant dans l'ombre se décèle.
Parmi tous je connais la coupe sans défauts Dont le métal sonnant de saphyrs se bosselé, Digne du Vin versé dans ses ors triomphaux ;
J'y boirai tout le sang de la grappe cueillie Comme on mange le bled mystique que la Faulx p Ne fauche pas aux champs de la Terre avilie...
Voici d'ombre et de soir tout site atténué Dans un effacement de rêve qu'on oublie, La Ville en bas redit son cri diminué,
Echo du monde vain que mon mépris déserte, Clameur d'un peuple en joie à sa danse rué Et dont vient à mes pieds mourir la voix inerte.
Cependaîit que tourné vers la Mer qui tout bas Déferle sourdement sur la plage couverte Des écumes, sueurs des vagues en ébats,
Je convie à' fêter l'ivresse des breuvages Les Oiseaux merveilleux qui voltigent au ras Des flots jaillis emperlant l'essor des plumages.
Rôdeurs infatigués des Iles et des Mers
Et qui portent au bec des fleurs et des messages
Par delà FOccident des Océans amers,
Voyageurs jamais las et forts qui sont mes rêves, Et dont les ailes sont couleur des outremers Du ciel en ces pays où Tor sable les grèves ;
Voici qu'autour de moi vole et tourne Tessaim; Leurs pennes de métal ont des lueurs de glaives Et j'écrase joyeux la Grappe de raisin,
Tandis qu'au loin la Mer calmée a tu ses râles,
Je lève dans la Nuit et le Silence saint
La coupe, et bois le vin des vendanges lustrales
Où tremblent des reflets d'étoiles sidérales. '