L'éditeur des présentes Epistres
2. Des divers sens que donne, pour ce verbe, le Dictionnaire de Godefroy, seul le sens actuel peut convenir ici, à condition de faire permuter le sujet et le complément direct.
5. La boutique de l'éditeur Cardin Besongne se trouve au palais de justice <r au haut de la montée de la St0 Chappelle » (Voy. p. 15).
4. « Ce mot se dit du stile & du discours & veut dire exact, rbàtic. * (Richclet 1680).
6s L'autre, expliquant gravement sa pensée,
Dira que là telle rime est forcée, Et que tel Vers, s'il estoit rajusté En tel endroit, feroit grâce & beauté ; Enfin chacun prendra toute licence
70 De prononcer contre moy sa sentence.
Adjouste encore à ces fascheux succez Qu'on me pourra faire d'autres procez : L'impertinent dont j'auray voulu rire Se cherchera peut-estre en ma Satyre,
7S Et se voudra telle estoille appliquer
Que pour un autre on aura pu marquer.
Ce qui sur tout blesse ma modestie, Et qui ne peut souffrir de repartie, C'est que mon nom retentira par tout
80 Dans le Palais de l'un à l'autre bout.
Si je vay là par fois pour mes affaires,
Que deviendray-je, oyant trente Libraires
Me clabauder, & crier de concert : [5]
« Deçà, Messieurs ! acheptez Boisrobert ! » ?
85 Je n'en pourray jamais souffrir la honte :
Desja le sang au visage me monte.
Quoy ! Sarrazin, je me verray vendu A tel coquin qui fera l'entendu ?
Je souffriray, devenu marchandise,
90 Qu'un vil Pédant à mon nez me mesprise ?
Je passeray, pour vingt ou trente soûls, Entre les mains des brutaux & des fouis ? Chacun pourra m'enlever sous l'aisselle, Et me porter ainsi qu'une vaisselle
95 Dans le bordel ou dans le cabaret
Pour m'enfumer comme un haren soret ?
Je serviray d'enveloppe aux beurrieres,
A MONSIEUR SARRAZ1N. 39
Ou, s'il eschet, à plus viles matières,
Car tel pendart, tel fat, ou tel cocu
Fera de moy, s'il veut, son torchecu ?
Tu n'as pas bien considéré ces choses,
Ny bien pris garde à ces Métamorphoses,
Car, en sagesse ayant peu de pareils,
Tu m'aurois peu donner d'autres conseils.
Pesons bien tout, avant que je m'engage ;
Ne faisons rien qui me porte dommage.
Ton jugement, qui m'a favorisé »,
Devroit assez m'avoir authorisé ;
Avec luy seul, Sarrazin, je t'assure [6]
Que je ferois la nique à la censure ;
J'ay grand respect pour tes sages advis,
Et les aurois aveuglement suivis
Sans l'amitié que tu m'as fait parestre,
Qui te corrompt ou t'aveugle, peut-estre.
Avecque toy, consultons pour le mieux
Nos vieux amis, nos amis sérieux ;
Prenons l'advis des plus mélancoliques 2 ;
Déferons mesme à ces rudes critiques
Par toy nommez Frères Observantins,
Qui, controllans les Grecs & les Latins
Et s'acharnans sur les pièces nouvelles,
Trouvent à mordre aux choses les plus belles 3 ;
1. Parmi les dictionnaires de l'époque, seul celui de Cotgrave donne, pour le mot favoriser, le sens très particulier qu'il a ici : celui du verbe anglais to countenance, c'est-à-dire approuver.
2. Mélancolique a ici son sens étymologique, c'est-à-dire celui iï atrabilaire.
3. 11 s'agit évidemment des académiciens, dont l'acharnement à critiquer les œuvres nouvelles sera relevé par Pellisson, l'historiographe de l'académie : « Elle s'est fort souvent occupée à examiner des pièces qu'on luy presentoit, de ceux de la Compagnie.... Tout ce qu'on y presentoit de cette sorte estoit examiné avec tant de soin &
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Et, si ceux-là me trouvent bon rimeur, Je suis content qu'on aille à l'Imprimeur. Bref, m'erigeant en Livre assez crotesque Et réimposant le nom de bon Burlesque, Regarde bien si je vaudray mon pris ; Espargne-moy la honte & le mespris :
Pour cet effet, gagne-moy les suffrages Des Chapelains l, des Guyets 2, des Ménages Ces grands esprits aussi pleins d'équité Que d'agrément & de solidité ;
avec tant de rigueur, que le Cardinal se crut obligé plusieurs fois d'exhorter l'Académie à en avoir un peu moins. Peut-estre vous feray-je plaisir d'insérer icy ce que j'ay trouvé sur ce sujet dans le Registre du Lundy 12 Novembre 1634, qui vous fera voir aussi quelle est la forme de ces registres. | Sur ce que Monsieur de Boisrobert a encore dit à h Compagnie que Monsieur Je Cardinal la prioit de n'affecter pas une sévérité trop exacte, afin que ceux dont les ouvrages seront examine^ ne soient point rebute^, par un travail trop long & trop pénible, d'eu entreprendre d'autres, & que l'Académie puisse produire le fruict que son Eminence s'en est promis pour l'embellissement & de la perfection de nostre Langue : Après que les voix ont esté recueillies, il a esté arreslé que Monsieur le Cardinal seroit tres-humblement supplié de trouver bon que la Compagnie ne rclasclxist rien de la sévérité qui est nécessaire pour mettre les choses qui doivent porter son nom ou recevoir son approbation, le plus près qu'Use pourra de la perfection.... » ([Pellisson], Relation..., p. 264).
1. Jean Chapelain (i 595-1674) est « conseiller du roy en ses conseils » et vit depuis treize ans chez le duc de Longueville. Il a 51 ans. Sa réputation comme critique est déjà ancienne, puisqu'en 1637 il fut chargé par l'académie de formuler avec Conrart Les Sentimens de l'Académie françoise sur la tragi-comedic du Cid. Voy. aussi p. 66, n. 6.
2. François Guyet (a) (1575-165 5), qui a été précepteur du futur cardinal de la Valette, est l'un des meilleurs critiques du xvn° siècle : il s'est acquis la réputation d'un très savant homme, bien qu'il n'ait rien fait imprimer ; en outre, il excelle à faire des vers latins. Il est franc, sincère, libre-penseur et homme de bien. Il est âgé de 71 ans, et vit retiré au collège de Bourgogne. Dans Les Œuvres de Maynard, qui vont paraître presque en même temps que les Epistrcs de Boisllobert (voy. p. 26, n. 2), figureront deux épigrammes latines de Guyet parmi les pièces liminaires.
Sur Guyet, outre l'article de Bayle, voy. : Menagiana 171 5 (I, 316; II, 237 & 302) ; Uri, François Guyet; Ch. Drouhet, Les originaux du ce Barbon » (étude très importante).
3. Sur Gilles Ménage en 1640, voy. p. 20, n. 1. (a) Orthographe hypothétique.
Laisse imprimer s'ils disent qu'on imprime, Et sur leur foy laisse courir ma rime. Sous leur aveu, mocquons-nous des moqueurs, [7] Bernons les sots, raillons les critiqueurs ; Nargue pour eux, si tu me veux respondre Que tels garands sont prests pour les confondre. Apres cela, me lutte l qui voudra :
140 Je feray teste à celuy qui viendra.
Mais, si je suis appuyé de vous quatre, Qui paroistra ? qui m'osera combatre 2 ?
1. L'expression lutter quelqu'un, déjà très archaïque au moment où Bois-Robert l'emploie, ne se trouve dans aucun dictionnaire de l'époque. On la rencontre plusieurs fois dans les Essais de Montaigne.
2. Cette épître, qui ne fait aucune allusion à l'intervention de Conrart (voy. Ep. xxxvm et xxxix), est antérieure au privilège signé par celui-ci pour l'impression du volume : elle a donc été écrite avant le 4 juin 1646, mais très peu auparavant.
A MONSEIGNEUR