‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inédits (volume 2)Chapitre 143 sur 185 · Voy. p. 224, n · texte numérisé non relu

Voy. p. 224, n

5. Anne-Geneviève de Bourbon (1620-1679), fille d'Henri II de Bourbon, prince de Condé, et sœur du duc d'Enghien (futur grand Condé) et du prince de Conty, est la seconde femme d'Henri II d'Orléans, duc de Longueville. Celui-ci est alors à Munster, en Westphalie, en qualité de plénipotentiaire pour la conclusion de la paix générale (Moreri).

La duchesse de Longueville est âgée de 26 ans ; elle va partir le 21 juin 1646 pour aller rejoindre son mari à Munster (Ga\eties : 1646, p. 492).

4. Isaac de Bensseradde (a) (1615-1691) a déjà publié plusieurs pièces de théâtre, et les recueils collectifs contiennent de très nombreuses poésies de lui. Il a 55 ans. Bientôt il deviendra le poète attitré des ballets de la cour, et en 1674 il sera reçu à l'académie française à la place de Chapelain (Moreri. — Voy. aussi Tallemant : VI, 12=0.

5. Henri-Louis Habert (^-1679), seigneur de Mcmtmort, académicien et maître des requêtes, est réputé pour son intégrité et son amour des lettres et des sciences ; sept ans plus tard (1655), il prendra chez soi le célèbre Gassendi, et, après la mort de celui-ci, il en publiera les œuvres, en les faisant précéder d'une préface latine (Moreri. — Bougerel, Vie de Gassendi : p. 372).

Chapelain dira de lui : « Il a beaucoup d'esprit... » ([Camusat], Mélanges de litt... : p. 259).

(a) C'est ainsi que signent les membres de sa famille qui l'ont précédé ; c'est ainsi qu'il signe lui-même, quelques mois après la présente épitre (Cab. des titres : Pièces orig. 291 : 6302, f,s 4, 6, 11).

Vers ce climat, tu n'en reviendras pas.

*5 Est-ce cholere ou chagrin qui te chasse ?

Qu'a fait Paris pour estre en ta disgrâce ? Ce lieu Divin *, ce lieu délicieux, Ce Paradis des âmes & des yeux, Cet Abrégé des Miracles du Monde,

20 Ce grand Paris, enfin, où tout abonde,

Où, pour les doux & les nobles désirs, On void germer tous genres de plaisirs, Où se délecte une ame vertueuse Tout aussi bien qu'une voluptueuse,

2 5 Car en la tienne, & soit dit en passant,

On peut trouver ce meslange innocent 2, Ce beau lieu, di-je, à toy seul est funeste. Quoy ! tu le vois comme un séjour de peste ? Quoy ! tu le fuis ? quoy ! tu le veux quitter ?

3° Vaut-il pas bien Osnabrug & Munster ?

T'a-t'on marqué, vers ce climat sauvage, [173 Quelques douceurs qui soient à ton usage ? T'a-t'on promis de t'y monstrer un Cours 3 Tel que celuy que tu vois tous les jours ? T'asseure-t'on que les galanteries Y vallent bien celles des Tuilleries 4,

1. Sur l'amour de Bois-Robert pour Paris, cf. Ep. xxxyii, v. 3 j- 54 ; et, dans les Epistres de 1659 : Livre IV, Ep. vi, v. 55-60.

2. Chapelain dira d'Esprit : « L'inégalité de sa vie, quoique toujours innocente, le fait connoître pour un homme de peu de tête, & n'a pas empêché qu'on ne l'ait aimé «à cause de sa bonté. De Prédicateur il est devenu Courtisan, & de Courtisan père de famille... » ([Camusat], Mélanges de Utt.... : p. 258).

3. Le cours la reine, que Marie de' Medici fit planter en 1616 le long de la Seine, au dessous de la porte de la conférence ; il est alors formé de quatre rangs de beaux ormes (Félibien, Hist. de la ville de Paris... : II, 1378).

j. Voy. p. 218, n. 2.

Et que les jeux, les grâces, et les Ris

Y sont en foule ainsi que dans Paris ?

Posons ce faict comme un faict véritable,

Quoy que d'Avaux l, Oracle indubitable,

En ait parlé comme d'un lieu maudit 2,

Et qu'on ait cru tout ce qu'il en a dit.

Pourquoy chercher en terre si lointaine

Ce que chez toy tu possèdes sans peine ?

Je dy chez toy, car tu t'en ez fait un

Sans courtiser & sans estre importun,

Grâce aux bontez d'une Illustre Princesse,

Grande en vertus aussi bien qu'en noblesse,

Qui du mérite est l'arbitre aujourd'huy

Et qui t'a cru digne de son appuy.

11 n'est ny voix ny louange publique

Qui dignement de cette Ame héroïque

Puisse exprimer les honneurs immortels,

Dignes de vœux & d'encens et d'Autels.

Mais, à propos, on dit qu'elle nous quitte,

Qu'à ce départ Amour la sollicite,

Et qu'elle va dans ces lieux détestez [*74]

1. Claude de Mesmes, comte d'Avaux (1595 ?-i65o), est conseiller d'Etat depuis 1632, et surintendant des finances (avec Nicolas leBaillecl) depuis juin 1643. Après avoir été successivement conseiller au grand conseil, maître des requêtes, ambassadeur à Venise, à Rome, à Mantoue, à Florence, a Turin, au Danemark, en Suède, en Pologne, à Hambourg, il est, depuis deux ans (16 mars 1^4), en Westphalie (tantôt à Munster, tantôt à Osnabriick), en qualité de plénipotentiaire pour la conclusion de la paix générale (Galettes : 1643, P- 499 J I^44> p. 211. — Moreri. — Tallcmant : IV, 413). Il a 51 ans.

2. Le 15 octobre 1644, le comte d'Avaux écrivit à Voiture : « Vrayment il vous sied bien d'exiger d'un homme confiné dans la Westphalie, qui est une vive image de la barbarie de l'ancienne Allemagne, de répondre aux inspirations qui vous viennent à la ruelle du lit de Madame la Marquise... J'ay non seulement oublié toutes les gentillesses de France, mais j'en ay presque oublié la langue. » (Lettres du comte d'Avaux à Voiture... : p. 10).

Porter l'éclat de ses rares bcautez «.

Ah ! s'il estvray, je t'ayfait injustice, 60 Car, en suivant l'Astre qui t'est propice,

Tu vois Paris, tu vois toute la Cour, Tu vois les Ris, les grâces & l'Amour, Puisqu'on peut voir en cet Astre adorable Ce que le monde a de plus admirable.

65 Que je te trouve heureux & glorieux,

De suivre ainsi ce chef-d'œuvre des cieux ! Qu'à ton retour tu nous diras de choses ! Tu la vas suivre en la saison des roses, Et, même aux lieux qui n'en produisent pas,

7° Tu les verras fleurir dessous ses pas ;

Zephire & Flore, amoureux de ses grâces, Contre tout ordre iront dessus ses traces Vers l'Ourse froide, & par eux ses chemins Seront bordez d'œillets et de jasmins.

7> Une beauté si parfaite & si pure

Sera l'objet 2 de toute la nature, Quy vaincra tout, qui voudra tout forcer Pour luy complaire et pour la carresser. Le seul Soleil, poussé de mesme zelle,

80 Par pur respect craindra d'approcher d'elle :

Il pourroit nuire, échauffant sans besoin Ce froid Climat qu'il ne void que de loin ; Il voudra donc, de peur de luy déplaire, ['7)] Se contenir dans sa route ordinaire,

85 Si cet object, des dieux mesme adoré,

1. La duchesse de Longueville partira de Paris le 21 juin 1646 (Gaiettes : 1646, p. 492), et arrivera à Munster le 26 juillet (id., p. 690). Cette épître est donc écrite avant le 21 juin 1646.

2. Objet, au sens amoureux qu'il a si fréquemment a cette époque.

Luy peut souffrir d'estre si tempéré.

Tu ne verras aucun peuple sauvage :

On ne l'est plus dés qu'on void ce visage,

Qui peut en l'ame imprimer aisément

Et la raison & le sain jugement,

Et qui pourroit, d'un seul mot de sa bouche.

Apprivoiser l'esprit le plus farouche.

Ah ! cher Esprit, que son illustre Espoux,

Qui, séparé d'un visage si doux,

Pour se donner à la France qu'il aime

A bien voulu se priver de soy-mesme,

S'impatiente, en sa tendre amitié,

D'estre rejoint à si belle moitié !

Il connoist bien, ce Héros Magnanime,

En procurant une paix légitime,

Que, tout prudent & tout puissant qu'il est,

Pour desmellerun si grand interest,

Avec ses soins, sa force et son adresse

Il a besoin de sa belle Princesse.

Il veut remplir nos vœux & nos souhaits ;

Et, s'il veut faire une solide paix,

Une vertu, qu'aucun peuple n'ignore,

Que le Danube & que le Tage adore,

Que l'on respecte en cent climats divers, [176]

Qu'on peut nommer l'Amour de l'Univers,

Qui ne void rien qui ne cherche à luy plaire,

Bref qui ne trouve aucun party corftraire,

Devoit agir & parestre à Munster

Pour tout unir & pour tout adjuster.

Cette vertu dont elle est possédée

Sera encor d'une autre secondée f,

1. La duchesse de Longueville emmènera avec soi sa belle-Hlle,

En qui l'on void les mesmes qualitez,

Et qu'on adore aussi de tous costez.

Dés que Munster verra ces deux Princesses,

120 Dés qu'il aura ces deux belles Hostesses,

Tous Députez, par leurs yeux abbatus, Rendront d'abord hommage à leurs vertus ; Et ces beaux yeux, qui n'ont point d'adversaires, Seront là seuls Plénipotentiaires,

125 Pour establir, comme absolus vainqueurs,

La Paix par tout, excepté dans les cœurs ».

Marie d'Orléans, dite la demoiselle de Longueville (162 5-1 707), tille de la première femme du duc de Longueville. La demoiselle de Longueville a 21 ans et sa belle-mère en a 26.

1. Lorsque Jacques Esprit sera en Westphalie, Bois-Robert lui adressera une autre épître (Epistres de 1659 : Livre Ier, Ep. ni).

MONSIEUR

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