‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 43 sur 236 · A MONSIEUR LABBE DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

A MONSIEUR LABBE DE RICHELIEU

Mais pour t'avoir perdu toy-méme,

Toy qui par ton mérite extrême

Touches les cœurs, & beaucoup mieux

due Ruel ne touche les yeux.

Certes ce lieu tout plein de charmes

De mes yeux arracha des larmes

Au moment que je le revy,

Quo}' que mon cœur en fust ravy.

Quand je rentray dans ces allées [33]

Qu'un Dieu si souvent a foulées,

Si tost que je portay les yeux

Sur ces Jardins délicieux,

Sur ces Canaux & ces Fontaines

Où j'endormois toutes mes peines.

Ce Parc, qui fut mon élément

Quand je vivois auprès d'x\rmand,

Rappella dedans ma pensée

L'estat de ma gloire passée

Comme celle de l'Univers,

Quand ce digne objet de nos \^ers,

Plein d'une sagesse profonde,

Prenoit la conduitte du monde ^

Je ne pus donc me contenir,

Pressé d'un si doux souvenir,

Qu'à l'instant je ne m'écriasse^

« Beaux lieux, dont j'admire la grâce,

« Lieux charmans où je vis jadis

« Et ma gloire & mon Paradis,

(' Comment vous puis-je voir encore

a Sans cet Astre esteint que j'adore ?

« Helas ! comment ay-je vécu

Voy. T. I"" : p. 47, 11. 7.

^ « Depuis que la mort l'a vaincu,

« Ce grand Cœur, ce Cœur invincible « A qui rien ne fut impossible ? »

Comme j'estois dans ce penser, Cher Abbé, je te vy passer ;

^5 Tu vins à moy, tout admirable, [34]

Et, par ton accueil favorable.

Tu dissipas en un moment Tout ce que l'image d'Armand, Que je regardois comme une ombre,

70 Jettoit de lugubre & de sombre

Dans mon funeste souvenir Dont je ne le pouvois bannir.

Je te vy marcher sur ses traces ; J'examinay toutes tes grâces,

75 Et, remarquant exactement

Cet esprit vif, cet œil charmant.

Et toutes ces grâces infuses Qui donnent de l'amour aux Muses, Je crus voir Armand tout entier

^ En son admirable héritier.

Ouy, cher Abbé, de qui l'estime Passe les bornes de ma rime.

Quand je t'eus bien considéré Et que je t'eus bien admiré,

85 « C'est le Richelieu qu'il faut suivre,

« M'écriay-je : il fera revivre « Indubitablement celuy « Pour qui j'allois mourir d'ennuy « Sans cette agréable rencontre

90 « Qui me le rend & me le montre. »

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