La comtesse de Maure : voy. p. 272, n
Ausquelles, comme dans leur lieu, Je dis sans ordre &. rang adieu ;
i 3 3 Q.M si quelqu'une s'en offense,
Vous m'enjoindrez la pénitence, Mais la pénitence à l'esgal Du mal, qui n'est pas trop grand mal.
Je fais cet adieu qui m'afflige,
140 Auquel un dur devoir m'oblige.
Prepare^-vous donc d'escouter Ce que je m'en vais débiter Sans paroles de grand élite A des Dames de grand moite.
145 Dame, qui soupirez toujours,
Qui passez vos nuicts & vos jours En continuelles allarmes Et baignez vos yeux de ces larmes Dont vous arrosez le cercueil
i)0 Du héros qui fait vôtre dueil
Et celuy de toute la France «, Adieu, Dame ; alors que je pense Au sujet qui vous fait pleurer ,
1. Une note manuscrite, écrite dans la marge en face du vers 143, nous apprend qu'il s'agit de M"" de Guébriand, c'est-à-dire de Renée dl: Bec (1600 ?-i6>9), veuve depuis peu de Jean-Baptiste Bldes (1602- 1643), comte de Guébriand (<i), maréchal de France, qui, blessé devant Rottweil, mourut le 24 novembre 1643 des suites de sa blessure, et fut enterré le 9 juin 1644 à l'église Notre-Dame après avoir reçu des honneurs funèbres qui ne sont dus qu'aux souverains et aux princes du sang (Anselme : VII, 523. — Galettes : 1644, p. 419 et 421).
En novembre 1645, Ie r°i confiera à Mm* de Guébriand la conduite de la nouvelle reine de Pologne, Marie-Louise de Gonzague (voy. p. 137, n. 4), avec le titre de surintendante du voyage et d'ambassadrice extraordinaire en Pologne, honneur qu'aucune femme n'a jamais eu (Anselme : II, 87). La présente épître est donc postérieure à novembre 1643 et antérieure à novembre 1645.
(<7) Et non pas Guèbrionf.
Las ! où pouve\-vous demeurer, [7 1
: j ; Que vôtre ami triste n'assemble
Tous les maux de la mort ensemble ?
Cous ne voye\ plus les plaisirs
Que sous le voile des soupirs
Qui tiennent vôtre ame assiégée :6o Sans espoir d'estre soulagée.
Ce sage & ce grand Médecin,
Oui sçait tirer la mort du sein,
Le Temps, qui guérit toute chose,
Qui convertit YEspine en Rose, 16 -, Qui destourne les grands malheurs,
Estouffe les vives douleurs
Quand un cœur V appelle à son aide,
Sera-il pour vous sans remède ?
Ouy, Madame, & c'est de ses mains 170 Que tous remèdes seront vains ;
Ses efforts seront sans puissance,
Car nous conessons la constance
Qui s'est placée en vostre cœur
Corne dans un trosne d'honeur 1 7 5 Où sa puissance est establie
Sans crainte d'en estre bannie
Par la force des changemens
Ny de vos désirs ny du tems ;
C'est ce héros qui fit sa gloire 180 Et pour vous & pour sa mémoire,
Et qui ne prodigua son bras [8 j
Que pour augmenter nos estais,
Mettant victoire sur victoire. Helas ! & qui V aurait pu croire 18') Qjue, pour s'asseoir entre les Dieux,
Il deust disparestre à nos yeux
Avant la fin de ses Conquestes ?
Mais ce sont les Illustres testes,
Les plus grands, les plus généreux, 190 Que le Destin fait malheureux.
Consolez-vous en cette montre l,
Qui vous apprend & qui vous montre
Qu'une des heures de son tour
Vous doit rejoindre quelque jour 195 A cette moitié de vous-mesme ;
Car il sçait que vôtre cœur l'aime,
Vous priant de seicher vos pleurs
Et mettre fin à vos douleurs.
C'est à vous que je dis encore 200 Adieu, la Comtesse de MAURE1.
Adieu ! conserve^ bien vos yeux,
Car c'est un trésor précieux
Qui se gaste par Vescriiure
Et par trop fréquente lecture.
205 Mais à quoy servent ces propos ?
Vous ne trouve^ vôtre repos
Que dans le travail de vôtre ame.
Ceux qui vous conessent, Madame, [9]
Sont pour vous dans ce sentiment, 210 Et font de vous ce jugement
Que vôtre esprit ne se repose
Que corne la première cause
1. Le sens doit être: « en cet événement servant ^exemple »; l'édition de 1632 du Dictionarie de Cotgrave donne en effet pour ce mot, entre autres sens, les suivants : « a proof, example ;... a démonstration... » (c'est-à-dire : preuve, exemple ;... démonstration...).
a. Anne Doni (7-1663), femme de Louis de Rochechouart (1603 7-1669^, comte de Maure, est fille de l'Italien Ottaviano Doni (?-i6i4), baron d'Attichy, et d'une sœur du fameux chancelier Michel Marillac (Moreri). Voy., sur elle, Tallemant : III, 157.
Des productions d'icy bus ' ; Et ceux qui ne le disent pas, C'est qu'ils n'ont point la conessance De cette haute suffisance (Je dis suffisance sans art :
Celle qu'on prend eu bonne part) Qu'avec dedans chaque science Et par acquis & par naissance, Qui fait que, par bon jugement, Vous faites le discernement D'entre chose basse &. sublime, Oui font le mépris ou l'estime De Prose ou Vers que vous liseï, Ainsi que font gens aviser, Et non pas corne font tant d'autres Qui, ne sçachants que Patenostres, Lisans tousjours par cy par là Sans aux poincts faire le hola, Prennent, corne en langage austère, Le plus bas stile pour mi stère.
Adieu jusques à la Toussains, Car on dit que vos Médecins Vous ont enjoint, par ordonnance, [10]
De ne point retourner en France Qu'environ devers ce tcms-là.
Nous sçavonsprou bien tout cela Par vôtre ordinaire coutume ; Car, si quel qu'ombrage de Rume, Ou quelque foible vision D'imaginaire fluxion
1. Son mari « a de l'esprit, et elle aussy en a beaucoup. » (Tallemant : III, 160).
Que le peuple appelle enterre
Dedans le logis vous enserre l, 245 Aussi-tost vous quitte^ vos eaux
Et, joignant ces maux à vos maux,
Vous passer deux quarts de semaine
Sans retourner à la Fontaine ;
Puis, taisant les verres passez, 250 Par d'autres vous recommence^
Et de nouveau revenez boire.
Or c'est cela qui nous fait croire
Que vous ne serei à Paris
Qu'environ vers la S. Dénys.
255 Dites-nous, qu'en devons-nous crere,
Génie VANDI 2, la meurtrière,
Qui, lors que Von n'y pense pas,
Donnez par vos yeux le trépas 3 ?
Sera-ce au dernier jour d'Octobre 260 (Que toute bonne ame est si sobre, 4
Qu'il est bien plus nuiei qu'il n'est jour)
Que nous vous verrons à la Cour ? [11
Dites-nous donc, estes-vous Nièce
Ou Cousine de la Comtesse > ?
265 Aprene\-nous de quel côté
1. « Elle a tousjours ou croit avoir quelque grande incommodité, et a sans cesse quelque lavement dans le corps. » (Tallemant : III, 160).
2. Catherine d'Aspremont (1619 r-1685), n^e ^e Jean d'Aspremont, seigneur de Vandy, fut naguère dame d'honneur de la duchesse de Montpensier ; elle est maintenant dame d'honneur de la reine régente (Cab. des titres : Dossiers bleus 54 : 804, fos 9 et 87). Elle a 25 ou 26 ans.
Bois-Robert lui écrira une épitre, qui paraîtra dans le recueil de 1659 (Livre Ier : Ep. v).