Voy. p. 142, n
2. Le sous-titre de l'épitre parle d'un fermier en Champagne ; Bois-Robert fait donc allusion au fermier de son prieuré de la Fertésur-Aube. En outre, comme il ne dit nullement que les bâtiments du prieuré viennent d'être en grande partie démolis par la tempête, il ne s'agit pas ici du voyage qu'il fit à la Ferté à la fin de l'été de 1645 (voy. Ep. x et xn). Le voyage dont il parie dans la présente épitre a donc lieu en 1646, après l'épitre précédente, c'est-à-dire après le 15 juin, et avant que Les Epistres ne soient achevées d'imprimer, c'està-dire avant le 21 juillet.
s Qu'avoi-je à faire en ce pays maudit ?
J'ay fait le sot, tu me l'avois bien dit. [187]
Quand mon Fermier, qui n'estoit pas à terme, M'a pris au mot & m'a rendu ma ferme, 11 s'est défait d'un fardeau bien pesant,
ro Que sur mon dos je sens rude & cuisant.
D"un vil Paisan l je suis icy la duppe ; Ce seul maraut m'embarrasse & m'occuppe, Car je travaille à luy faire un procez Et n'en puis pas espérer bon succez.
15 Ah ! cher amy, tiens ma perte asseurée :
Dessus mes bras ma ferme demeurée Va dans mon cœur arrester mes désirs Et va destruire enfin tous mes plaisirs. En vain Ceres flatte ma destinée
20 Du grand espoir de cette riche année ;
Je sçay fort bien qu'en l'arriére saison J'auray des bleds & des vins à foison, Mais tous ces biens ne rendront pas un double Dedans Paris, & c'est ce qui me trouble :
2s Ce sot climat, qui me rend indigent,
Produit de tout excepté de l'argent ; On n'y vend pas : on y donne, on y jette. O la cruelle, 6 la dure retraitte !
Je ne crois pas d'un an en déloger,
jo Car je prevoy qu'il faudra tout manger.
Voy, Caradas, que le bon Dieu, qui m'aime, M'a chastié par l'abondance mesme, [^S]
Qui va m'oster tout ce que je chéris S'il faut par force abandonner Paris,
Voy. p. 104. n. 1.
A MONSIEUR DE CARADAS. 24 1
Ce doux Paris, ce Paris adorable,
Ce seul séjour de l'homme raisonnable «,
Car, sans mentir, je ne voy ny ne sens
Partout ailleurs ny raison ny bon sens.
Quoy que Rouen, ville en peuple féconde,
Soit la première après ce petit Monde
(Car c'est trop peu, que de nommer Cité
Ce grand Pais, par nos dieux habité),
Tu sçais assez, amy franc & fidelle,
Quand dans ce lieu ma prébende m'apelle, 2
Que j'ay la fièvre alors qu'il faut partir,
Bien qu'on ait là dequoy se divertir ;
Certes j'y voy de généreuses Ames,
De grands esprits, et de fort belles Darnes ;
Mais, sur la teste ayant trente ans de cour,
Pourroi-je ailleurs establir mon séjour ?
Chère Cité, ne sois donc pas jalouse :
J'en dis autant de Lion, de Toulouse ;
Hors de Paris je mets tout au billon 3,
Sans excepter mon joly Chastillon 4 :
J'y suis aymé, j'y passe pour habile,
J'y suis enfin le premier de la ville,
Et, sans mentir, je serois consolé
Si j'estois là pour un an exilé, [I(^9]
Puisque Paris, pour qui je meurs d'envie,
Ne me peut pas d'un an donner la vie.
Mais, cher amy, je n'ay pas à choisir ;
Mon petit bien doit régler mon désir ;