A MADAME LA MARQUISE DE LA BOULAYE
Si VOUS ne formez des desseins.
Tout au plus tard dans la Toussaints,
De revenir en diligence
Nous charmer par vostre présence.
Qui, pour vostre entretien divin,
Ne se feroit pas Poitevin ?
On iroit jusqu'en Catalogne,
On vous suivroit jusqu'en Pologne
Paris, que je trouvois si doux,
Ne m'est plus qu'un désert sans vous,
Et j'ay raison, quoy qu'on me die,
De me sauver en Normandie
Puisque vous avez emporté
Son charme & sa félicité.
Je n'ay pu souffrir davantage
Les pleurs de tout le voisinage
Qui languit en vous attendant
Et qui pert tout en vous perdant ;
Jie n'ay pu souffrir les tristesses
De tant de Pairs & de Princesses
Qui, dans Paris, n'estiment rien
A l'égal de vostre entretien ;
Je les voyois, à vostre porte, [i^5]
S'affliger d'une estrange sorte,
Et mon déplaisir joint au leur
Ne guerissoit pas leur douleur.^
Vous sçavez, Illustre Marquises,
L'estime que vous ont acquise
Toutes ces rares qualitez
Qu'au bas Poitou vous emportez.
Et vous n'ignorez pas encore
Qu'avec Justice on vous adore.
Vous vous sentez digne du rang
Qu'ont eu les Dieux de vostre sang ; Mais vous portez bien d'autres marques Que celles du sang des Monarques ^ :
Par vos vertus vous brillez mieux
50 Que par l'éclat de vos Ayeux,
Et ce brillant qui nous estonne Vous pare mieux qu'une Couronne.
Mais où m'emporte la chaleur De mon zèle & de ma douleur !
55 Malgré moy, ma Muse m'inspire
Ce que je ne voulois pas dire ; Je voulois dire seulement Que vous estes nostre Elément, Que vostre absence nous accable,
60 Qu'elle nous est insupportable,
Que sans vous Paris à présent Est un lieu triste & mal plaisant.
Que la Cour vous pleure sans cesse, [166] Qu'il n'est ny Prince ny Princesse,
6> Duc & Pair, Comte ny Marquis
Dont le cœur ne vous soit acquis Et qui partant ne vous regrette Comme une Dame tres-parfaite.
Pour moy, je fais, & nuit & jour,
70 Mille vœux pour vostre retour,
Car je ne vy pas sans martyre Au Climat oià je me retire :
I. La marquise de la Boulaye descend, au quatrième degré, de Louis DE Brezé, comte de Maulévrier, et de Diane de Poitiers. Or la mère de ce Louis de Brézé, Charlotte de France, est une fille naturelle du roi de France Charles VII et d'Agnès Sorel (Anselme . VII, 168-170 ; VIII, 272 ; I, 119). Elle a donc bien du sang royal dans les veines.