Voy. p. 56, n
2. Cette mention, vraie au moment où sont imprimées les épîtres, ne l'est pas encore au moment où celle-ci est écrite et envoyée à Claude Auvry (voy. la note 5 ci-dessous).
3. Lorsque Bois-Robert écrit cette épître, il^ est à la campagne (voy. v. 7), dans une * solitude » agréable (voy. v. 47), qui paraît être la même que celle dont il parle dans l'épître v (v. 45-54). Bois-Robert est donc en Normandie (voy, p. 58, note 2, i,r alinéa) : soit à Forges, soit dans ses terres du Bois-Robert.
Quant à la date de cette épître, rien ne permet de la fixer avec certitude. Elle est antérieure à mars 1646 (voy. la note 5 ci-dessous). Elle doit avoir été écrite soit dans l'été de 1644, S01t pendant le séjour que Bois-Robert fit en Normandie en juin-juillet 1645 (voy. Ep. ix). Comme Bois-Robert l'a placée aussitôt après l'épître vu adressée au même personnage, laquelle est du début de 1645, il est probable que
; Qui certes te pèseront moins [39]
Que tes emplois & que tes soins,
Permets que dans ma solitude,
Plus douce que ta servitude
Si j'ose en excepter l'honneur .0 D'estre auprez d'un si grand Seigneur,
D'un air gay je te puisse écrire
Ce que la liberté m'inspire,
Et que l'heur de t'entretenir
Soit tout mon but à l'avenir, j Tu vis sans cesse en ma mémoire ;
Je voy d'ici toute ta gloire,
Je voy ta pompe, mais aussi
Je voy ta peine &ton souci.
Ma vieille Cour me fait connestre : > Ce qui se passe chez ton Maistre ;
Je puis voir tout ce que tu fais
Aussi bien de loin que de prez.
C'est presque toujours mesme chose :
Jamais ton esprit ne repose, !> Il est sans cesse inquiété ;
Mais il se plaist d'estre agité,
Et, comme un flambeau qu'on allume
Et qui pour autruy se consume,
Il prend à gré d'user ses jours }o En veillant pour nostre secours.
Je pleins le tracas de ta vie, [40]
Et tout^ensemble je l'envie :
la présente épitre est de juin-juillet 1645, plutôt que de l'été de 1644.
4. Claude Auvry est abbé dans le sens d'ecclésiastique, mais n'est pas encore abbé dans le sens de supérieur d'une abbaye.
5. A défaut de la crosse et de la mitre d'abbé, Claude Auvry aura celles d'évêque en mars 1646 (voy. p. 56, n. 1). Ce vers prouve que l'épître est écrite avant mars 1646.
A MONSIEUR L ABBE AUVRY. 79
Un mal de Cour invétéré
Qui dans l'esprit m'est demeuré f
Me fait voir de l'or dans tes cheines
Et des douceurs parmi tes peines,
Qui font que, tout bien compensé,
Je n'en sçaurois estre lassé.
Je crois que tu me verras faire
Comme l'Esclave volontaire
Qui, dans sa chaisne accoustumé,
En est à la fin si charmé
Qu'il espouse par habitude
Une étemelle servitude.
Je ne me sens inquiété
Que pour me voir en liberté ;
Elle est douce, elle est innocente,
Mais basse, obscure & languissante ;
Enfin, elle ne peut valoir
Le plaisir qu'on a de se voir
Captif d'un Maistre incomparable
Dont l'éclat seul est adorable :
Tous les Grands vont autour de luy
Comme nous chercher de l'appuy ;
Il tient la plus saine partie
D'un grand Empire assujettie ;
Il peut, d'un coup d'œil seulement, [41]
Nous combler de contentement ;
Il enrichit d'une pensée
L'ame la plus intéressée ;
Il peut à toute heure, en tout lieu,
Faire d'un homme un demy Dieu
1. <r Boisrobert, malade d'une vieille maladie dont il ne guérira jamais, malade de la lascheté de la Cour, a fait cent bassesses au Cardinal [Mazarin], et puis en a mesdit. » (Tallemant : II, 409).
Pour peu qu'il luy fasse caresse Et le distingue dans la presse.
C'est régner, enfin, que se voir Esclave d'un si doux pouvoir ; Et tels esclaves, aux Provinces Sont honorez comme des Princes.
Souvent avecque les neuf Sœurs 70 Je m'entretiens de ces douceurs
Qui rappellent dans ma pensée L'éclat de ma gloire passée r, Et qui chatouillent plus mes sens Que tous ces plaisirs innocens 75 Qu'en vain je veux ici connestre
Depuis que j'ay perdu mon Maistre.
Quand j'ay bien debatu ce poinct, Cher Abbé, je ne te pleins point.
Ton plaisir surpasse ta peine ; 80 Outre que ta gloire est certaine,
Je voy fort aisément d'ici Que ta fortune l'est aussi : [42]
Tu sers avec honneur un Maistre Qu'on void comme un Astre parestre, 85 Mais qui brille par sa bonté
Plus que par son authorité ; C'est plus pour elle qu'on l'encense Que pour sa gloire & sa puissance ; Par l'une il se fait estimer, 90 Et par l'autre il se fait aimer ;
C'est ce talent inestimable Qui me fait voir ton joug aimable, Qui fait que j'en suis amoureux,
j. Voy. p. 47, n. 7.
A MONSIEUR L'ABBÉ AUVRY. 8l
Et qu'enfin je t'estime heureux.
Tu souffres bien, je le confesse,
Ht ton mal n'aura point de cesse,
Car, comme on connoit tes bontez,
On t'accable de tous costez ;
Si ta grâce estoit mesurée,
Ta peine seroit modérée ;
Mais quoy ? ton cœur, que je connoy,
Est aussi grand que ton employ ;
Et ton ame, en grâces féconde,
Cherche d'obliger tout le monde.
Si donc tu te sens agité,
Pleins-toy de ton trop de bonté,
Et souffre au reste que j'envie [45]
La pompe & l'éclat de ta vie.
A MONSIEUR
ROSSIGNOL
Conseiller du Roy en son Conseil d'Est at et Maistre ordinaire de sa Chambre des Comptes de Paris ' .
[écrite à Forges en juin ou juillet 1645] 2
Il luy tesmoigne avec quelque jalousie le desplaisir qu'il a de n'avoir plus ses entrées libres chez son Eminence pour n'avoir pas esté pressant & hardi comme les autres qu'il y void entrer 5.
Rossignol, qui hantes les Dieux, Si le bonheur qui t'accompagne Souffre que tu jettes les yeux [45]
Sur un pauvre homme de Campagne,
1. Antoine Rossignol (1600-1682), né à Albi, se livra dès sa jeunesse à l'étude de la cryptographie. Pendant le siège de la Rochelle, il entra au service de Richelieu pour déchiffrer les lettres des assiégés. Le siège terminé, Rossignol resta « employé à déchiffrer pour le service du Roy » (Arch. des AfF. étrang. : Mém. et doc. : France 806, f° 218 v°). « Le cardinal fit fort valoir cette science et i! tascha le plus qu'il put de faire croire qu'il n'y avoit point de chiffre que Rossignol
A MONSIEUR ROSSIGNOL. 8j
S'il est vray que le double employ Qui t'occupe à servir le Roy, Si Paris qui fait tes délices, Si tes aimables exercices, Enfin si la tendre amitié De ta douce & chaste moitié 4 Te permet de penser encore A ton vieil Amy qui t'adore, Pleins son chagrin & son ennuy ; Fais estât qu'il n'est plus celuy Qui fonda jadis sa cuisine Sous le doux toict de Merlusine $
ne deschiffrast. Cela ne luy fut pas inutile contre les caballes. » (Tallemant : II, 32).
Lorsque Bois-Robert lui écrit cette épître (été 1645), Rossignol est âgé de 45 ans. Il est depuis peu (18 février 1645) conseiller d'Etat et maître ordinaire en la chambre des comptes (Chambre des comptes. Mémoriaux. 1644- 164 5 : f° 717).
Louis XIV l'honorera toujours d'une estime toute particulière, qu'il marquera par une pension considérable qui lui sera continuée pendant toute sa vie (Perrault, Les Hommes illustres... : I, 57).
2. La date résulte de celle de l'épître suivante. Quant au lieu, voy. v. 101-103.