A MONSIEUR LABBE DE CHANVALON. I I
Dans le coup d'essay magnifique
De ta première Sorbonique r ?
Pour moy, je fus certes ravi [73]
De ce bel Acte2 que je vy.
Cent Prélats, pris par les oreilles,
Purent tesmoins de tes merveilles ;
Le bruict qu'ils en firent, sonna
Jusques à Rome, & Festonna.
Ton Oncle >, à qui les Destinées
Ont promis plus de cent années,
1. Le 26 août 1643, Ie janséniste Antoine Arnauld avait fait paraître son ouvrage intitulé De la Fréquente Communion. Malgré la précaution qu'il avait eue de faire imprimer en tête une Approbation signée de quatre archevêques et de onze évèques, et une autre signée de vingt docteurs en théologie, les jésuites attaquèrent violemment l'ouvrage et l'auteur, et demandèrent qu'on obligeât celui-ci à aller à Rome rendre compte de sa doctrine. Les jésuites étaient soutenus par la cour ; mais Arnauld avait pour soi le parlement et l'université, qui intervinrent activement en sa faveur : la Sorbonne alla même en corps et en grand nombre trouver la reine régente (mars 1644) ; celle-ci, sans doute effrayée de la tournure que prenait cette affaire, finit par décider qu'Arnauld ne serait pas inquiété ([Larrière], Vie de Messire Antoine Arnauld... : I, 45-79).
Quelques mois plus tard (automne 1644), François III de Harlay passait sa thèse de tentative (voy. p. ni, n. 1). Apparemment pour s'attirer les faveurs de la famille royale, il choisit comme sujet la réfutation de la doctrine janséniste. Sur cette question brûlante, sa discussion avec le jury dut être vive et passionnée ; François de Harlay en sortit vainqueur, et sa jeune célébrité en fut considérablement accrue : v Les Docteurs de la Maison de Sorbonne qui s'estoient trouvez à cet Acte & qui avoient esté témoins des acclamations & des Eloges qu'une Assemblée si honorable, composée de plusieurs Evesques& autres personnes de qualité, avoit donné à ce nouveau Bachelier, en écrivirent à son Oncle [archevêque de Rouen (voy. la note 3 ci-dessous)] & lui rendirent par ce moyen un témoignage bien certain & bien glorieux de l'extraordinaire capacité de son Neveu. « ([Pommeraye], Histoire des Archevesque s de Rouen... : p. 664).
2. « Au Collège, on appelle aussi Actes les Thèses qu'on soutient en public pour acquérir quelque degré dans les Facultés, ou pour faire paroistre la capacité d'un écolier. » (Furetière 1690).
3. François II de Harlay (1586-1653) est archevêque de Rouen depuis 161 5 ; c'est le frère d'Achille de Harlay, marquis de Bréval et
Lors que ce coup le vint saisir 40 En pensa mourir de plaisir ;
Dés que cet homme incomparable Apprit cet Acte mémorable, Sa tendresse & son amitié Pour toy s'accrurent de moitié ; 45 Comme, aux doux charmes de ta grâce
Naturels à ceux de ta race, Son Père Illustre ■ il a connu, A cet air grave & retenu, A cette suffisance extresme 50 II s'est encor connu luy-mesme.
Voy-le par le don qu'il t'a fait 2 ; Admire-toy dans ce bien-fait,
seigneur de Champvalion, lequel est le père du jeune François 111 de Harlay auquel est adressée la présente épître.
François II de Harlay est âgé de 60 ans ; c'est un homme très lettré, et en même temps très bon pour le peuple. En 1630, alors qu'il était abbé de S. Victor près de Paris, il institua dans cette abbaye « une Académie en faveur des personnes doctes ». Depuis qu'il est archevêque de Rouen, il a ouvert des écoles publiques dans son château de Gaillon et y a installé une imprimerie pour ses besoins personnels ; il a fondé des prix de poésie au palinod de Rouen ; enfin il .1 fait don à la cathédrale de Rouen de sa riche bibliothèque, à condition qu'elle soit ouverte au public : c'est la première bibliothèque publique qu'on ait eue en France. ([Pommeraye], Hist. des Archevesques de Rouen : p. 632-663).
L'archevêque de Rouen et son neveu, comme descendants du frère du célèbre Georges d'Amboise, archevêque de Rouen et ministre de Louis XII, ont pour ancêtre Thibaut IV, comte de Champagne. (M. : p. 633).
1. Jacques de Harlay, seigneur de Champvalion (?-i63o), « te plus célèbre galant de la reyne Marguerite » (Tallemant : IV, 78), fut chambellan du duc de Lorraine et intendant de ses affaires en France (Moreri).
2. Le 13 février 1645, l'archevêque de Rouen écrivait à Mazaria pour lui demander, en raison « de l'applaudissement public et extraordinaire » qui avait accueilli la thèse de son neveu, de lui permettre de résigner, en faveur de celui-ci, sa riche abbaye de Jumièges près de Rouen, « pour en faire sans retardement une recompense publi-