Cette date résulte de celle de l'épître précédente
3. « La Normandie est une excellente pépinière de beaux esprits. » (d'Ouville, Les Contes aux heures perdues... : p. 408). Elle a produit 01 effet, plus que toute autre province de France, surtout au xvii* siècle, un nombre immense de personnages qui se sont distinguas dans les
I4S RESPOKSE
Faire à fort peu de frais la demeure d'un Roy.
Tu serais malheureux d'envier ma fortune : La tienne est haute autant que la mienne est commune, Où tout ce que l'Esprit peut produire de beau Doit céder en estime au fruict d'un arbrisseau. Les Vœux, que fit Ronsard pour mon Ayeul Illustre Sur ce mes me jardin l, luy conservent du lustre : Si ses arbres sont morts, au moins ses Lauriers verts Ont, comme en son Hyver, surmonté cent Hyvers ; Et de mesme Baïf créât que nostre fontaine De son stile poli méritait bien la peine : Il peignit ses beau tel 2> & tu v°ù Que sou Eilli Coule a cor en ses Fers comme en nostre ruisseau.
Ainsi ton beau Présent, au Temple de Mémoire
lettres. Voici seulement les plus connus d'entre eux : Alain Chartier, Nicolas Oresme, Olivier Basselin, Pierre Gringoire, Jean le Houx, Jean Marot, Vauquclin de la Fresnaye, Bertaut, Malherbe, Vauquelin des Yveteaux, Gaultier Garguille, Antoine de Monchrestien,d'Ouville,Bardin, Bois-Robert, Saint- Arnaud, Samuel Bocbart, Georges de Scudéry, Sarasin, Pierre Corneille, Madeleine de Scudéry, Mézeray, Bensseradde, Brébeuf, Saint-Evrémond, Henri Basnage, Segrais.
Et parmi ceux qui bientôt leur succéderont, on peut citer : Thomas Corneille, Huct, Pradon, Chaulieu, Fontenelle, Bernardin de Saint- Pierre, etc..
1. Le marquis de Villennes fait ici allusion à VHytate de tbyver, dédié par Ronsard à Jacques Bourdin, seigneur de Villennes (?— 1567) (grand-père du marquis de Villennes), qui fut fait secrétaire des finances en 1549, eut ensuite le département des affaires d'Italie et dressa presque seul les mémoires pour le concile de Trente, puis accompagna Jean de Morvillier à Troyes, où tous deux conclurent la paixavec l'Angleterre (1554). Dans cctHymie de l'byver (Œuvres complètes de P. de Ronsard.,.: TV, 524), Ronsard parle en effet du jardin de Jacques Bourdin (p. 326), mais il ne fait de vœux que pour ses champs, ses vignes, ses blés, ses troupeaux (p. 336) et non pour son jardin.
2. J'ai cherché dans les Euvrcs cri rime de Jan Antoine de Bat f sans y trouver aucun passage sur la fontaine de Villennes. 11 se peut que, trompé par les vers 3$ et 36 de l'épître précédente (dans lesquels pourtant Bois-Robert se contente de dire que Baïf, comme Ronsard, vint A Villennes et s*y plut), le marquis de Villennes ait attribué à Baïf la longue pièce latine de Dorât intitulée VUlanis qui lui revenait à la
A MONSIEUR DE BOISROE1 I | ■■)
Conservera ces Nains à l'ombre de la Gloire ; 2-, Ils seront immortels, & leurs feuillages vers,
Malgré les Aquillons, vivront en tes beaux Vers.
C'est où nostre séjour tirera l'avantage
De se voir ajusté par ton divin langage,
Et de tenir de toy l'éclat & l'ornement 50 Qu'il eitst de nos Ayeux attendu vainement :
Tes moin tous ses Lambris sans or & sans Peinture, [106]
Son modeste Portail, sa simple couverture ;
Et, sans ces Marbres pris au bord Ligurien T,
Ce logis maintenant serait conté pour rien. 35 Si des eaux <$: de l'air il a quelque avantage,
S'il a lesfruicts, les fleurs, lafraischeur & l'ombrage,
Il le doit à l'Assiette, & à nos Devanciers
Qui, n'ayant pas esté ny fins ny Financiers,
Ont vescu doucement, & pu sans arrogance 40 Posséder des employs les premiers de la France,
Le Secret de V Estât par deux siècles avoir,
Estre grands en estime, eslre grands en pouvoir,
Et, par leur bonne vie, en la Cour exemplaire,
Sceu rendre à la Vertu Fortune tributaire. 45 Ne pense pas de là que je veuille tirer
Un plausible sujet de trop haut aspirer ;
33 : je me permets de corriger ici Tèdiliùn de l6^6: qui porte : au bord de Ligurien.
mémoire (Dorât, Poëmatia : I, 173), et dans laquelle Dorât chante la fontaine en question. Ces vers de Dorât sont adressés à Jean Brikon seigneur de Villennes, conseiller au parlement de Paris, et cousin germain du grand-père de notre marquis de Villennes (Cab. des titres : Cab. d'Ho^ier 59 : 1504, f° 3 ; Dossiers bleus 123 : 3036, f° 4 V5).
1. Ce sont apparemment des marbres que la mère du marquis rapporta d'Italie en revenant du voyage qu'elle fit pour aller voir son mari a Raguse (voy. p. 143, n. 7, dernier alinéa).
150 RESPONSE
Ne crois pas que je veuille encor me mettre en peine De monter après eux à ta grandeur mondaine : Au milieu des honneurs ils les ont mespriseï ;
50 Par leur seule candeur ils sont éternise^ ; Et leur ambition ne fut pas deparestre, Mais d'est rc reconnus fidèles à leur Maistre, Tels que les Morvilliers x, Oliviers 2, Robcrtés>, Et tels que mes Bourdins, & tant dont je me tais,
55 Honteux d'estre sorty de ces grands personnages Si releve-i, si bons, si fameux de si sages, Et n'oser présumer de jamais parvenir [107]
Au rang que leur Vertu leur avait faict tenir.
Crois- tiwy, cher Boisrobert, jesçay quelle est ma force ;
60 Si leur grandeur passée est une vive amorce
Oui m'embraie le cœur de marcher sur leurs pas Et d'atteindre aux honneurs où je ne me vois pas, fe connois mon Génie & le temps où nous sommes : J'ay besoin d'autre chose. S: la Cour d'autres hommes ;
1. Jean de Morvillier (a) (1507-15 77) fut successivement maître des requêtes, ambassadeur à Venise, ambassadeur au concile de Trente, évêque d'Orléans, conseiller au parlement, conseiller d'Etat, et garde des sceaux. Il était cousin germain de la femme du célèbre médecin François Miron, et frère de la belle-mère de ce Jacques Bourdin dont j'ai parlé plus haut (p. 14S, n. 1) (Moreri. — Cab. des titres : Cab. d'Hoiier 59 : 1504, f° 3).
2. François Olivier (1487-1 560), seigneur de Leuville, successivement conseiller au parlement, maître des requêtes, président à mortier au parlement, garde des sceaux, et chancelier de France, fut « docte, éloquent, judicieux, sincère, bon ami, & doué d'un courage inflexible » (Moreri).
3. Florimond Robertet (1492-15 22), trésorier de France sous Charles VHI. accompagna ce rci à Naples, où il mena à bien les négociations les plus épineuses. Son neveu et son petit-fils, secrétaires d'Etat, se rendirent aussi célèbres par des négociations importantes ; ils s'appelaient aussi Florimond Robertet (Moreri).
(a) Ft non pas Morvilliers (voy. Cab. des titres : Pièces orig. 2062 : 46910, fos 47 et suiv.).
A MONSIEUR DE BOISROBERT. Ijl
Je suis trop modéré pour y sçavoir agir ;
Son port a trop d'escueils pour à Taise y surgir ;
Ce temps n'est plus celuy de nos vieux Secrétaire'
Qui songeoient à VEstat & non à leurs affaires,
Ainsi que mon Ayeul sous trois Rois differens,
Qui par an, pour tout bien, amassa deux cens francs.
Cesse donc de me plaindre, ou ne me crois pas sage ; J'ay faict, jeune, en la Cour un long apprentissage, J'en connoy les beauté^, j'en connoy les appas, j'en descouvre le piège & ne m'y prendray pas.
Je ne dis pas, pourtant, que, si je pouvois croire D'arriver quelque jour au faiste de la Gloire, Le désir de me voir en estât d'obliger Xe me fis t pour autruy mon repos négliger, Changeant mes jours heureux en heures malheureuses ; « L'Ambition sied bien aux Ames généreuses l. »
Mais, puis que j'ay perdu la trace qu'autrefois Jemestois faite auprès des Princes & des Rois Aux despens de mon bien, de mon aise &. mon âge, [108] Je m'empescheray bien, eschapé du naufrage, De me commettre plus sur l'orageuse Mer Où je vois chaque jour tant de gens s'abismer.
Et puis je ne sçay plus gourmander ma franchise, Comment on se contraint, comment on se déguise ; Je ne reconnois plus les est r es de la Cour : Elle a changé, depuis, d'hommes &. de séjour ; Je l'ay veue en ce Louvre où l'on voit croistre l'herbe, Et, sur la mesme place où le Palais superbe Fut basty par Armand pour demeure à nos Rois,
i. Les guillemets semblent indiquer que ce beau vers, d'allure cornélienne, est une citation ; s'il en est ainsi, j'ignore qui en est l'auteur. Peut-être aussi servent-ils simplement à mettre en relief cette réponse directe aux vers 51-)) de l'épitre précédente.
15^ RESPOXSE
J'appris à manier un cheval autrefois J. 9> Cela me fait prévoir que, si je m'y rengage,
Soudain j'y passer ay pour un nouveau visage,
Je ne verray personne à qui m associer,
Et ne seray connu de Garde ny d'Huissier.
Y aime mieux, sans bavard de tant d'heures mauvaises, 100 Gouster en ce séjour mon plaisir & mes aises,
Estre dans mon jardin, que je verray planter
Desfruicts les plus exquis que j'auray faict enter,
Resver, auprès les bords de sa grande Fontaine,
Si son eau passe ou cède à l'eau de nostre Seine, IO> Et juger si la veut est plus belle à nos yeux
Alors qu'elle a pour borne ou la terre ou les Cieux. La je pratiquer ay cette innocen.cvie
Qu'un Cyrus estimoit S: qui, digne d'envie,
Confond les plus heureux, brave les plus contens, [109}
1. A partir de 1624, Richelieu acheta successivement, à l'extrémité occidentale de la rue saint Honoré, près des remparts, un certain nombre d'immeubles qu'il fit ensuite démolir, et sur l'emplacement desquels il se fit bâtir un somptueux hôtel, qui s'appela Ybôtel de Richelieu (Champier et Sandoz, Le palais royal... : I, p. n et suiv., et 463 et suiv.). C'est ainsi que Richelieu acheta, le 16 juin 1633, l'académie de Benjamin, manège appartenant à Pierre de Hannicques (a). seigneur de Benjamin, et où venaient s'esercer à l'équitation les personnes de qualité (Id. : I, p. 464 et 18) ; c'est à ce manège que fait ici allusion ïe marquis de Villennes : son souvenir date donc d'au moins douze ans.
Le 16 juin 1636, Richelieu fit don à Louis XIII de son hôtel, s'en réservant seulement la jouissance sa vie durant. Enfin, le Ier février 1641, il lui donna le nom dtpahis cardinal (Lettres au président Bariilon : II, 239 V0).
Après la mort de Richelieu (4 déc. 1642), le palais cardinal devint donc la propriété du roi. Mais ce ne fut que le 7 octobre 1643, lorsque la reine, devenue veuve, quitta Saint-Germain pour Paris, que la cour abandonna le Louvre et s'installa au palais cardinal, qui prit le nom de palais royal (Galettes : 1643, P- 884).
(a) Et non pas Hanaique (voy. Cab. des titres : Pièces crig. 1476 : 33434» fos 2 et suiv.).