‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inédits (volume 2)Chapitre 22 sur 185 · Dans l'Epistre xxx, A Monsieur Gineste (v · texte numérisé non relu

Dans l'Epistre xxx, A Monsieur Gineste (v

}. Pierre Corneille, âgé de 40 ans, est à l'apogée de sa gloire. Il s'occupe de faire éditer Théodore, et achève Hèraclius qui sera représenté à la fin de l'année. Au début de l'année prochaine (22 janvier 1647), il sera reçu à l'académie française pour y remplacer François Mainard qui viendra de mourir (voy. la note de la page précédente).

Les vers ci-dessus seront recueillis pour la première foi» par

l'abbé Granet, dans les Œuvres diverses àt Pierre Corneille, 1738 (p. 164), mais avec une faute au dernier vers, où Cinne est remplacé par Chuta.

Il est permis de supposer que les relations de Bois-Robert avec la famille Corneille remontent au temps où François le Métel était avocat à Rouen. En tout cas, on est certain qu'il fréquentait déjà Pierre Corneille au début de 1634, puisque, dans l'édition originale de La Vefve ou le Traistre traly (achevée d'imprimer le 13 mars 1634), figure, parmi les 26 pièces liminaires, un sixain signé : Bois-Robert (A Monsieur Corneille).

Sur les Epistres de Monsieur

de Boisrobert, Abbé

de Chastillon.

PAR MONSIEUR MASCARON r.

Bien que le seul nom de V Auïheur de ces Epistres soit un préjugé de leur excellence, je ne doute point que la lecture a" un si bel Ouvrage ne surpasse toutes les espérances qu'on en pourvoit avoir conceues, &. qu'on ne regarde avec admiration tant de beauté^ cachées sous un tiltre qui semble ne rien promettre que de médiocre. Voici pourtant dequoy desabuser certains Esprits préoccupés de cette fausse opinion que tout ce qui n'est pas sérieux & grave ne sçauroit mériter le nom de beau, & qui croyent avoir fait beaucoup d'honneur à la plus excellente pro-

i. Pierre-Antoine Mascaron (vers 1600.. ..1601-164 7), docteur es droit, avocat au parlement de Provence, et père du futur prédicateur Jules Mascaron, a déjà écrit plusieurs ouvrages d'éloquence et d'histoire. Il a récemment achevé sa Rome délivrée ou la Retraite de Gains Martin* Coriolanus, avec soit Apologie, et vient d'arriver à Paris en juin 1646. Recommandé à Chapelain par M11* de Scudéry, il n'a pas tardé à faire la connaissance de Bois-Robert. Celui-ci, qui vient de faire commencer l'impression de ses Epistres, demande alors à l'éloquent Mascaron de lui écrire une préface pour ce volume : c'est celle qu'on va lire ici.

Vers le même moment, le 9 juillet, Mascaron obtient un privilège

io duciion de celle nature quand ils ont dit qu'elle est assez jolie. Jesçay lien que, comme on entend plus aisément le bruit des torrens qui roulent avec rapidité que le murmure des fontaines qui coulent doucement, ce n'est pas merveille que les grâces de ce genre d'escrire ne soient pas connues de tout le monde. Ceux

15 qui battent des mains quand ils voyent un stile nombreux, de graves sentences, & des poinctes aiguës, n'ont garde de bien connoistre la belle raillerie et la naifvetè des pensées et des expressions. Une façon d'escrire aisée & naturelle leur semble basse, & ils croyent que, comme on est contraint de fouiller dans les

20 entrailles de la terre pour en. tirer le métal qui, dans le commerce, donne le prix à toutes choses, aussi l'Esprit ne sçauroit rien produire de précieux & d'estimable s'il ne se l'arrache avec peine & avec violence. Il faut sans doute avoir le goust bien raffiné, il faut connoistre ce qu'il y a de plus rare dans la

21 Cour1, & entretenir un commerce avec l'Antiquité la plus délicate, pour juger sainement de ces beauté^ exquises, dont l'éclat contente la veue sans la blesser & sans l'esblouir. C'est de ce stile agréable qu'Horace entretenoit Auguste, quiprenoit tant de plaisir à lire ses belles Lettres qu'il luy commanda en

30 des termes tres-obligeans de luy escrire plus souvent qu'il ne l'osoit faire par respect, luy demandant s'il seroit marri d'aprendre à la Postérité qu'il avoit traiité familièrement avec

pour l'impression de sa Rome délivrée, qu'il dédie à Mazann, et qu'il confie aussitôt à l'éditeur Augustin Courbé. Bois-Robert, pendant que s'achèvera l'impression de ses Epistres, acquittera sa dette littéraire envers Mascaron en écrivant à sa louange une épître en vers qui paraîtra, le 6 août, parmi les pièces liminaires qui précéderont Rome délivrée (a).

Sur Pierre-Antoine Mascaron, voy. : Maurice Cauchie, L'avocat Pierre- Antoine Mascaron, père du prédicateur.

i.Cf. un passage de l'épître dédicatoire de Bois-Robert(lignes 16-19, p. 18) et les huit premiers vers de la pièce liminaire de Gombauld (p. 21).

(a) Voy. cette épître p. 257.

le Maisîre du Monde. En effet, il n'eslevoit gucres davantage son stile en escrivant à Auguste ou à Mécène, à la fortune

35 duquel il estoit attaché, que lors qu'il escrivoit à son Fermier pour Vexorter à se contenter de la sienne : Et neantmoins nos Critiques les plus judicieux n'ont pas fait difficulté de préférer ses Epistres à ses Odes, & ils nous asseurent qu'on y voit mieux paroistre la douceur & la force de son Génie. Aussi nous

40 remarquons, dans la décadence de l'Empire Romain qui fut suivie de celle des bonnes Lettres, qu'on s'aprocha de l'ignorance & de la barbarie d'abord qu'on commença de mespriser cette belle éc naïfve façon d'escrire dont nous parlons, pour mettre en usage & en crédit, dans les Vers & dans la Prose,

45 les fausses beauté^ d'un stile enflé &. ces expressions Gottiques qui corrompirent entièrement la langue Latine en croyant la rendre plus pompeuse & plus magnifique : Pourveu qu'il y eust quelque feu dans les productions, on ne se soucia point de les noircir d'une fumée importune & d'un galimathias perpétuel ;

50 & les Auiheurs de ce temps-là ne mirent plus de différence entre la force & la dureté du stile, non plus qu'entre l'enflure & l'embonpoint. Certes, j'avoue que j'aurois dignement loué le mérite de ce Livre & de sou Autheur si j'avois parlé comme il faut de l'excellence de ce genre d'escrire : car, après en avoir

5 5 formé une Idée sur les préceptes & sur les exemples des Anciens, je n'y découvre point de beauté ny de justesse qui n'éelattent dans ces Epistres. Monsieur de Boisrobert les imite si parfaitement, qu'il paroist bien qu'il a souvent sacrifié aux Grâces, qu'elles ont respandu sur son esprit tout ce quilles ont de doux

60 et d'aimable, & que c'est de leurs mains délicates que ses Ouvrages reçoivent cet air charmant & enjoué, sans se départir toutefois de l'exacte régularité que ce caractère demande. Ils sont dans ce juste tempérament qui tient le milieu entre le sérieux &. une raillerie trop libre : ou, si vous voulez, dans ce

65 Burlesque agréable qui plaist à tous & qui ne blesse personne,

à cause qu'estant un raffinement de la véritable galanterie, il s'esloigne autant de la licence du Théâtre que de l'aigreur de la Satire. Ce n'est pas qu'il ne reprenne asse\ souvent les vices & la corruption du Siècle ; il le fait pourtant avec tant

70 d'adresse & de douceur l, que ceux qui verront leurs taches dans ce miroir aimeront sans doute la glace qui les leur représente, & ils auront plus d'envie de corriger leurs défauts, se voyant repris de si bonne grâce, que si la Satire ou la Morale mesme les leur avoit reproche^ d'un stile mordant ou avec un

75 front severe. Mais, s'il est agréable lors qu'il reprend, n'est-il pas inimitable dans les louanges qu'il donne à ses Amis, où l'esprit & l'industrie brillent par tout d'une lumière si belle, que la Vertu la plus austère ne sçauroit résister à de si douces tentations ? Il ne fait point de bassesse pour eslever les autres ;

80 on n'y voit point de flatterie qui soit importune, <Sc sa façon de louer ne ressemble pas à ces pluyes dont l'impétuosité nous incommode, mais à ces douces rosées qui humectent agréablement, & dont on se trouve couvert et rafraîchi avant qu'on s'en soit aperceu. fe ne doute pas que lesDivi-

S, nite\de la Cour n'avouent qu'on ne leur a jamais offert de parfum plus exquis que celuy que cet Ouvrage leur présente ; &, bien que leur noble orgueil ne veuille pas recevoir toute sorte d'offrandes, celle-cy est si précieuse, qu'après l'avoir receue sous les Dais 2 &. dans les ruelles, où l'on n'admet rien

90 que de rare, elles la jugeront encore digne de leurs Autels, d'où rien de prophane n'oseroit aprocher. Aussi doivent-elles

1. « Il raille de si bonne grâce, il pique si doucement, enfin il est si agréablement censeur & severe, que je luy pardonnerais quasi quand je m'en verrois mal traittée. » ([Abbé de Pure], La Preticuse : p. 564).

2. C'est-à-dire chez les rois, les princes, et les ducs. « Dais. s. m. Meuble précieux qui sert de parade & de titre d'honneur.... Il n'y a

des dais que chez les Rois, chez les Princes & les Ducs » (Fure-

tière 1690).

estimer infiniment les Eloges d'un homme qui connoit fort bien

u'il loue, & auquel une nature excellente, & si bien achevée

à la Cour, a formé un goust tres-delicat & un parfait discer-

9 S ne ment en cette matière, fe différer ois trop longtemps la satisfaction des Lecteurs si je voulois dire tout ce que je pense sur ce sujet ; mais la modestie de Monsieur de Boisrobert me défend ce que la vérité m'ordonne & ce que je devrois à Y amitié dont il veut bien m'honorer. Tout cela pourtant ne seroit pas

ioo capable de m'en destourner si je n'estois asseuré de l'estime publique que ces belles Epistres ont desja justement acquise, & qu'on n'a qu'à les lire une seule fois pour les aimer tous jour s &. pour n'estre jamais las de les relire.

A MONSIEUR

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