‹ Épistres en vers. Éd. critique avec un commentaire tiré de documents pour plupart inéditsChapitre 53 sur 236 · A MONSIEUR BOURDELOT · texte numérisé non relu

A MONSIEUR BOURDELOT

Qui m'ont conté parmy les grands Autheurs

Et qui m'ont creu digne de prendre place

Au rang fameux de Catule & d'Horace ?

Aurois-je bien tant d'honneur mérité

Pour ma naïfve & douce liberté?

Quoy ! m'égaler à ces Poètes ' Illustres

Que, sous les daix ^ & dedans les balustres 3,

Devant les Grands on a souvent citez, [45]

Comme on les cite aux Universitez?

Me comparer à ces grands Personnages

Qui des Roys mesme ont receu des hommages.

Que les Polis ont toujours adorez.

Que les Pédants n'ont point deshonorez,

Qui dans la Cour gardent leur Privilège,

Encor qu'ils soient des pilliers de Collège,

De qui la force & les charmes divers

Sont respectez au bout de l'Univers ?

Ces grands Autheurs, de qui les beautez rares

Charment les yeux de cent Peuples barbares.

Qu'on voit briller d'un éclat nompareil

Jusqu'aux Climats ignorez du Soleil,

Ce grand Catulle & ce divin Horace

Me cederoient ? Moy, j'aurois plus de grâce ?

Leur style doux & tout plein de clartez

Auprès du mien auroit des duretez ?

Ah ! BOURDELOT, modère, je te prie.

Cette amitié qui sent l'idolâtrie ;

Elle t'emporte, & je ne sçay comment

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