Principalement Sarasin et Conrart : voy. Ep. 1 et xxxvnr
iS EPISTRE.
l'authorité de vostre nom, je vous puis asseurer toutesfois que ce n'a pas esté avec moins de crainte que de respect que j'en ay demandé la permission à VOSTRE EMINENCE ». Ce n'est pas un petit crime, MON-
to SEIGNEUR, que de prendre en vain un si grand nom que le vostre, & comme vostre gloire qui sert de sujet à la plus-part de mes Epistres est la plus noble matière que ceux qui se meslent d'escrire puissent choisir, je confesse aussi qu'il la falloit traiter plus noblement & qu'il n'y a
15 que le stile Pompeux & Héroïque qui puisse dignement en soustenir la grandeur. J'advoue bien, MON- SEIGNEUR, puis qu'enfin mes amis me contreignent de le croire, que dans mes escrits je ne suis pas tout à fait éloigné du caractère de la Cour2, que mes libres et
20 naïfves expressions peuvent plaire aux honnestes gens 3, & que les esprits les plus délicats y trouveront peut-estre des grâces particulières : Mais avec tout cela j'aurois beaucoup de présomption, si j'osois m'asseurer qu'il s'y rencontrast assez d'agrément pour divertir VOSTRE
25 EMINENCE. Dans l'opinion où je suis que c'est servir ma Patrie que de délasser quelque-fois ce grand esprit qui ne travaille que pour nostre repos, je me consolerois aisément du déplaisir que j'ay de me sentir inutile à vostre gloire si j'estois bien asseuré de me pouvoir rendre
1. Plus tard, Bois-Robert dira que Mazarin lui avait ordonné de lui dédier ce recueil (Epistres de 1659 : ^P- dédie, à Foucquet : lignes 1 et suiv.).
2. Cf. les huit premiers vers de la pièce liminaire de Gombauld (p. 21) et un passage de la préface de Mascaron (ligne 24, p. 30).
3. En réalité, le style naturel et familier qui fait le charme des épîtres de Bois-Robert n'est alors goûté que d'une très faible minorité. Aussi Mascaron juge-t-il nécessaire, dans l'agréable Préface qu'on trouvera plus loin, de s'attarder longuement à « desabuser certains Esprits préoccupés de cette fausse opinion que tout ce qui n'est pas sérieux & grave ne sçauroit mériter le nom de beau a.
10 en quelque sorte nécessaire à vostre divertissement. En effect, MONSEIGNEUR, je meriterois sans doute d'estre considéré de la France, si j'estois quelque-fois assez heureux pour charmer vos soins par mes vers, & pour adoucir vos inquiétudes ; mais il ne faut pas que je me
;5 flatte d'une si belle espérance ; ce sera bien assez, MON- SEIGNEUR, si j'obtiens cette grâce de V. E. que, ne condamnant point ma témérité, elle approuve ma passion et pardonne à ma foiblesse. Je suis,
MONSEIGNEUR, de V. E.
Le tres~bumble, tres-obeissant, ires-obligé serviteur,