A US" LE PRINCE DE CONTY
Garderoit-il un meuble ^ d'Hospital ?
Se voudroit-il parer de ma misère ?
Me sçauroit-il quelque gré de m'en taire ? Tout au contraire, on m'a bien asseuré Qu'en me rendant ce pauvre Prieuré Il en mettra quelqu'autre en la balance Pour égaler huict ans de jouyssance ^.
Il fera plus, & j'en voudrois gager : [20J
C'est que l'amy qui voulut m'obliger En luy contant le premier cette Histoire, Qu'il eut d'abord un peu de peine à croire, De son advis sera récompensé ; ^^o La déguisant, ill'auroit offensé.
On ne sçauroit commettre un plus grand crime Que de flatter un Prince Magnanime Qjai, tant s'en faut qu'il songe au bien d'autruy. Croit que le sien mesme n'est pas à luy Quand avec joye aux siens il l'abandonne. Et n'a jamais plaisir que quand il donne 3,
ns
1. Un mobilier : « Meuble se dit, en une signification plus estroite, d'un lit & des chaises de même parure. » (Furetiére 1690).
2. Puisque Bois- Robert a cessé de jouir des revenus de son prieuré en janvier 1641 (voy. les vers 37-47 et les trois notes qui s'y rapportent), la présente épître est écrite en 1649 °^ ^ la fin de 1648.
Mais il faut éliminer les trois premiers mois de 1649 i^'^Y- P- 4°» n. i, 2* aliéna), car Bois-Robert, qui est anti-frondeur<(voy. Livre IV, Ep. VI : V. 97-102) , ne peut évidemment écrire à un prince rebelle.
3. Sur le même sujet, Bois-Robert adresse encore au prince de Conty, à peu près au même moment, une Epigramme qui sera imprimée en 16^5 dans la Première partie des Poésies choisies de Messieurs Corneille, Èetisserade... (p. 361).
A MADEMOISELLE
DE VENDY
Il décrit, à sa prière, les raretez qu'il a veues dans l'appartement de Madame la Duchesse de Chaune Pequigny % à la Place Royale.
[écrite à Paris à une date inconnue]
VENDY, dont l'esprit & la grâce Font bien mieux l'honneur de la Place 3 Que tous ses Palais enchantez Dont tu me dépeins les beautez.
Je viens les voir pour te complaire.
Mais ne croy pas me satisfaire Par ce qui brille en leurs appas Si les tiens ne s'y monstrent pas.
Celuy de l'Illustre Duchesse Les surpasse tous en richesse 4.
Il a mille ornemens divers, [22]
I. Catherine d'Aspremont (1619 ? - 1685), fille de Jean d'Aspre- MONT, seigneur de Vandy. est dame d'honneur de la reine-mère. Elle a une trentaine d'années. Voy. sur elle, au T. V' (p. 274), L'Adieu de Forges de Jean Durin : v. 255-334.
Sa mère est nièce eu chancelier Michel Marillac.
Son frère, Absalon -Claude d'Aspremont, seigneur de Vandy,
A MADEMOISELLE DE VENDY. 47
Dautant plus dignes de nos vers Que leur gentilesse admirable Semble un peu tenir de la fable.
On diroit que ces Cabinets du'on void si polis & si nets, Que ces miroirs, que ces peintures, Ces Alcôves & ces dorures Ont pris leurs embelissemens De nos beaux faiseurs de Romans, Et que c'est de la main des Fées Que les Chambres sont estofées.
deviendra marquis de Vandy en 1654, lieutenant général des armées du roi en 1657, puis gouverneur de Montmédy (Cab. des titres : Dossiers bleus 34 : 804, f°' 9 et 87).
2. Charlotte d'ALLY (a) (1606-1681), dame de Picquigny, femme d'Honoré d'Albert, duc de Chaulnes, pair et maréchal de France, lequel mourra bientôt, le 30 octobre 1649. Elle a plus de 40 ans.
Elle a eu autrefois pour beau-frère Charles d'ALBERT, le célèbre duc de Luynes. D'autre part, elle est cousine germaine de Gaspard III DE CoLiGNY, maréchal de France, mort depuis janvier 1646, petit-fils de l'amiral Gaspard II de Coligny qui fut tué à la saint Barthélémy.
Son fils aîné, Henri-Louis d'Albert, duc de Chaulnes (1620? - 1653), 9^' approche de la trentaine, a épousé, le 3 mai 1646, Françoise deNeufville (1625 ? - 1701), fille aînée du maréchal de Villeroy à qui est adressée î'épître qui suit celle-ci.
Parmi ses autres enfants, il faut citer Charles d'Albert (1624- 1698), qui deviendra duc de Chaulnes à la mort de son frère aîné et sera trois fois ambassadeur extraordinaire à Rome (Cab. des titres: Dossiers bleus 6 : 155, f" 35 ; Cab. d'Ho^icr 4 : 81, f" 29. — Anselme : IV, 266 et 272).