EPISTRE XVIII
[écrite à Paris, entre le 27 novembre 1645 et ^a f*n ^e mars J646] *
Il l'accuse d'estre venu à Paris sans l'en avoir adverti, & le menace de le traitter de la mesme sorte quand il ira en Normandie.
Charleval, t'ay-je veu parestre ?
Dy-moy, cela pourroit-il estre ?
Mon œil, sur les tiens arresté, M'a-t'il bien dit la vérité ?
1. Charles Faucon (a) (161 3 ?-i6c>3), seigneur de Charleval, aime et cultive les belles lettres. H a 33 ans. Les gens les plus polis chérissent sa personne et recherchent son entretien. Il a pour amis Bois- Robeit, Sarasin, Scarron et sa femme, Ninon de Lenclos, la comtesse de la Suze, Chapelain, Conrart, Mainard, etc.. Quoique peu riche, il est généreux ; c'est surtout aux gens de lettres qui! rend service, et sa bourse s'ouvre volontiers pour eux. 11 écrit avec beaucoup de finesse en vers et en prose. Ses poésies, éparses dans les recueils collectifs, seront réunies en un volume par Lefèvre, sr de Saint-Marc, en 1759 (Vigncul-Marville, Mélanges d'hist. et de litt. : I, 234. — Poésies de Charleval : p. 3, Avertissement).
Il fut, est, et sera successivement neveu, fils, frère et oncle du premier président au parlement de Normandie. Il est en effet neveu
(a) Et non pas de Faucon.
l}6 EPISTRE
5 Ouy, je t'ay veu dans utie loge. [95]
Ah ! tu me traittes d'Allobrogc.
Dans ton cœur je suis surané.
Ingrat ! tu m'as abandonné.
Tu croirois faire une corvée 10 De me mander ton arrivée.
Ouy, cruel, ou tu pleins les pas
Des Lacquais, ou tu n'en as pas ;
Car comment seroit-il possible
Qu'après t'avoir veu si sensible, i) Mon cœur, par tant de nœuds lié,
Eust esté si tost oublié ?
Tu m'as montré trop de tendresse ;
Je ne puis croire qu'elle cesse.
d'Alexandre Faucon, premier président au parlement de Normandie, qui mourut en 1628 ; et fils de Charles Faucon, seigneur de Ris (a) (1572 ?-i647), <lui succéda â Alexandre, et qui est encore vivant et en charge au moment où Bois-Robert écrit la présente épître. Charîeval a deux frères : Alexandre Faucon, seigneur de Mareuil, conseiller au parlement de Rouen (Gab. des titres: Pièces orig. 1105 : 25415, f° 45), qui prendra plus tard le nom d'abbé de Ris ; et Jean-Louis Faucon, seigneur de Ris, conseiller du roi en ses conseils d'Etat et privé, et intendant de la justice, police et finances dans la ville de Lyon et dans les provinces de Lyonnais, Forez et Beaujolais (Cab. des titres : Carrés d'Ho\hv 246 : f° 508), lequel Jean-Louis deviendra, un an plus tard, premier président au parlement de Normandie à la mort de son père (4 août 1647) (Galettes : 1647, P- 678). Enfin un fils de ce Jean- Louis (un neveu de Charîeval), Charles II Faucon, sera aussi premier président au parlement de Normandie à la mort de son père (1663). (Moreri. — Galettes : 1663, P- 218).
2. Tout d'abord on verra plus loin (p. 137, n. 4, 3e alinéa) que cette épître fut écrite entre le 27 novembre 1645 et Ie 27 avri' I646. En outre, puisque Bois-Robert parle de la neige et des frimas (v. 43), il écrit avant la fin de l'hiver; d'ailleurs on a vu plus haut qu'au printemps de 1646 Bois-Robert quitte Paris pour aller en Normandie (p. 124, n. 2).
(a) Et non pas du Ris : cette localité forme aujourd'hui une partie de la commune de Ris-Orangis (Seine-et-Oise) (Cab. des titres : Carrés d'HorJer 246 : f9 308).