‹ Épistres en versChapitre 68 sur 177 · Cher Abbé, ce lieu désirable · texte numérisé non relu

Cher Abbé, ce lieu désirable

N'a rien qui ne soit admirable,

Qui ne touche & ne plaise mieux

Que tout ce qui brille en ces lieux;

Je croy que l'Art & la Nature, 150 Sur son assiette & sa structure,

Soit au dedans, soit au dehors,

Ont desployé tous leurs thresors ;

Soit que j'admire l'estendue

De sa belle & diverse veue, 155 Soit que je prenne mes esbats [77]

Au Parc ou dans les jardins bas,

Soit qu'en ses vastes galleries

J'entretienne mes resveries,

Que je contemple ses costeaux, i4o Ses promenoirs, ses belles eaux,

Ou la richesse de ses marbres,

Ou la vieillesse de ses arbres,

Je conclus que Fontainebleau

N'est pas ce qu'on void de plus beau.

145 Rien n'esgale, quoy que l'on die,

Ce petit coin de Normandie *.

C'est là qu'esloigné de la Cour

Je veux establir quelque jour

Et mon repos & ma fortune 150 Sans y rien voir qui m'importune ;

C'est là que je veux, à plaisir,

Dedans un honneste loisir,

Rire des vanitez passées

Qui s'offriront à mes pensées ;

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