‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 2)Chapitre 367 sur 421 · DE L’ENFANT-JÉSUS · texte numérisé non relu

DE L’ENFANT-JÉSUS

Vers l’année 1720, le curé de Saint-Sulpice, Languet de Gergy, toujours préoccupé de fondations charitables, avait formé le dessein d’ouvrir pour les femmes et les fdles pauvres de sa paroisse un asile où elles trouveraient un travail assuré dont la rémunération leur fournirait le moyen de subvenir à leur entretien. Il loua, à cet effet, le 1e1' octobre 172Ù, un immeuble avec de vastes dépendances, situé entre les rues de Vaugirard et de Sèvres, dont il devint définitivement acquéreur, par sentence de licitation, le 29 mars 1782 (1 2).

(1) D’après te plan de Verniquet.

(2) L’Inventaire des titres de cet établissement, rédigé te 28 pluviôse an ni (16 février 1795), signale tria grosse en parchemin de la licitation

faite au ci devant Châtelet de Paris, le 29 mars 1732, d’une grande maison lors appelée l’Hotel de l’Enfant Jésus, sise à Paris, Grande rue de Seves , vers la barrière des Incurables , batiments

En ouvrant son établissement, auquel il conserva le titre de Maison de l’Enfant-Jésus 6), qu’il portait déjà, le curé de Saint-Sulpice modifia son projet primitif pour venir en aide tout à la fois à la noblesse peu fortunée et à la population ouvrière, et décida de prendre comme pensionnaires un certain nombre de jeunes demoiselles nobles et pauvres, qui seraient élevées dans les mêmes conditions que celles reçues à la maison royale de Saint-Cyr. Il confia la direction de la maison aux dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve, dont il était le supérieur général, et qui avaient précisément pour mission d’instruire gratuitement les pauvres orphelines et de les mettre en état de gagner leur vie.

Grâce au concours de personnes charitables, l’industrieux prélat avait pu fournir à la maison tout le mobilier et les ustensiles nécessaires, et il l’avait dotée d’une blanchisserie et d'une ferme à Issy, dont les produits devaient couvrir en majeure partie les dépenses de son entretien. Aussi, durant plus de vingt années, l’institution avait-elle donné de bons résultats, et le désir du fondateur, qui était déjà avancé en âge, aurait été d’assurer son avenir en la remettant entre les mains du roi; mais ses avances ne furent pas accueillies^. Après sa mort, son

et jardins en dépendants, contenant trois arpens on environ , d’une autre piece de terre contenant sept quartiers, scis au même canton, sur le même chemin de Vaugirard, un demy arpent ou environ au même terroir, et un arpent ou environ de terre en deux pièces joignantes les terres des Incurables , le tout adjugé à Chevance pour moyennant 86,100 livres, qui en a fait la déclaration, le ier avril suivant, en faveur et au profit de Jean Baptiste Joseph Languet de Gergy, lors pretre, curé de Saint Sulpice de cette ville, dûment insinué et ensaisiné. » (Arcb. nat. , T. 1 6 2 5. )

Jaillot nous apprend que l’immeuble était connu antérieurement sous cette dénomination :

rc Au commencement de ce siècle, on avoit établi , sous le titre de Y Enfant Jésus , une maison de pension sur un terrein assez étendu, entre les chemins de Sèvre et de Vaugirard. Après la mort de M. Nicolas le Jeune, ecuyer, sieur de Franqueville, elle fut louée à M. de Raphælix, supérieur de la communauté des gentils-hommes. Cette communauté fondée en 1676 ne subsistant plus, ni celles qu’on avoit établies vers la fin du siecle passé, rues de Sèvre et de Vaugirard, M. de Raphælix céda, le icr octobre 1724, le bail de cette maison à M. Languet de Gergi, curé de S1 Sulpice. Il en fit l’acquisition, et elle lui fut adjugée moyennant 86,100 livres par sentence de licitation du 29 mars 1732.» (T. V, art. six, p. 93.)

En 1 7^7, Languet de Gergy avait adressé an procureur général Joly de Fleury, pour obtenir la sanction des lettres patentes du roi, un mémoire détaillé dans lequel il exposait l’objet et le fonctionnement de l’institution qu'il avait fondée et dotée :

trLe suppliant représente très humblement que sous le bon plaisir et autorité de Messeigneurs le Cardinal de Noailles, de Vintimille et de Bellefont, il auroit. trouvé parmi les pauvres de sa paroisse plusieurs filles demoiselles de noble extraction, réduites dans une si grande pauvreté quelles ne pouvoient esperer une éducation chrétienne et convenable à leur naissance, et aussi un très grand nombre de jeunes femmes et filles du peuple, lesquelles faute de bien et de travail pour gagner leur vie restoient dans une oisiveté qui les exposoit aux derniers désordres; que pour remédier à ces maux il auroit entrepris d’assembler ces différentes personnes, les premières pour être élevées et instruites chrétiennement, les autres pour avoir un travail convenable à leur sexe et être instruites des vérités et des devoirs de la religion chrétienne dont la plupart se trouvoient absolument ignorantes. Le suppliant auroit pour cet effet assemblé plusieurs Filles de la Congrégation dite de Saint Thomas de Villeneuve, pour vacquer d’une part à l'instruction et éducation des demoiselles et de l’autre à l’instruction et conduite pour le travail des pauvres filles du peuple .

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frère, l’archevêque de Sens, dont il avait fait son légataire universel, fut plus heureux, grâce à la bienveillante intervention de la reine Marie Lecksinska, qui

rrLe suppliant a tâché de pourvoir à la subsistance et soutien de ce commencement d’établissement qu’on lui a dit souvent être utile à l’Etat et à la Religion , non seulement par la conduite du spirituel de cette maison , mais aussi à son soutien pour le temporel. Et, pour cet effet, il a acheté une grande maison, nommée l’Hôtel de l’Enfant Jésus, des héritiers du sieur Lejeune de Franqueville, lequel hôtel, tant en bâtimens que cours et jardins, contient la valeur de plus de vingt deux arpens. Il y a de plus joint plusieurs pièces de terre et une grosse ferme au village d’Issy, par lequel moyen il a fait à cet établissement la valeur de huit à dix mille livres de rente bien venant par le produit desdites terres et mains d’œuvres des Filles qu’il y a préposées de la Société de Saint Thomas de Villeneuve. Et, pour augmenter ce revenu, il a fait établir une blanchisserie pour le service et usage du public de la ville de Paris et des lieux circonvoisins ; ce qui donne pour la suite espérance de plus grands revenus pour le soutien de cet établissement.

rrLe suppliant au surplus déclare que tous ces biens sont très libres, et que pour tous les achats de terres, maisons et constructions de bâtimens, il ne doit rien à personne que quelque peu de viager dont il y a bien de l’apparence qu’on sera libre bientôt. Le suppliant observe qu’il est parvenu en même temps à meubler et fournir d’ustensiles nécessaires à cette grande maison pour la valeur de quarante ou cinquante mille livres, pour laquelle il a été aidé par les aumômes de quelques personnes charitables qui ont eu à cœur cette bonne œuvre et par le sacrifice qu’il y a fait de plus de la moitié de ses biens patrimoniaux. Enfin le suppliant a tout lieu d’espérer de la divine Providence qui a conduit cette bonne œuvre jusqu’à présent, que par le bon ordre qu’il a établi dans l’administration du temporel de cet établissement, les revenus pourront encore augmenter et contribuer à son soutien. Mais comme le suppliant se voit arrivé à l’âge de soixante-douze ans, il y a lieu de craindre que sa mort venant avant l’établissement solide de cette maison, le désordre ne s’y mette tant pour le spirituel que pour le temporel, et que ses héritiers ne veulent profiter des maisons , héritages et meubles qu’il a jusqu’à cette heure consacrés à Dieu et au service des pauvres, il réclame avec juste raison ni.

l’autorité de Monseigneur l’archevêque de Paris, qui par son rang, ses lumières et son crédit peut consolider et perpétuer cette bonne œuvre pour l’avantage de son diocèse et en procurer l’établissement par les lettres patentes du Roy.

«Le suppliant ose représenter que le Roy ni Monseigneur l’archevêque de Paris et son siège ne pourront en souffrir aucun dommage ni intérêt, et qu’au contraire il revient à Sa Majesté par l’abandon entier que le suppliant fait de tout ce qu’il a acquis et bâti pour cette maison entre les mains de Sa Majesté, à qui la nomination des places des demoiselles , en tel nombre qu’il jugera à propos , lui appartiendra; le Roy par ce moyen pourra gratifier autant de nobles familles dont les peres, freres et oncles seront à son service dans ses armées , ce qui leur sera plus utile que la nomination d’une ou deux prieures de couvent.

f- Cet établissement ne pourra porter pareillement aucun préjudice à Monseigneurl’archevêque de Paris, puisque l’intention du suppliant est de laisser à Monseigneur et à ses successeurs pleine et entière juridiction sur cette maison et communauté et désire que Monseigneur l’archevêque puisse dans la suite nommer auxdictes places des demoiselles au moins au nombre de deux ou trois , et ce à perpétuité.

tf Le suppliant ne se réservant aucun droit ni propriété, ni aucune sorte de prérogatives sur cette maison, ni à aucune personne de sa famille, n’ayant aucun autre désir que de procurer la gloire de Dieu, l’éducation chrétienne à des filles de condition , le salut et le goût du travail à celles du peuple, dont le nom et la jeunesse seraient sans ce secours exposées aux plus grands dangers .

«Le suppliant observe encor qu’il n’a pas borné cette éducation aux pauvres demoiselles nées dans sa paroisse, mais qu’aux instances d’un grand nombre de familles nobles de toutes les provinces du Royaume il en a reçu un grand nombre dont les peres ou freres sont occupés au service du Roy dans ses armées, dans lesquelles plusieurs ont sacrifié leur vie et leur fortune.

crPour le peuple qui est admis au travail de l'Enfant Jésus on en distingue de trois sortes : i° les vieilles et personnes âgées qui ne sont plus en état d’apprendre ou de suivre un métier y sont reçues...

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avait pris l’œuvre sous sa protection, et à la libéralité de la marquise de Lassay, qui lui constitua 6,000 livres de rente W.

En faisant abandon au roi de la Maison de l’Enfant-Jésus , à laquelle il affectait le produit des effets mobiliers et les revenus de l’abbaye dépendant de la succession de son frère, l’archevêque de Sens obtint des lettres patentes du mois de décembre 1761 enregistrées au Parlement le 2/ 1 juillet 1752, qui autori-

La seconde sorte de ces pauvres filles ou femmes est celles qui sont plus jeunes et plus robustes; celles-ci sont distribuées aux gros ouvrages de la maison , comme à porter le bois , à travailler dans les greniers au bled ou à la farine , au blanchissage des toiles, à la culture des jardins, et à chercher de l’herbe pour la nourriture des bestiaux.

p La troisième espèce de pauvres sont les petites filles, lesquelles par un grand malheur de ce pays ne reçoivent de leurs parens que l’exemple de demander l’aumône aux portes des églises et des grands seigneurs où elles sont exposées à tous les dangers dont l’oisiveté et l’ignorance sont la source. Cellesci ont des salles particulières et des maîtresses qui les y instruisent et leur donnent du goût pour le travail et de l’horreur pour l’oisiveté. On les occupe entre autres travaux , à filer le coton pour la mousseline et autres toiles de coton, à filer de beaux fils pour servir à fabriquer des toiles aussi belles que celles de Hollande et de Frise, et à faire des fils aussi fins et aussi beaux que ceux de Malines, ce qui est un avantage pour le royaume et empêche l’argent de passer aux pays étrangers, aussi bien que les broderies auxquelles les demoiselles s’appliquent ; elles en font d’aussi belles que l’on en puisse trouver tant à Constantinople qu’en Perse et dans le Mogol. On a trouvé le moyen par les soins du suppliant d’avoir les soyes des Indes propres à ces ouvrages , et la manière de les travailler comme 011 le fait dans ces pays étrangers, et les demoiselles de l’Enfant Jésus y réussissent au plus parfait, comme il est notoire par les ouvrages qu’ elles ont eu l’honneur de présenter à la Cour, à la lioyne et à Madame la Dauphine . . .

«Le suppliant observe encore que c’est aussi un soulagement pour les hôpitaux, d’autant plus que les sœurs qui conduisent cette maison ont un très grand soin de secourir les pauvres du voisinage et cle toute la plaine dans leurs blessures ou infirmités. . . » (Arcb. nat. , G5 65 1.)

(1) Les divers motifs qui avaient décidé le roi étaient rappelés dans les lettres patentes :

«La Reine, notre très-chere épousé et compagne ayant bien voulu s’assurer par elle même de l’esprit d’ordre qui préside à cet établissement, a cru qu’il étoit digne de sa pieté de le soutenir par sa protection; qu’en cet état le sieur Languet, archevêque de Sens, légataire universel du feu sieur de Gergy, son frere, loin de vouloir s’approprier des biens qu’il regarde comme consacrés aux pauvres, ne desire que de conserver à ceux-ci l’avantage d’un nouvel asile, en adoptant en entier les vues qui lui ont donné l’existence; que son dessein est d’affecter à l’établissement dont il s’agit les bâtiments et autres immeubles qui servent actuellement à cet usage ; qu’il y destine pareillement le prix des effets mobiliers du feu sieur de Gergy et ce qui reste dû à sa succession des revenus de l’abbaye dont il étoit commandataire; que d’un autre côté la dame marquise de Lassay est dans la résolution de concourir au même dessein par le don d’un fonds de rente en contrat sur nos Aides et Gabelles et qu’il est à présumer en général que le public, convaincu des effets salutaires de cet établissement, se portera de lui-même à donner tous les secours qui dépendront de lui pour perpétuer un aussi grand bien. . . -n (Arcb. nat., F15 269.)

(2) Les actes de donation de la maison de l’Enfant-Jésus par l’archevêque de Sens et de constitution de 6,000 livres de rente par la marquise de Lassay furent dressés le 17 mai 1762.

Il convient de rappeler ici d’autres bienfaiteurs de Rétablissement qui se signalèrent par d’importantes libéralités : Catherine-Anne de l’Isle Dugast, par son testament du 5 mars 1763 , lui légua, après son décès et celui de sa mère, 575 livres de rente sur la ville de Paris; Charles deFortia le dota d’une rente cle 2,000 livres sur les Aides et Gabelles, le 27 juin 1769, et Robert Jeannel, intendant général des Postes, lui attribua 3oo,ooo livres en contrats sur l'Hotel de ville de Paris , à charge d’acquitter diverses rentes viagères, par son testament en date du 20 août 1769. (Arch. nat., T. 1625.)

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saient et confirmaient fa création de l’établissement considéré comme étant de fondation royale.

Par ces lettres, le roi acceptait la donation de l’établissement faite par l’archevêque de Sens et la dotation de la marquise de Lassay, et il approuvait la double destination de la maison pour l’éducation gratuite de demoiselles nobles et l’entretien de femmes et de fdles pauvres. Le nombre des jeunes filles nobles qui pouvaient y être élevées était fixé à seize, pourvu que la dépense de ce chef ne représentât pas la moitié des revenus de la maison, sinon il y avait lieu de le réduire proportionnellement; dans le cas contraire, l’excédent était affecté aux filles pauvres. Ces demoiselles devaient être âgées de sept à dix-neuf ans et d’ancienne noblesse W; l’une d’elles était désignée par l’archevêque de Sens ou ses héritiers, deux par la marquise de Lassay ou les membres de sa famille à perpétuité, et les autres par le roi sur la présentation du Bureau d’administration. Ce Bureau, présidé par l’archevêque de Paris, sous la juridiction duquel l’établissement était placé, devait comprendre, outre les curés de Saint-Sulpice, administrateurs-nés de la fondation , six membres ecclésiastiques ou laïques, choisis parmi les notables de la paroisse. La direction de la maison restait confiée aux dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve et la supérieure devait rendre compte de sa gestion au Bureau.

La Maison de l’Enfant-Jésus subsista durant vingt ans sans embarras, grâce aux revenus que la prévoyance de son fondateur lui avait assurés. Mais, en 1 77 1, la mortalité exceptionnelle des bestiaux, qui lui avait fait perdre un revenu de 12,000 livres, obligea le Bureau à demander un secours à la Commission des réguliers. Cette requête, que l’archevêque de Paris avait appuyée lui-même par une lettre de recommandation, le 6 avril, n’obtint aucun résultat, l’établissement n’ayant pas paru rentrer dans la catégorie de ceux auxquels la Commission pouvait attribuer des subsides. Dès lors, l’administration se trouva aux prises avec de graves difficultés pécuniaires et, quinze ans plus tard, la situation était des plus obérées. Par suite de l’augmentation du prix des denrées et des réparations effectuées aux bâtiments, la maison était redevable d’environ 86,000 livres, tant à des fournisseurs qu’à des ouvriers et des domestiques. A cette époque,

(1) rrLes jeunes demoiselles pauvres doiventprouver deux ceuts ans de noblesse avec la qualité' de chevalier dans le premier père dont elles descendent. On préfère cellesdontles parens ont été au service du Roi. On leur donne un entretien et une éducation dignes de leur naissance; on les occupe en même temps aux différens soins que demandent la boulangerie, les basses-cours, les laiteries, le blanchissage, le jardin, l’apotbicairerie, les fileries et autres objets du ménage, ce qui les rend propres à devenir de

bonnes mères de famille et à savoir gouverner des biens de campagne. L’habitude où elles sont de soulager par mille petits services les pauvres femmes et fdles qui travaillent dans cette maison les rend plus affables, plus humbles, plus officieuses et plus propres à la société. Elles sont vêtues de noir et en robes de Cour; quand elles sortent pour aller chez leurs parens, elles sont toutes en blanc. v (Tbiéry, t. If, p. 45o.)

elle entretenait vingt-huit jeunes pensionnaires nobles, donnait asile à seize orphelines pauvres et faisait vivre de leur travail une centaine de femmes et de fill es. Le 6 mars 1785, la supérieure, pour se tirer d’embarras, fit appel à la libéralité de la reine Marie-Antoinette.

L’établissement de l’ Enfant-Jésus, qui avait son entrée sur la rue deVaugirard, comprenait deux grands corps de bâtiments avec cours et de nombreuses dépendances; derrière se trouvaient de vastes jardins qui s’étendaient jusqu’à la rue de Sèvres W.

Durant les premiers temps de la Révolution, l’établissement continua de subsister. Ce fut seulement vers la fin de 1792 que le Comité de la section du Bonnet- Rouge fit arrêter les religieuses, enlever l’argenterie et les papiers et apposer les scellés sur la maison. Le citoyen Dauvin, proviseur de l’hospice de vieillards du faubourg du nord, proposa de la transformer en un asile où seraient recueillies et élevées les orphelines du département de la Seine (2h La Convention, par son

(I) La Déclaration des biens du 27 février 1790 donne la description suivante de l'immeuble:

«■La maison a deux grands corps de bâtiments; le premier contient un grand appartement à louer, les infirmeries , l’apoLliicaircrie , laiterie, basse-cour, deux chambres en loyers, granges et greniers pour les fourrageset autres provisions delà maison ; le second corps contient les dortoirs et salles des demoiselles elèves, réfectoire, cuisine, boulangerie, lingerie, garde meubles et salles des pauvres. Dans l'un et l’autre corps de batiment sont les chambres des religieuses et domestiques, pour la régie et service des emplois respectifs ;

«Plus deux petits corps de logis, l’un pour la buanderie de la maison; il y a aussi un petit pré pour les séchoirs; le second situé à la porte d’entrée contient le logement pour le suisse et domestiques mâles, des greniers, écuries et caves; il y a aussi deux petits appartements situés au même lieu ;

«Deux grands jardins, l’un partie potager et partie fourrages pour les bestiaux, l’autre potager avec un petit bosquet ; il y a aussi plusieurs grandes cours; et le tout de la contenance d’environ 2 4 arpens.n

D’après le même document, la maison était administrée par neuf dames, dont deux novices et huit sœurs converses.

Elle possédait un revenu annuel de 24,i3ott, 1 4 sous; elle avait 8,75ott, 8 s., 4 d. de charges pour pensions et redevances diverses et elle payait 4,1 i5tt dégagés. (Arch. nat., S. 705 1 .)

t2) Dans son l'apport du 4 messidor an 11 ( 2 1

juin 1794), le citoyen Dauvin signalait les avantages que présentait cet établissement pour l’installation d’un hospice : «Les bâtiments sont très spacieux, construits depuis environ soixante années; ils sont en pierre de taille, très solides, avant cour, en forme d’avenue, au haut de laquelle est une belle cour carrée; sur la gauche de ladite cour, une vaste basse cour avec les batimens à son usage dans tous ses rapports, comme grandes etables susceptibles de contenir soixante dix vaches , toit à porcs, poulailler, écurie, laiterie; une partie de ces batimens surmontée d’entresols commodes ; au centre de ladite cour se trouve placée une pompe et un réservoir d’eau qui en distribue à la laiterie et en fournit pour abrcver les bestiaux. Une belle et commode buanderie avec l’eau necessaire à son usage;

ff Une pharmacie precieuse tant pour la quantité des médicaments quelle contient que par diverses curiosités d’histoire naturelle qui s’y trouvent et par son laboratoire garni de trois alambiqués de cuivre tout montés, presses, bassines, etc.; salle ensuite pour secher les herbes botaniques et les diverses plantes, ladite salle garnie de ses rayons, et table au centre;

«Trois jardins ensemble environ sept arpents; un est semé en potager et bouquet de bois, les deux autres en luzernes et arbres à fruit; dans tous ces jardins , des pompes et de l’eau. Une petite chapelle sur la porte de laquelle la section du Bonnet rouge a apposé les scellés , mais dont on voit par une tribune que rien 11e parait avoir été dérangé. Beau réfectoire; cuisine qui sans etre vaste est très

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décret du 16 brumaire an m (6 novembre 179/1), supprima la Maison de i’Enfant-Jésus en accordant aux anciennes religieuses un secours provisoire de 200 francs, mais sans prendre aucune décision au sujet de l’affectation de l’immeuble. La municipalité de Paris se servit d’abord des bâtiments pour un dépôt de grains et farines, et plus tard on les utilisa conformément aux idées du citoyen Dauvin. Lorsqu’ils devinrent la propriété de l’Assistance publique de Paris, les orphelines des divers hospices de la Seine s’y trouvaient réunies.

En 1802, le Conseil général des hospices décida d’en faire un hôpital affecté au traitement des enfants malades des deux sexes, de deux à quinze ans, et il lui rendit son ancienne dénomination de l’Enfant-Jésus. La maison, depuis le commencement du siècle, a toujours gardé la même destination, son titre seul a changé; c’est maintenant l’Hospice des Enfants malades.

De la chapelle de l’Enfant-Jésus, où les sépultures paraissent avoir été fort peu nombreuses, il n’a subsisté que l’épitaphe suivante gravée sur une dalle de pierre et accompagnée, dans le bas, d’une tête de mort avec des ossements croisés et des larmes W :

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