A MONSIEUR DE LA CHAMBRE
J'ay fait jus de toutes racines ;
Avec deux mille Médecines
J'ay presque avallé tout mon bien ;
Et tout cela ne sert de rien.
Tu me seras plus profitable,
Si tu crois mon mal véritable.
Vien donc, & ne me juge point
Sur la couleur, sur l'embonpoint,
Ny sur mon œil, que je récuse :
C'est un afFronteur ^ qui t'abuse ;
Tu le consultes, toutefois,
Et je voy bien que tu le crois,
Car tu ris, quoy que je te die.
Comme on rit à la Comédie :
Tu crois que ce mal n'est que feint.
Et que ton amy qui se plaint.
Pour mieux jouer ce personnage [42]
Devoit prendre un autre visage.
N'és-tu pas cruel d'en douter?
Que gagnerois-je à t' affronter * ?
Si donc mon visage t'impose.
Au dedans cherche bien la Cause ;
Fay tant, que ce mal si caché,
Dans mes entrailles attaché,
Par ton art divin se détache. ,
Pénètre, sonde, fouille, arrache,
Garde-toy d'épargner un corps
1. ff AFFRONTEUR, euse. adject. & subst. Qui trompe, qui affronte. Paris est plein de devins, de donneurs d'advis, de faux Chymistes, qui sont tous des gueux, des filous & des affronteurs. » (Furetière 1690). •
2. « AFFRONTER, v. act. Tromper quelqu'un. » (Furetière 1690).
Qui t'a trompé par le dehors,
Et fay moy voir quelque allégeance
80 Dans ta charitable vangeance.
A MONSIEUR