‹ Épistres en versChapitre 136 sur 177 · Voy. p. 218, n · texte numérisé non relu

Voy. p. 218, n

Et que les jeux, les grâces, et les Ris Y sont en foule ainsi que dans Paris ? Posons ce faict comme un faict véritable,

40 Quoy que d'A vaux x, Oracle indubitable,

En ait parlé comme d'un lieu maudit -, Et qu'on ait cru tout ce qu'il en a dit. Pourquoy chercher en terre si lointaine Ce que chez toy tu possèdes sans peine?

4; Je dy chez toy, car tu t'en ez fait un

Sans courtiser & sans estre importun, Grâce aux bontez d'une Illustre Princesse, Grande en vertus aussi bien qu'en noblesse, Qui du mérite est l'arbitre aujourd'huy

50 Et qui t'a cru digne de son appuy.

Il n'est ny voix ny louange publique Qui dignement de cette Ame héroïque Puisse exprimer les honneurs immortels, Dignes de vœux & d'encens et d'Autels.

55 Mais, à propos, on dit qu'elle nous quitte,

Qu'à ce départ Amour la sollicite, Et qu'elle va dans ces lieux détestez [174]

1. Claude de Mesmes, comte d'Avaux (1595 ?-i6)0), est conseiller d'Etat depuis 1632, et surintendant des finances (avec Nicolas leBaillecl) depuis juin 1643. Après avoir été successivement conseiller au grand conseil, maître des requêtes, ambassadeur à Venise, à Rome, à Mantoue, à Florence, à Turin, au Danemark, en Suède, en Pologne, à Hambourg, il est, depuis deux ans (16 mars 1644), en Westphalie (tantôt à Munster, tantôt à Osnabrùck), en qualité de plénipotentiaire pour la conclusion de la paix générale (Galettes : 1643, P- 499 '> ^44, p. 211. — Moreri. — Tallemant : IV, 413). Il a 51 ans.

2. Le 15 octobre 1644, le comte d'Avaux écrivit à Voiture : c Vrayment il vous sied bien d'exiger d'un homme confiné dans la Westphalie, qui est une vive image de la barbarie de l'ancienne Allemagne, de répondre aux inspirations qui vous viennent à la ruelle du lit de Madame la Marquise... J'ay non seulement oublié toutes les gentillesses de France, mais j'en ay presque oublié la langue. » (Lettres du comte d'Avaux à Voiture... : p. 10).

Porter l'éclat de ses rares beautez ».

Ah ! s'il estvray, je t'ayfait injustice, 60 Car, en suivant l'Astre qui t'est propice,

Tu vois Paris, tu vois toute la Cour, Tu vois les Ris, les grâces & l'Amour, Puisqu'on peut voir en cet Astre adorable Ce que le monde a de plus admirable.

65 Que je te trouve heureux & glorieux,

De suivre ainsi ce chef-d'œuvre des cieux ! Qu'à ton retour tu nous diras de choses ! Tu la vas suivre en la saison des roses, Et, même aux lieux qui n'en produisent pas. 70 Tu les verras fleurir dessous ses pas ;

Zephire & Flore, amoureux de ses grâces, Contre tout ordre iront dessus ses traces Vers l'Ourse froide, & par eux ses chemins Seront bordez d'oeillets et de jasmins.

7> Une beauté si parfaite & si pure

Sera l'objet2 de toute la nature, Quy vaincra tout, qui voudra tout forcer Pour luy complaire et pour la carresser. Le seul Soleil, poussé de mesme zelle, 80 Par pur respect craindra d'approcher d'elle :

Il pourroit nuire, échauffant sans besoin Ce froid Climat qu'il ne void que de loin ; Il voudra donc, de peur de luy déplaire, ['75] Se contenir dans sa route ordinaire, 85 Si cet object, des dieux mesme adoré,

1. La duchesse de Longueville partira de Paris le 21 juin 1646 (Galettes : 1646, p. 492), et arrivera à Munster le 26 juillet (/Vf., p. 690). Cette épitre est donc écrite avant le 21 juin 1646.

2. Objet, au sens amoureux qu'il a si fréquemment à cette époque.

Luy peut souffrir d'estre si tempère.

Tu ne verras aucun peuple sauvage :

On ne l'est plus dés qu'on void ce visage,

Qui peut en l'ame imprimer aisément

Et la raison & le sain jugement,

Et qui pourroit, d'un seul mot de sa bouche,

Apprivoiser l'esprit le plus farouche.

Ah ! cher Esprit, que son illustre Espoux,

Qui, séparé d'un visage si doux,

Pour se donner à la France qu'il aime

A bien voulu se priver de soy-mesme,

S'impatiente, en sa tendre amitié,

D'estre rejoint à si belle moitié !

Il connoist bien, ce Héros Magnanime.

En procurant une paix légitime,

Que, tout prudent & tout puissant qu'il est,

Pour desmellerun si grand interest,

Avec ses soins, sa force et son adresse

Il a besoin de sa belle Princesse.

Il veut remplir nos vœux & nos souhaits ;

Et, s'il veut faire une solide paix,

Une vertu, qu'aucun peuple n'ignore,

Que le Danube & que le Tage adore,

Que Ton respecte en cent climats divers, [176]

Qu'on peut nommer l'Amour de l'Univers,

Qui ne void rien qui ne cherche à luy plaire,

Bref qui ne trouve aucun party contraire,

Devoit agir & parestre à Munster

Pour tout unir & pour tout adjuster.

Cette vertu dont elle est possédée

Sera encor d'une autre secondée x,

1. La duchesse Je Longuevillc emmènera avec soi sa belle-fille,

En qui l'on void les mesmes qualitez,

Et qu'on adore aussi de tous costez.

Dés que Munster verra ces deux Princesses,

120 Dés qu'il aura ces deux belles Hostesses,

Tous Députez, parleurs yeux abbatus, Rendront d'abord hommage à leurs vertus ; Et ces beaux yeux, qui n'ont point d'adversaires, Seront là seuls Plénipotentiaires,

125 Pour establir, comme absolus vainqueurs,

La Paix par tout, excepté dans les cœurs T.

Marie d'Orléans, dite la demoiselle de Longueville (162 5-1707), fille de la première femme du duc de Longueville. La demoiselle de Longueville a 21 ans et sa belle-mère en a 26.

1. Lorsque Jacques Esprit sera en Westphalie, Bois-Robert lui adressera une autre épître (Epistres de 1659 : Livre Ier, Ep. m).

MONSIEUR

menard:

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