Voy. la note précédente
4. Lorsque, par deux fois (en 1650 et 165 1), on avait enlevé à Pierre Séguier la charge de garde des sceaux, on lui avait néanmoins laissé celle de chancelier de France : on avait « désuni » ces deux charges, qui généralement sont exercées par la même personne.
5. C'est le 27 août 1648 au matin (journée' des barricades) que Pierre Séguier faillit être tué par la populace. Voici comment le fait est raconté dans une lettre inédite : « M. le Chancelier, allant au palais à sept heures, & Madame de Sully sa fille estant dans son carosse, il a esté arresté proche le pont sainct Michel. Quelques coups de pistolet ayant esté tirez, dont Madame de Sully a un peu esté blessée à l'espaule, et luy s'estant jette à terre avec ses gens pource que son carosse estoit arresté par la chaisne de la rue, il s'est sauvé dans le logis de M. le Duc de Luynes (a) ; et le sieur Picot, exempt des gardes, qui alloit ordinairement au devant de luy, a esté tué à coups d'espée. La populace s'est jettée dans ce logis, où M. le Chancelier s'est sy heureusement caché qu'il n'y a point esté rencontré... » Il fallut qu'une compagnie du régiment des gardes, commandée par M. de la Meilleraie, vînt le délivrer (Arch. du min. des afF. étr. : Mémoires et doc. : France 860 : f» 1 3 1).
(fl) Situé sur le quai de la rive gauche de la Seine, entre le pont saint Michel et la rue Git-le-Cœur.
Apres sa vie a dû tout exposer,
Jusqu'aux honneurs qu'il a sceu mépriser
Et qui deux fois, sans murmure & sans plainte.
Dans ce grand cœur ont souffert mesme atteinte.
Si quelque chose avoit dû l'émouvoir
Lors qu'il se vid retrancher son pouvoir,
C'est qu'il sentoit, quelque choix qu'on pût faire,
Que sur tout autre il estoit nécessaire.
Et que l'Estat, s'il perdoit son appuy,
S'affoibliroit sans doute avecque luy.
L'honneur tout seul de cet Estât le blesse,
Et pour sa gloire il a tant de tendresse
Qu'il se seroit cent fois aneanty
Pour relever ceux qui l'ont garanty.
C'est pour cela que JULE, qu'il admire [^ 7)]
Comme le seul qui sauva cet Empire,
Est dans son cœur ce qu'y fut autrefois
40 Le grand Armand, qui fit un si beau choix,
Et qu'il soutint quand, sur d'autres obstacles En d'autres temps, il fit d'autres miracles.
Sacré Ministre, il le faut confesser, JULE a plus fait qu'on n'eust osé penser.
■t) Sans sa vigueur & sans sa vigilance,
L'authorité demeuroit en balance, Et le pouvoir du Prince, en ce danger. Plus que le vostre alloit se partager.
Par des ressorts que nul n'a sceu comprendre, JULE a fait voir ce qu'on n'osoit attendre. Et vos honneurs se sont veus retranchez Par le secret de ces ressorts cachez ; Divers motifs, diverses conjonctures Ont malgré luy produit ces avantures ; Pour nous sauver vous fustes exposé ;
2 16 EPiSTRE
Pour réunir un Estât divisé, On divisii deux Charges vénérables Qui dans vos mains sembloient inséparables. Les bons François durent s'en offenser : En quelques mains qu'on les ait veu passer, Quelques vertus qu'on admirast aux autres, Ces Sceaux enfin redemandoient les vostres ; Ces vertus-là ne pouvoient excuser L'Astre fatal qui les fit diviser Malgré la vostre & malgré vos services. [176]
Mais quoy ? le temps vouloit ces injustices. Divin SEGUIER, tous ces maux sont passez ; Je voy par tout les obstacles cessez ; La France est calme, & le Ciel, plus propice, Avec la Paix rameine la Justice ; Mon Prince auguste, en tous lieux estimé, Se trouve craint autant qu'il est aimé Et voit sa gloire, en dépit de la Fronde, Briller sans tache aux yeux de tout le monde. JULE sçait bien que je n'ay point de vers Pour exprimer cent miracles divers Qu'il nous fit voir, d'adresse & de courage, Pour dissiper un si funeste orage.
Enfin tout cède au pouvoir absolu D'un Prince juste ; & Dieu, qui l'a voulu. Montre par là que ce Roy qu'il nous donne Doit sur la Croix appuyer sa Couronne.
N'appelions plus les Destins inhumains : Puisque les Sceaux retombent en vos mains, 85 Que rien ne manque à l'honneur de la France,
Que JULE a mis l'Esiat en asseurance, Ne parlons plus que de nous réjouir Dans le repos dont il nous fait jouir.
Sceaux, fixez-vous en des mains si divines, 90 N'en sortez plus, prenez-y des racines
Par qui l'Estat, aflfermy désormais.
Ne craigne plus qu'on l'ébranlé jamais.