A MME LA MARQUISE DE S. GERMAIN
Considérez ce que vous faittes ;
Les lieux que vous embellissez
Valent-ils ceux que vous laissez ?
Pouvez vous, sans ingratitude,
Vous cacher dans la solitude,
Quand ce climat qui vous est doux
Languit & souspire après vous ?
Que l'amour, qui vous accompagne,
Va faire une rude campagne !
Car c'est la pure vérité,
Qu'il souffrira de son costé ;
Ce n'est pas qu'il n'aime vos charmes,
Qui par tout luy fournissent d'armes ;
Mais Paris est un lieu charmant
Qui sans doute est son Elemant ;
Ce Dieu vous estant inutile
Loin de la Cour et de la ville,
Il vous seroit bien obligé
S'il avoit deux mois de congé :
Il feroit cesser mille plaintes,
Rallumant des mesches esteintes
En des yeux qu'il rend nos vainqueurs
Et qui n'en veulent qu'à nos cœurs.
Mais, ô Marquise sans pareille,
Vous nous faittes la sourde oreille, [170]
Car en fin vous ne voulez pa>
Que ce dieu quitte vos appas ;
Vous sçavez bien, en conscience,
Qu'il n'aura nulle impatience
Tant qu'il aura la liberté
D'accompagner vostre Beauté.
MONSIEUR