‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 139 sur 236 · A MADAME LA MARQUISE DE LA BOULAYE · texte numérisé non relu

A MADAME LA MARQUISE DE LA BOULAYE

Si VOUS ne formez des desseins.

Tout au plus tard dans la Toussaints,

De revenir en diligence

Nous charmer par vostre présence.

Qui, pour vostre entretien divin,

Ne se feroit pas Poitevin ?

On iroit jusqu'en Catalogne,

On vous suivroit jusqu'en Pologne

Paris, que je trouvois si doux,

Ne m'est plus qu'un désert sans vous,

Et j'ay raison, quoy qu'on me die,

De me sauver en Normandie

Puisque vous avez emporté

Son charme & sa félicité.

Je n'ay pu souffrir davantage

Les pleurs de tout le voisinage

Qui languit en vous attendant

Et qui pert tout en vous perdant ;

Jie n'ay pu souffrir les tristesses

De tant de Pairs & de Princesses

Qui, dans Paris, n'estiment rien

A l'égal de vostre entretien ;

Je les voyois, à vostre porte, [i^5]

S'affliger d'une estrange sorte,

Et mon déplaisir joint au leur

Ne guerissoit pas leur douleur.^

Vous sçavez, Illustre Marquises,

L'estime que vous ont acquise

Toutes ces rares qualitez

Qu'au bas Poitou vous emportez.

Et vous n'ignorez pas encore

Qu'avec Justice on vous adore.

Vous vous sentez digne du rang

Qu'ont eu les Dieux de vostre sang ; Mais vous portez bien d'autres marques Que celles du sang des Monarques ^ :

Par vos vertus vous brillez mieux

50 Que par l'éclat de vos Ayeux,

Et ce brillant qui nous estonne Vous pare mieux qu'une Couronne.

Mais où m'emporte la chaleur De mon zèle & de ma douleur !

55 Malgré moy, ma Muse m'inspire

Ce que je ne voulois pas dire ; Je voulois dire seulement Que vous estes nostre Elément, Que vostre absence nous accable,

60 Qu'elle nous est insupportable,

Que sans vous Paris à présent Est un lieu triste & mal plaisant.

Que la Cour vous pleure sans cesse, [166] Qu'il n'est ny Prince ny Princesse,

6> Duc & Pair, Comte ny Marquis

Dont le cœur ne vous soit acquis Et qui partant ne vous regrette Comme une Dame tres-parfaite.

Pour moy, je fais, & nuit & jour,

70 Mille vœux pour vostre retour,

Car je ne vy pas sans martyre Au Climat oià je me retire :

I. La marquise de la Boulaye descend, au quatrième degré, de Louis DE Brezé, comte de Maulévrier, et de Diane de Poitiers. Or la mère de ce Louis de Brézé, Charlotte de France, est une fille naturelle du roi de France Charles VII et d'Agnès Sorel (Anselme . VII, 168-170 ; VIII, 272 ; I, 119). Elle a donc bien du sang royal dans les veines.

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