Voy. p. 95, n
2. Puisque JBois-Robert a groupé ses trois épitres à Citoys et qu'il .1 placé les deux premières par ordre chronologique (voy. p. 95, n. 2), il y a tout lieu de supposer que les trois sont classées par ordre de date. Comme la précédente fut écrite au milieu d'août 1645, celle-ci est postérieure à cette date. D'autre part, d'après le vers 67, il semble bien qu'on soit au début d'une campagne ; cette épitre doit donc dater du commencement du printemps de 1646, ou de la fin de l'hiver précédent.
3. Nicolas le Bailleul (1586 ?-i652), âgé d'une soixantaine d'années, a été successivement conseiller au parlement, maître des requêtes, ambassadeur en Savoie, président au grand conseil, lieutenant civil de Paris (162 1), prévôt des marchands (1621-1626), enfin président à mortier an parlement depuis 1627, Au moment où est écrite
A MONSIEUR CITOYS. IO7
Il fait plus que les Dieux, contentant tout le monde ;
Et toy, de qui le zèle & l'ardeur le seconde,
En tenant par tes soins plus que tu n'as promis,
Tu luy fais, comme à toy, tous les jours des amis.
Tu gagnes tous les cœurs, & par ta modestie
Tu n'en retiens pour toy que la moindre partie :
Tu donnes tout au Maistre, & certes je me plais
A luy voir mériter les dons que tu luy fais.
C'est un homme charmant, c'est un homme agréable,
Qui toujours se rencontre à nos vœux favorable ;
Son obligeant accueil vaut tout seul un présent ;
Quand il faut qu'il refuse, il donne en refusant,
Car sa civilité, dans son refus enclose,
Montre qu'il voudroit bien vous donner autre chose ;
Mais quand, luy demandant, on manque à recevoir,
Il faut que la demande excède son pouvoir.
Les Finances, Citoys, d'honneur environnées,
Jamais si noblement ne furent gouvernées :
Bailleul joint la Naissance ' avec la dignité, [68]
Bailleul joint la douceur avec l'authorité.
Il seroit mal-aisé qu'un cœur vrayment Illustre,
Qui de son sang encor tire beaucoup de lustre,
Ne fust pas obligeant, civil & généreux,
Et de la belle Gloire ardamment amoureux.
la présente épitre, il est en outre chancelier de la reine régente et, depuis juin 1643, surintendant général des finances conjointement avec le comte d'Avaux, à la place de Claude Bouthillier, tombé en disgrâce. Il exercera cette dernière charge jusqu'en juillet 1647 (Moreri. — Galettes : 1643, P- 49$ ; 1647, P- 6o° 5 I^52' P- 791)-
1. « Le président le Bailleul, quoyqu'il se dise d'une bonne maison de Normandie qui s'appelle de Bailleui, n'en est point... » (Tallemant : V, 401). Nicolas le Bailleul (et ses enfants suivront son exemple) se fit constamment appeler de Bailleul. Les généalogies consacrent cette fraude ; mais si, nous aidant de l'une d'elles (Cab. des titres : Cab. d'Ho^ier 23 : 524, f° 2), nous recherchons dans les Pièces
On en aveu plusieurs, jadis, en cette place, A qui le noble Sang n'adjoustoit que l'audace Pour chasser brusquement, d'un ton desobligeant, Le pauvre Courtisan qui cherchoit de l'argent ;
5 -, Plusieurs les ont suivis, douteux en leur Noblesse, Qui, tous plains d'avarice ou tous plains de foiblesse (Vices esgalement à l'Estat dangereux), Ont faict d'un siècle d'or un siècle malheureux «. Bailleul trouve, après eux, tout l'Estat en desordre.
40 O qu'ici la Satire auroit bien dequoy mordre ! Et, si quelque respect ne retenoit ma main,
originales du Cabinet des titres, nous voyons que le père de ce prétendu Nicolas de Bailleul s'appelait Nicolas le Bailleul et était tout simplement valet de chambre ordinaire du roi Henri IV (Pièces orig. 170 : 3576, f° 4).
1. Voici quels ont été les prédécesseurs de Nicolas le Bailleul comme surintendant des finances, depuis l'arrivée de Bois-Robert à la cour : i° Pierre Jeannin (a) (1540-1622), jusqu'en 1619 ; Tallemant dit de lui : « C'estoit encore un homme de bien. » (III, 110) ; il « estoit filz d'un tanneur d'Autun » (III, 195) ; 2* Henri de Schonberg (b) (1 5 75-1632), de 1619 au début de 1623 ; « ce M. de Schomberg avoit les mains nettes. » (Tallemant : III, 110); c'est sans doute à lui, ainsi qu'au suivant, que font allusion les vers 31-34; 30 Charles de la. Vieuville (?-i6j3), de 1623 jusqu'en septembre 1624 ; il « pensa faire enrager tout le monde... Quand on luy demandoit de l'argent, il se mettoit à faire des bras comme s'il eust nagé, et disoit : Je nage, je nage, il n'y a plus de fonds. » (Tallemant : II, 238) ; 40 Michel Marillac (c) (1563-163 2), de septembre 1624 à juin 1626 ; d'une honnêteté rigoureuse, impitoyable aux quémandeurs, il doit être visé par le vers 35 et le premier hémistiche du vers 36; S° Antoine Ruzé, marquis d'Effiat (1 58i?-i63 2), de juin 1626 à juillet 1632 ; Tallemant dit qu'à la surintendance des finances « il apprit à voler à ceux qui l'ont suivy (II, 130); 6° Claude Bullion (d) et Claude Bouthillier (e), d'août 1632 à la mort de Bullion (décembre 1640); « mais Bullion faisoit quasy tout. C'estoit un habile homme, et qui avoit plus d'ordre que tout ceux qui sont venus depuis. » (Tallemant : II, 146) ; Talle-
(a) Et non pas Janin (voy. Cab. des titres : Pièces orig. 1578 = 36199, i°* 2 à 11).
(b) Et non pas Schomberg (voy. Id. : Pièces orig. 2664 : 59186).
(c) Et non pas de Marillac,
(d) Et non pas de Bullion.
(e) Et non pas le Bouthillier (voy. Id. : Pièces orig. 479 : 10715).
A MONSIEUR CITOYS. 109
Que, pour te divertir, j'auroisun beau dessein ! Je n'aurais qu'à laisser sortir de mes pensées Le crotesque tableau des mollesses passées, '
Je te ferois, Citoys, aisément avouer
Qu'il n'est qu'un seul Bailleul qu'on puisse bien louer.
Mais, pour faire éclater une vertu si rare, [69]
Il n'est pas nécessaire ici qu'on la compare :
Seroit-elle plus belle, aux yeux des Successeurs,
En marquant les défauts de ses Prédécesseurs ?
Non, Muse, taisons-nous ; il suffit que je die
Que Bailleul void le mal & qu'il y remédie 2,
Qu'il tasche de remplir nos coffres espuisez,
Et cherche des moyens plus doux & plus aisez.
Si ce qu'il entreprend n'est pas en sa puissance,
niant prouve longuement l'honnêteté de Bullion (II, 149) ; 70 Claude Bouthillier seul, de décembre 1640 à mai 1643 '> c'est lui ^e surintendant « tout plein de faiblesse » auquel fait allusion le second hémistiche du vers 36.
1. Les quatre vers suivants, que Bois-Robert, au moment de l'impression de ses épîtres, remplace par des astéiisques, renfermaient sans doute quelques traits s tiriques un peu trop forts contre un ancien surintendant des finances encore vivant : soit (voy. p. 108, n. 1) contre Charles de la Vieuville, soit, plus vraisemblablement, contre Claude Bouthillier dont la disgrâce ne semblait définitive à personne.
2. Le Bailleul est honnête, mais trop faible pour faire un bon surintendant des finances dans les circonstances difficiles dont j'ai parlé plus haut (p. 101, n. 2). Ménage dit de lui qu'il n'est bon qu'à peindre (Œuvres du Cal de Ret^ : V, 20). Aussi est-ce Michel Particelli, seigneur d'Emery, qui administre en réalité les finances (voy. p. 101, n. 2, et p. 209, n. 3). Le Bailleul lui-même, quelques jours après sa nomination, faisait part au maréchal de Guébriand de son peu d'aptitudes à ses nouvelles fonctions : « La Reyne ma obligé icy a un employ delà surintendance des finances auquel je vous advoue que je me trouve assés empesché, non seulement pour la nouveauté pour moy
60 Pour peu que de ses soins Jules ait connoissance Et que par sa présence il se sente animé, Il pense tout pouvoir lors qu'il en est aimé. De ce digne Héros il connoist les merveilles ; Il void les grands desseins que promettent ses veilles ;
6> II sçait que, pour remplir ses généreux souhaits, Un peu de guerre encore emmènera ' la Paix, Et qu'infailliblement après cette Campagne, La France ayant donné des bornes à l'Espagne, Nous jouyrons enfin de ce repos si doux
70 Dont son Ambition la prive plus que nous. Qu'il me tarde de voir un temps si désirable Sous le Règne éclatant d'une Reine adorable ! Qu'il me tarde, Citoys, quand l'Estat restably Aura noyé nos maux dans le Fleuve d'oublv.
-3 De voir ce Cardinal, de qui l'Ame Royale [70]
Est toute magnifique & toute libérale, Versera pleines mains les biens & les honneurs Sur ceux que son mérite a fait ses Serviteurs ! Espérons par luy seul que le Ciel nous envoyé
80 Ce Règne glorieux d'Abondance & de Joye.
de la matière, à laquelle je me suis peu addouné cydevaut, mais aussy pour les infinies despenses que leurs majestés font de tous costés avec beaucoup de magnificence et de grandeur.... A Paris ce 16 juin 1645. • {Lettres au maréchal de Gvébriand : IX, 171).
i, La confusion que fait Bois-Robert entre amener et emmener vient de ce que l'un et l'autre mot, à cette époque, se prononcent amener. Cf. Ep. xxiv. v. 1, 58, et 67.
A MONSIEUR
L'ABBÉ DE