‹ Épistres en versChapitre 11 sur 177 · EPITRES PARUES AVANT LE 21 JUILLET · texte numérisé non relu

EPITRES PARUES AVANT LE 21 JUILLET

Au Sieur DELGADE.

[écrite avant 1620] x

Par le Sieur le Metel.

Delgade z, cependant qu'une fièvre importune Me dérobe en un lict mon temps & ma fortune, Que jour & nuict l'accez de mille feux ardans M'abaisse le courage & me ronge au dedans, Souspirant ma douleur & mon inquiétude, Dedans mon ennuyeuse & triste solitude Qui me fait regretter tes aimables devis Et peser meurement ton salutaire advis,

1. Cette épître parut en i6tg dans le Cabinet des Muses (p. 496).

2. C'est un certain Gonzalo Delgado, qui écrira sous peu, en espagnol, deux poésies sur la mort du baron de Fricamps, tué en Moravie au mois d'août 1619, poésies qui seront imprimées en 1622 dans Le Temple d'Honneur (p. 79 et 80).

Bois-Robert l'a dû connaître à Rouen, avant de quitter cette ville pour venir se fixer à Paris avant 1618. Il existe, en effet, aux archives départementales de la Seine-Inférieure, sur un registre provenant du bureau des finances de la généralité de Rouen (C.1246, non folioté), une copie des lettres de naturalité octroyées, en septembre 161 7, à t Mathieu Fernande Carrille, natif de la ville d'Anvers » [sans doute Mateo-Fernando Carriilo], qui s'est fixé ■ depuis quelque temps en

La main toute tremblante, en mon mal qui s'empire, io A grand peine j'ay pris la plume pour t'écrire Comme à celuy que j'aime avecques passion Et qui peut estre seul ma consolation.

Sçaches, depuis sept jours que la fièvre s'attache A mon débile corps, que je suis sans relâche, 15 Maigre, défiguré, plaintif, las, dégousté,

Tousjours les Médecins autour de mon costé, Enyvré de rubarbe & noyé d'aposémes r, Les yeux appesantis, grands, enfoncez & blesmes, Recreu 2 de ma seignée & de mes lavemens, 20 Enfumé de fronteaux 3 & farcy d'oignemens 4,

cestuy nostre royaulme et habitue en nostre bonne ville de Rouen, avec Elizabeth Delgade sa femme, aussy natifve d'Anvers, en espérance de finir le reste de leurs jours en nostredict royaulme... ». Le * Delgade » auquel s'adresse Bois-Robert est probablement un parent de cette Elisabeth « Delgade », Espagnole de naissance, dont il est contemporain.

D'ailleurs il est bon de remarquer que, dans Le Temple d'Honneur, où seront recueillis les vers espagnols signés Gonzalo Delgado, la première partie (consacrée aux poésies françaises) commence et finit par une pièce de Bois-Robeit, et la seconde partie (consacrée aux poésies latines, italiennes, et espagnoles) est précédée d'une préface latine du futur académicien Pierre Bardin, également Rouennais. Il est donc certain que l'épitre de Bois-Robert Au Sieur Delgade s'adresse au poète espagnol Gonzalo Delgado, fixé à Rouen.

1. « Aposeme. s. m. Terme de Médecine. Espèce de julep composé de diverses décoctions de plusieurs plantes, racines, feuilles, fruits & semences dulcifiées avec du miel & du sucre, clarifiées & aromatisées avec cannelle & santals. L'aposeme ne diffère d'avec le syrop magistral que par la consistance & la cuitte, ce syrop étant plus espais & visqueux. On y mesle quelquefois des remèdes purgatifs &: des syrops... » (Furetière 1690).

2. « Recru, ue, adj. Fatigué de travail corporel... » (Furetière 1690).

3. « Fronte.vu, ou Frontal, s. m. Remède sec qu'on applique sur le front avec un bandeau, pour guérir des maux de teste & la migraine. On en fait de roses, de fleurs de sureau, de betoiue, marjolaine, lavande, Sec, qu'on enferme dans un linge pour couvrir le front & les temples. On en fait aussi en liniment avec de l'onguent populeum & de l'extrait d'opium, ou bien avec des pastes, des semences, des poudres, &c. » (Furetière 1690).

4. « Oignement : m. An oyU, or ointment... » (Cotgrave 1632),

AU SIEUR DELGADE. 5

Les bras enveloppez de puantes racines

Qu'on me veut faire croire estre mes médecines,

Bref, si fort esloigné de l'air de ton Metel,

Qu'à peine mes amis me connoissent pour tel1.

Cependant, mon Delgade, au milieu de ces peines

Qui vont renouvelant la douleur dans mes vaines,

D'un Vautour éternel becqueté dans le cœur,

Bien que l'ame exposée à toute la rigueur

Oue le ciel irrité puisse envoyer en terre

Pour punir le plus traistre & meschant qu'elle enserre,

Ta mémoire tousjours revient devant mes yeux,

Tousjours ton entretient plaisant & gracieux

A moy se représente, & ceste aimable idée

R'asseure quelquesfois mon ame intimidée.

C'est pourquoy, mon Delgade, en Testât ou je suis, Si quelque sentiment te touche en mes ennuis, Si ta sainte amitié se trouve assez puissante Pour venir consoler une ame languissante, Haste-toy, je te prie, & vien pour mon secours Avant qu'en moy la fièvre ait achevé son cours ; Vien adoucir l'aigreur qui trouble mon courage ; Si tu ne me vois plus le mesme de visage Que n'agueres j'estoy (pour autant qu'en effet La douleur m'a rendu tout maigre & tout défait,

c'est-à-dire huile ou onguent. Ce sens est alors sur le point de disparaître de la langue ; en 1690 il ne figurera plus sur le dictionnaire de Furetière, qui ne donnera pour ce mot que le sens de « Action par laquelle on oint ».

i. Dans les épitres de Bois-Robert, on trouve de fréquentes allusions à sa mauvaise santé, ainsi qu'aux, nombreuses cures qu'il fit à Forges-les-Eaux. Voy. : dans les Epistres de 1646 : Ep. ix, v. 114-117; Ep. x, v. 39-46, 85 ; Ep. xxxi, v. 1-4 ; dans les Epistres de 1659 : Livre Ier, Ep. vin, v. 19; Ep. ix ; Livre II, Ep. v.

AU SIEUR DELGADE.

Deshonorant mon teint d'un changement extresmej, Pense que dans mon cœur je suis tousjours le mesme, Le mesme qui t'offrit son cœur fidellement Pour te le conserver jusques au monument.

A Monsieur Ma

vnar

i. Cette épitre, qui figure parmi les pièces liminaires précédant Lis Œuvres de Maynard. achevées d'imprimer le 15 juin 1646, paraîtra de nouveau, trente-six jours plus tard, dans Les Épistres du sieur dï Bois-Robert-Metel : c'est à la place qu'elle occupe dans ce dernier recueil que je la reproduis plus loin (Tome Ier, p. 227 : A Monsieur Menard).

Sur François Mainabd en 1646, voy. p. 26, note 2.

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