‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 49 sur 236 · A MONSIEUR DE LA CHAMBRE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE LA CHAMBRE

J'ay fait jus de toutes racines ;

Avec deux mille Médecines

J'ay presque avallé tout mon bien ;

Et tout cela ne sert de rien.

Tu me seras plus profitable,

Si tu crois mon mal véritable.

Vien donc, & ne me juge point

Sur la couleur, sur l'embonpoint,

Ny sur mon œil, que je récuse :

C'est un afFronteur ^ qui t'abuse ;

Tu le consultes, toutefois,

Et je voy bien que tu le crois,

Car tu ris, quoy que je te die.

Comme on rit à la Comédie :

Tu crois que ce mal n'est que feint.

Et que ton amy qui se plaint.

Pour mieux jouer ce personnage [42]

Devoit prendre un autre visage.

N'és-tu pas cruel d'en douter?

Que gagnerois-je à t' affronter * ?

Si donc mon visage t'impose.

Au dedans cherche bien la Cause ;

Fay tant, que ce mal si caché,

Dans mes entrailles attaché,

Par ton art divin se détache. ,

Pénètre, sonde, fouille, arrache,

Garde-toy d'épargner un corps

1. ff AFFRONTEUR, euse. adject. & subst. Qui trompe, qui affronte. Paris est plein de devins, de donneurs d'advis, de faux Chymistes, qui sont tous des gueux, des filous & des affronteurs. » (Furetière 1690). •

2. « AFFRONTER, v. act. Tromper quelqu'un. » (Furetière 1690).

Qui t'a trompé par le dehors,

Et fay moy voir quelque allégeance

80 Dans ta charitable vangeance.

A MONSIEUR

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