‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 2)Chapitre 7 sur 421 · DE VAUVERT · texte numérisé non relu

DE VAUVERT

NOTICE HISTORIQUE

Au cours de Tannée 1257, saint Louis, qui avait entendu vanter l’austérité des Chartreux et voulait établir à Paris un monastère de cet Ordre, demanda au P. Bernard de La Tour, prieur de la Grande Chartreuse, près Grenoble, de lui envoyer quelques religieux. Dans un chapitre particulier, tenu le h août, les Chartreux confièrent à dom Joceran, prieur de Sainte-Marie de Valentinois, la mission de se rendre à Paris avec quatre Pères, pour y fonder un nouveau couvent.

Dès leur arrivée, les Chartreux furent gratifiés par saint Louis d’une maison sise à Gentilly, entourée de vignes et de terres, que le roi avait achetée à Jean Ogier, héritier de son ancien cuisinier Pierre^. Mais ils ne firent qu’un très court

(1) La vue de la Chartreuse est une réduction d’une estampe anonyme, gravée dans les premières années du xvif siècle. (Bibl. nat. , Topographie de Paris.)

Le plan topographique a été dessiné d’après celui qui figure dans la Topographie historique, Faubourg Saint-Germain (p. 73), et pour lequel M. Albert Lenoir avait utilisé un document manuscrit conservé aux Archives nationales. (IIIe section, n° 608.)

Toutefois, comme ce plan date du xvuf siècle, il nous a paru nécessaire de le rectifier et de le compléter au point de vue des détails intérieurs, afin de présenter l’état exact du couvent , tel qu’il était m.

au commencement du xvn' siècle. Les éléments de cette restitution ont été fournis par un plan dressé en 1 617 (Arcli. nat., S. 3q6o), qui a été reproduit dans la Topographie historique, Faubourg Saint- Germain (p. 96) et par deux autres plans d’ensemble compris dans un recueil concernant les propriétés des Chartreux. (Arcli. nat., IVe section, n° 82.)

C’est à l’aide des mêmes documents que M. Hochereau a restitué le plan détaillé de l’église.

(2) Dans un Mémoire sur les Chartreux, rédigé probablement d’après les indications des religieux , l’abbé Lebeuf écrivait : rrUne bourgeoise de Paris,

IMPRIMERIE NATIONAJJ! .

séjour dans cette première résidence. Dom Joceran, désireux de se rapprocher le plus possible de Paris, obtint de saint Louis la cession de l’hôtel de Vau vert, situé près de la porte Saint-Michel (h. Ce manoir restait inhabité depuis nombre d’années et on l’avait presque laissé tomber en ruine, sous prétexte qu il était hanté par des esprits malins U). Les Chartreux en prirent possession le 21 novembre j a 5 7 Us y installèrent aussitôt quelques cellules et firent restaurer

nommée Aveline de Baigneux , fut , après la fondation du saint Roi , le premier bienfaiteur de cette maison ; elle donna des vignes situe'es aux environs de Paris. » (Bouclier d’Argis, Variétés historiques, 1. 1 , p. 78.)

(1) Du Breul constate que le prieur justifia sa requête au roi «en luy remonstrant que plus convenablement ny en meilleure scituation ne les pouvoit mettre, attendu le bon air du lieu et la spatieuse scituation, co m pela m ment esloignée d’autre habitation, et que l’Université de Paris, de laquelle ils seroient proches, leur donnerait moyen de croistre et profiter à la louange de Dieu et augmentation du divin service. » (P. 34y.)

Ce dernier prétexte était fort spécieux, puisque les Chartreux étaient cloîtrés et ne suivaient pas les leçons de l’Université. S’ils tenoi nt à changer de résidence, ce fut surtout pour être mieux à portée de recueillir les dons des fidèles en étant plus rapprochés de Paris, et, sur ce point, leurs prévisions ne furent pas déçues. La prétendue disparition du Diable de Vauvert amena au couvent un grand concours de peuple, si bien que rdcs religieux se repentaient déjà d’y estre venus et furent comme sur le poinct de quitter le lieu et s’en retourner, poureeque de toutes parts on les empeschoit de faire le service divin et de vacquer à leurs

dévotions et exercices spirituels . ; laquelle

venue de cette multitude de peuple dura environ demy an et fut amassée une notable somme d’argent, de laquelle depuis furent faictes plusieurs cellules et partie de la grande eglise.» (Du Breul,

(2) Bonfons se borne à rapporter sur ce point la tradition populaire, sans en discuter la valeur :

« Ce lieu où est à présent le monastère des Chartreux, qui lors se nommoit Vauvert, fut un hostel et palais royal jadis, ainsi que nous trouvons en quelques livres escrils à la main; lequel lieu esloil en ruine et decadence et où l’on dict que repairoit quelque fantosme et malin esprit que vulgairement 011 nommoit le Diable de Vauvert, ce que s’il est vray ou faux, je m’en rapporte à ce qui en est;

tant y a que la place avoit nom Vauvert et que ce proverbe du Diable de Vauvert a couru jusques à nostre temps. Aussi ceux qui tiennent cette histoire du fantosme pour vraye dient que depuis que frere Josseran et cinq de ses compagnons vindrent habiter en ce lieu, l’esprit malfaisant cessa d’y habiter. » (Fol. 78 v°.)

Pour le P. Du Breul, la légende des esprits malins est d’une rigoureuse authenticité, et il la rapporte avec un grand luxe de détails. Brice, au contraire, bien moins crédule, n’accepte pas plus le récit que la prétendue origine du nom de la rue d Enfer tirée de ce même fait :

rtOn a poussé la crédulité sur ce point, écrivaitil, jusqu’à s’imaginer que la rue qui conduit au couvent des Chartreux n’avoit été nommée la rue d’Enfer qu’à cause des malins esprits qui s’éloienl emparez autrefois du château de Vauvert; et cependant, pour peu qu’on veuille approfondir cette matière, on trouvera dans les auteurs qui ont écrit le plus correctement sur la recherche des anliquilez de Paris, que cette rue est nommée dans les vieux titres Via inferior, comme qui dirait la Rue basse, par rapport à la rue Saint-Jacques, qui était appellée Via superior , et qu’ainsi c’est par corruption et par contraction de nom qu’elle est maintenant appellée la rue d’Enfer. » (T. III, p. 160.)

Félibien n’hésite pas à voir dans les récits légendaires des hagiographes «■ des contes semblables à ceux que l’on fait de chasteaux abandonnez et cpie l’on doit mettre au nombre des fables « , qui ne méritent pas l’attention de l’historien. (T. I, p. 368.)

Jaillot ne se montre pas moins affirmatif :

r Je crois que les personnes éclairées ne me feront pas un crime de mettre cette opinion au rang de celles qui n’ont d’autre fondement que la pieuse crédulité de nos ancêtres.» (T. V, xix, p. 44.)

(3) Félibien prétend que ce fut le 2 1 novembre 1258. Mais cette date est certainement inexacte, puisque Jaillot constate que, d’après des lettres de l’Official de Paris du mois de juin 1258, tries huit chanoines de S. Etienne des Grès vendirent aux

COUVENT DES CHARTREUX DE VAUVERT

la chapelle, qui leur servit provisoirement pour la célébration des offices W. Par un diplôme du mois de mai 1259®, le roi les prit sous sa protection et leur confirma la donation de i’hôtel de Vauvert et de la propriété de Gentil! y ; pour assurer leur subsistance, il leur attribua cinq muids de blé de Gonesse qu’ils devaient recevoir tous les ans, le jour de la Toussaint, au grenier royal de Paris (3h Au mois de mars 1261, les Chartreux durent composer avec le curé de SainUSéverin, au sujet des droits curiaux. En prenant l’engagement de lui payer une rente annuelle de dix sous parisis, ils furent autorisés à bâtir une église, à recevoir des offrandes, à avoir deux cloches et un cimetière où ils pourraient inhumer tous ceux qui le désireraient. Moyennant le payement d’une autre rente de même valeur, le curé leur abandonna toutes les dîmes dont il jouissait sur

les terres de Vauvert, de Lourcine et (

Prieur et Frères de Vauvert, de i’Ordre des Chartreux, deux pièces de vignes situées au lieu et près de ladite maison de Vauvert, moyennant 20 livres». (T. V, xix, p. 44.) Les Chartreux n’avaient aucun motif de faire celte acquisition tant qu’ils n’étaient établis dans le manoir de Vauvert.

(1) C’est sans doute à l’installation de cette première chapelle que se rapporte la donation faite au couvent par Marie, comtesse d’Eu , qui est rappelée dans l’ancien Inventaire des Chartreux :

rr Lettres par lesquelles appert avoir esté extraict du testament de noble dame Marie, comtesse d’Eu, une clause qui s’ensuit : Domui de Chartreuse, parisiensi, quindecim libras redditus ad consliluendam cappellam pro anima mea, percipiendas in terra nostra, ubi dominus cornes voluerit; item lego eidem viginti libras ad constiluendum altare. Donné soubs le scel de l’official de Paris, l’an 1260, le samedi es octaves Saint Denis.

ri Lettres par lesquelles appert Alfonse, fils Jehan, roy de Jherusalem, conte d’Eu et chambrier de France, nous avoir assigné prendre lesdites quinze livres parisis de rente sur la viconté de Sepmeulles,

chascun an, le jour saint Remy . Donné soubs

son scel, l’an 1261.» (Archives nat., S. 4091, fol. 4 1 3. )

(2) Le diplôme original est conservé aux Archives nationales. (Cartons des Rois, K. 3i.) Le texte en a été publié par Du Breui. (P. 35o.)

(3) M. Bournon paraît supposer, d’après les critiques d’un érudit anonyme, réfutées d’ailleurs par Piganiol , que ce diplôme est apocryphe :

ffDès l’époque où écrivait Lebeuf, l’authenticité de cet acte fut soupçonnée; certaines formules en parurent au moins étranges, et, si Jnillot ne dit pas

’IssyW.

tout ce qu’il en pensait, c’est qu’il redoutait les conséquences d’une pareille déclaration. On n’aurait plus aujourd’hui les mêmes raisons; mais une critique détaillée nous entraînerait trop loin.» ( Additions, t. I, p. 78.)

11 semble que M. Bournon attribue ici à Jaillot une opinion que cet archéologue n’a pas formulée , puisqu’il se bornait à remarquer ce qui suit :

trLa charte par laquelle S. Louis leur accorda le lieu de Vauvert est datée de Melun, au mois de mai de l’année 1 259 ; mais je crois qu’on ne la doit considérer que comme une confirmation de la donation que ce prince avoit précédemment faite aux Chartreux.» (T. V, xix, p. 44.)

(4) Cet accord est signalé par Du Breui, Sauvai, Félibien et l’abbé Lebeuf, d’après une charte du mois de mars 1261, dont Sauvai a le premier publié le texte. (T. 1, p. 422.)

Jaillot, par contre, a contesté l'authenticité de ce document. (T. V, Première lettre, in fine.)

Les divers arguments qu’il invoquait pour en démontrer la fausseté ne nous paraissent guère concluants; c’est ainsi qu'il observe que le prieur nommé dans l’acte est frère Guillaume, successeur de Joceran, ce qui est inadmissible à son avis, puisque , chez les Chartreux, les prieurs étaient perpétuels et que Joceran «■ a joui sans interruption de cette dignité, depuis son arrivée à Gentilly jusqu’à sa mort, marquée au 1er janvier 1295». Or, dans un acte de 1265, on trouve la mention d’un prieur nommé Roger (Arch. nat. , L. g3y ) , et, dans un autre acte de 1262, dom Joceran est désigné comme prieur du couvent du Liget, près de Chartres (Ibid., S. 4091, fol. 4 1 ) ; d’où il suit que cette critique n’est nullement fondée. D’autre part, Jaillot

De nombreux bienfaiteurs ne tardèrent pas à venir en aide aux religieux, qui par suite se trouvèrent en mesure d accroître leur domaine et de le fermer par un mur de clôture, de réparer les anciens bâtiments de Vauvert et de construire une nouvelle église avec un couvent très spacieux ù). Au mois d’avril 1269, saint Louis leur accorda un amortissement général de tous les biens qu’ils avaient acquis jusqu’alors

L’église paraît avoir été commencée avant le départ de saint Louis pour la seconde croisade, sur les plans de l’architecte du roi, Eudes de Montreuil; mais les fondations ne furent guère achevées qu’en 127 G, et c’est alors que lut posée la première pierre. Dès le principe, le pape Clément IV avait accordé des indulgences à ceux qui fourniraient des subsides pour cet ouvrage ou qui y travailleraient manuellement (3h Bien que les Chartreux eussent ouvert dans leur propre domaine deux carrières d’où ils tiraient toute la pierre nécessaire et que l’abbé de Saint-Germain-des-Prés leur eût permis de prendre dans sa sablonnière tout le sable dont ils avaient besoin, la construction se prolongea longtemps

constate que, d’après l’état du parchemin et les apparences extérieures, le document paraît d’une date relativement moderne; or il est déjà analysé dans l’ancien Inventaire des Chartreux, qui a dû être rédigé vers la seconde moitié du xve siècle. (Arch. nat. , S. 4oqi, fol. 445.) On 11e voit pas d’ailleurs dans quel intérêt les Chartreux et le curé de Saint- Séverin auraient fabriqué cet acte apocryphe.

(1) D’après Du Breul, saint Louis « ordonna que ledit hostel fût réparé, c’est à sçavoir les grands murs de l’environ dudit hostel, la chapelle qui estoit toute deserte, qui fut refaicte comme neufve, laquelle pour le présent est appliquée en un refectoir, et cinq petites cellules ou maisonnettes contre les grands murs de devers Nostre Dame des Champs ,

pour la demeure de cinq religieux . ; toutes

lesquelles habitations et édifices furent faicts haslivement , jusqu’à ce que outre ordonnance fust faicte pour la composition et construction d’une plus grande eglise, cloistres et logis necessaires; et depuis leur aumosna encore quelque peu de moyens, s’estant bien proposé de leur faire de plus grands biens et les fonder amplement, s'il n’eust été prévenu de mort. ... ; ce qui fut la cause que l’on intermist les édifices de l’hoslel de Vauvert, et qu’ils demeurèrent long temps après à estre parfaicts. n (P. 349.)

(2) ffLudovicus, Dei gratia Francorum Rex, notum facimus universis tam presentibus quam futuris, quod nos divini amoris intuilu et pro remedio anime nostre et animarum inclile recordationis Ré¬

gis Ludovici, geniloris noslri et Regine Blanche, genitricis nostre, et aliorum predecessorum nostrorum, fratribus domus Vallis viridis prope Parisius, Ordinis cartusiensis , concessimus ut ea que justo tilulo emptionis seu donationis aut alio quocumque justo modo acquisierunt et pacifice possident, possint tenere in perpetuum et pacifice possidere, sine coaclione aliqua vendendi vel extra manum suam ponendi, salvo in aliis jure nostro et jure in omnibus alieno. Quod ut ratum et stabile permanent in futurum, présentes litleras sigilli nostri fecimus impressione muniri. Actum apud Cistertium, anno Domine 1269°, mense aprili.w (Arch. nat. , S. 4o6q.)

(3) Parmi les bienfaiteurs qui contribuèrent aux premières dépenses de celte construction , Du Breul a signalé trDom Nicolle, qui fut le premier religieux profez. . .; un autre appelé maistre Nicolas Gaudard; messire Philippe de Marigny, evesque de Cambray et depuis archevesque de Sens, qui donna en son vivant plusieurs sommes d’argent pour employer en ladicte eglise et depuis pareillement sesdits exécuteurs. » (P. 3 5 1 . )

A la même époque, André de Tarente, par son testament du 8 janvier 1205 , avait légué une partie de ses biens aux Chartreux. (Archives nat., L. 937.) Cette donation ainsi que celles de Pierre de Chosant et de Pierre Bourguignon rappelées par Du Breul permirent de bâtir une partie des cellules du grand cloître.

Du Breul explique les motifs de ce retard :

COUVENT DES CHARTREUX DE VAUVERT

Ce fut seulement dès l’année i3io qu’elle progressa régulièrement, lorsque Jean de Gères, trésorier de Lisieux, eut mis à la disposition des religieux les fonds que son oncle, André Porcheron, lui avait légués pour être affectés à des œuvres pieuses. Pour le comble et la couverture, Philippe V leur permit de prendre le bois dans ses forêts W.

L’église, achevée en 1 32 5, fut dédiée le 26 juin^, sous le titre de Notre-Dame et de Saint-Jean-Baptiste, par Jean d’Aubigny, évêque de Troyes, et l’on y célébra le service religieux, pour la première fois, le 1 5 août suivant, fête de l’Assomption. Sept chapelles latérales furent édifiées plus tard, du xive au xvie siècle, par divers fondateurs.

Pierre Loisel, bourgeois de Paris, et sa femme Marguerite, firent construire à leurs frais le chapitre, la secrétairerie et la cellule du sacristain. L’autel du chapitre fut dédié, le 23 août i332, par G. de Fiavacourt, archevêque d’Auch, sous le vocable de Saint-Pierre et Saint-Paul PL Jeanne d’Evreux, troisième

ff Neanmoins, parcequ’en mesme temps que l’on travaillent à ladite eglise l’on faisoit d'autres édifices en ladite maison , selon la disposition des bienfacteurs , et qu’on se servoit de la chapelle ancienne dans laquelle , pour lors , le service divin se faisoit honnestement, cela fut cause que l’entreprise de ladite eglise fut si lentement poursuivie et fut si prolixe et ennuyeuse, que l’on fut plusieurs fois en propos de la racourcir. Mais l’opinion d’aucuns prévalut qu’il valoit mieux attendre quelque temps et que l’ouvrage trainast et tirast à longueur, que la racourcir, et qu’il falloit que l’eglise correspondit à la grandeur du monastère et que ce scroit chose mal seante qu’une petite eglise à un si grand cloistre comme il estoit compose' et déjà advancé, et qu’il falloit avoir esgard à cela et au temps advenir. Ainsi demeura cet œuvre imparfaict et traisnant jusques en l’an i3io.» (P. 35i.)

(l) Cette concession paraît être devenue plus tard pour les Chartreux la source d’un revenu régulier, puisqu’il est dit dans des lettres patentes de Philippe de Valois, du mois de novembre i34a :

trNous, oye la supplication que nous ont fait faire nos amez religieux, les prieur et convent de Chartreux delez Paris, contenant que six vingt moulles de bûches ja piecà nous leur avons donnez chascun an, en aumosne, pour la substentation et gouvernement de leur eglise, leur veillons donner à perpétuité, à prendre chascun an ez ventes de nostre forest de Biere plus prochaine de la riviere de Seine, auxdits religieux avons donné et octroyé. . . lesdits six vingt moulles de huches ». ( Arch. nat. , K. 179.)

Ces lettres furent confirmées par Charles V, au mois de mars 1 366. (Arch. nat. , S. 4091 , fol. 4o.)

(2) Cette dédicace était constatée par l’inscription suivante, gravée sur une table de pierre fixée à la muraille de l’église, dans le chœur des Pères, audessus de la porte du passage qui conduisait au petit cloître :

AnNO DoMINI M CCC XXV, VI CALENDAS JULII, SCILI- CET IX FESTO BEATORUM MARTVRUAI JoANNIS ET PaüLI, FUIT DEDICATA PRESENS ECCLESIA VALUS V1RIDIS, OrDI- NIS CARTHÜSIENSIS, ET CONSECRATA A REVERENDO PATRE DOMINO JOANNE, TÜNC EPISCOPO TRECENSI, AD HONO- REM BEATISSIME SEMPER VlRGINIS BEATIQUE JoANNIS

Baptiste et omnium Sanctorum totiusque curie celestis. Primo excepta a beato Ludovico, Rege Fran-

CORUM, ET CONSUMMATA A MAGISTRO JoANNE DE Ce- RESEO , QUONDAM TIIESAURARIO ECCLESIE LEXOVIENSIS. Orate PRO EO.

(Tombeaux de Gaignières (Oxford), t. III, fol. 100 (reproduction figurée); — Du Breul, p. 353.)

(3) Une inscription gravée sur pierre et placée dans le chapitre, vis-à-vis de la tombe des donateurs, rappelait cette dédicace, ainsi que le souvenir des bienfaits de Pierre Loisel et de sa femme :

AnNO DoMINI M CCC XXXII, X KALENDAS SEPTEM- BRIS, FUIT ALTARE IIUJUS CAPELLE CONSECRATUM A DO¬ MINO G. DE FlAVECURIA, TÜNC ARCIIIEPISCOPO AUX1TANO , IN HONORES! PETRI ET PaüLI APOSTOLORUM , ET ANTEA EADEM CAPELLA AB EODEM BENEDICTA; QUE CAPELLA FUIT OMNIBUS ORNAMENTIS MUNITA, SUFFICIENTER DOTATA ET EDIFICATA A FeTRO DICTO LoiSEL ET MARGARETA , QUON¬ DAM EJUS UXORE, CIVIBUS PARIS1ENSIBUS , ET CELLA SA-

femme de Charles le Bel, prit à sa charge la construction de l’infirmerieW, à laquelle furent annexées une chapelle particulière et six cellules, et elle pourvut le tout du mobilier et des ornements nécessaires. Ces diverses constructions furent achevées en i3A i et, au mois de février toâb, la reine aflecta a le q i entietien les revenus de sa terre d Verres Vh Quelques années apres, Humbert II, deiniei Dauphin de Viennois, édifia à ses frais, à l’une des extrémités de l’église, sur le côté gauche delà façade, un corps de logis qu il habita lui-meme quelque temps et qui devint plus tard la résidence du prieur. Au cours du xv° siècle, Robert de Hésecque, frère convers du couvent, et Jacques Juvénal des Ursins, patriarche d’Antioche et évêque de Paris, firent construire, à l’entrée du couvent, la chapelle dite cf des femmes qui fut dédiée, le îô mai îôfio, sous le titre de la Vierge et de Saint-Biaise.

D’autre part, grâce à d’importantes libéralités, la communauté s’était vite accrue (4). Le 3o janvier 1 270, Thibaud 11, roi de Navarre, comte de Champagne

CRISTIE C0NTIGUA ETIAM AB EISDEM EDIFICATA. OrATE PRO EIS.

Le dessin de cette inscription qui figure dans les Tombeaux de Gaignières (Oxford), t. III, fol. io3, a été' reproduit en fac-similé dans la Topographie historique, Faubourg Saint-Germain. (P. io5.)

On trouve d’autre part, dans l’Inventaire des litres, la mention suivante, concernant la fondation de Pierre Loisel et de sa femme :

«■ Lettres par lesquelles appert Pierre Loisel nous avoir donné des héritages déclarez en ces présentes, pour la dévotion de une chapelle que ledit Pierre et sa femme ont fait édifier en nostre eglise, là où tenons nostre chappitre, passées devant le Prévost de Paris, le dernier de mars, l’an 1328.» (Arch. nat. , S. 4091 , fol. 216.)

(1) Dans le couloir de la Thébaïde, près de la porte de l’infirmerie, on lisait cette inscription gravée sur une table de marbre :

L’an de grâce mcccxli fdst parfaicte ceste chap-

PELLE ET INFIRMERIE QUE FONDA MADAME JeIIANNE, PAR I.A GRACE DE DlEU RoYNE DE Fp.ANCE ET DE NAVARRE, jadis espoüse du Roy Charles le Bel, et fust la-

DITTE MADAME LA RoYNE FILLE DE TRES EXCELLENT PRINCE MONSIEUR LoYS DE FRANCE, JADIS COMTE d’E- VREUX ET FILS DE FRANCE.

(Miliin, Chartreuse de Paris, p. 59.)

(2) rrLettre par laquelle appert que dame Jehanne, Royne de France et de Navarre, à nous et à nostre maison de Vauvert a donné ung moulin et la pescherie en la riviere d’Yerre et une saussoie appartenant à iceluy; item neuf arpens de pré et

ung quartier de vigne et huit arpens en plusieurs pièces, jusqu es à lx s. parisis; donnée ladite lettre en février 1 3 k 5 .

rrltem la lettre de l’admortissement par laquelle appert que le Roy Philippe confirme, ratifie et approuve, entre les autres choses, les dons faicls par ladicte Royne, tant au Chappitre general comme en nostre maison, des héritages dessus spécifiez, tenez et mouvans du Roy en fief, et les admorlist à toujours, donnée sous son grand scel, en lac de soye et cire verte, au mois d’aoust, l’an 1 349.^ (Arch. nat., S. A 0 9 1 , fol. 99 v°.)

(3) cr Ceste chappelle sert principalement pour la commodité et dévotion des femmes, lesqueUes n’entrent pas plus avant dans ledit monastère, non pas seulement dans leur eglise, sinon les Roynes pour leur authorité souveraine. Car, selon leur institution, l’entrée de leurs maisons est interdite aux femmes, non point (comme pensent les ignorants) qu’ils tiennent telle sévérité par superstition, ny qu’ils estiment que les femmes soient moins capables de lagrace de Dieu que les hommes, mais pareequ’ils estiment que telle entrée n’est point necessaire aux femmes, lesquelles apporleroient plus d’inquietude et détriment à leur solitude et repos d’esprit que de profit et d’édification à la curiosité du sexe féminin.» (DuBreul, p. 358.)

t',) Du Breul prétend que lorsque dom Joceran avait été envoyé à Paris pour fonder la Chartreuse, ou lui avait donné rr puissance et autorité de pouvoir prendre et recevoir jusqu’au nombre de quarante et un religieux». (P. 346.)

et de Brie et gendre de saint Louis, donna i5 livres de rente pour l’entretien d’un religieux Le 27 mars 1291, Jeanne de Châtillon, femme de Pierre de France, comte d’Alençon et de Blois, fils de saint Louis, fonda quatorze Chartreux moyennant une rente perpétuelle de 220 livres^. Le 5 mars 1295, la reine Marie de Brabant, veuve de Philippe le Hardi, affecta aussi une rente de 3 0 livres à la subsistance de deux religieux (V. Cette donation fut confirmée par

Cette assertion estévidemment inexacte , puisque , dans les couvents de l’Ordre , le nombre des religieux ne devait être que de treize. En 1264, une décision du Chapitre général autorisa celui de Paris à en recevoir trente :

ff Nos fratres et humilis prior Cartusie ac ceteri priores apud Cartusiam in generali Capitulo congregati, notum facimus universis quod, pensata utilitate Ordinis nostri, concedimus priori et conventui Vallis viridis parisiensis quod sibi liceat construere triginta cellas pro monachis et totidem inonachos cellicolas ibidem, nonobstanle alia consuetudine nostri Ordiuis, retinere. In cujus rei tcstimonium presentibus litteris sigillum domus Cartusie duximus apponendum. Datum anno Domini ia64°.n (Arch. nat. , L. 2 5 8.)

Cette mesure fut approuvée par une bulle de Clément IV, du 6 mai 1266; mais il 11e parait pas quelle ait été définitive, puisque les fondations de religieux excédèrent, ou cours du xiv° siècle, le chiffre qu’elle avait fixé. A cette époque , le nombre des cellules s’élevait h quarante-deux.

(1) rrNos Thebaldus, Dei gralia Rex Navarrie, Campanie et Brie cornes polatinus, notum facimus universis présentes litteras inspecturis, quod nos, ob remedium anime nostre et ontecessorum nostrorum, damus et concedimus religiosis viris priori et fratribus Vallis viridis prope Parisius, Onlinis carlusiensis, quindecim libras annui redditus percipiendas et habendas a nobis et successoribus nostris, annis singulis ex nunc in perpetuum, apud Latiniacum, in pagamento nundinarum latigniacensium de ducentis libris turonensibus ab abbate et conventu memorate ville nobis debitis annualim, ad sustentationem videlicet unius monaclii sacerdotis in dicta domo Vallis viridis Domino famulan-

tis . Datum per nos apud Nogentum super

Secanam, anno Domini 1269°, mense januario, die Jovis ante Purificationem.» (Ibid., L. 987.)

Quelques historiens signalent à tort la fondation d’un moine faite en 1 260 par Marie, comtesse d’Issoudun. Ils ont confondu avec le legs affecté à la

chapelle dont nous avons parlé plus haut, la comtesse d’Eu et celle d’Issouduu n’étant qu’une même personne. (Cf. p. 3, note 1.)

(2) rr A tous ceux qui verront et orront ces présentes lettres, nous Jehanne, contesse d’Alençon et de Bloys, salut en nostre Seigneur Jliesu Grist. Sachez tuit que nous, en rémission de nos peclnez, pour Dieu, en pure aumosne et pour la devosle affection que nous avons à l’Ordre des freres de Chartreuse, desirans et voulons que li nombres de seze freres doudit Ordre qui à Dieu servent ou lieu qui est appelez Vauvert, près de Paris, soit creuz et augmentés dou nombre de quatorze personnes prestres ou à ordener à prestres qui oudit lieu et oudit Ordre servent à Dieu et facent et célébrant le divin office selonc meisme cel Ordre des ore en avant perpétuellement, à l’onneur de Dieu et de Sainte Eglise et pour nous à mort et à vie et pour les âmes de nostre très chier seigneur de pere et de nostre chiere dame de mere et de nostre chier seigneur et espous Pierre, jadis conte d’Alençon, et de nostre chier seigneur Philippe, par la grâce de Dieu jadis Roy de France, qui trespassa ou veage d’Arragon, et de nos autres parons et amis et pour tous Crestiens mors et vis, donnons et oltroions à tous jours mes, d’ores en avant, à la soustenance et au vivre desdis quatorze personnes onze vins livres de bons tournois pelis, de annuel et perpétuel rente, à tenir en main morte, franchement et paisiblement, lesquelles onze vins livres nous leur assignons

à prendre . chascun an, à la Toussains, au

Temple de Paris, de mil livres de tournois de rente amorties que nous y avons bien assise ou Trésor royal. . . Donné en la maison l’evesque de Wincestre, qui est appelée la Grandie aus queuz, dessus Gentillv, jouxte Paris, l’an de grâce 1290, le mardi après la feste Nostre Dame, en mars.» (Arch. nat., L. 987; — Fe'libien, t. III, p. 280.)

(3) cr Universis présentes litteras inspecturis, Maria, Dei gratia Regina Francorum, salutem in Domino sempiternam. Notum facimus quod, cum carissimus dominus noster Philippus, Dei gratia

Philippe le Bel, au mois d’avril suivant. Louis de Bourbon, comte de Clermont et de La Marche, dota la Chartreuse de 5i livres parisis de rente pour instituer trois moines, le 7 septembre i33oh); cinq autres furent londés le 5 août 1 336, par le roi de Navarre, Philippe, pour ramollissement de 3oo livres (-2), et, le 20 décembre 1 3 3 7 , Jean Desmoulins, clerc du roi, en fonda un, au prix de 20 livres de rente (3). Le chancelier Jean de Dormans, par son testament du 29 octobre 1873, légua une rente annuelle de 3o livres pour un religieux h). En 1396, Pierre de Navarre gratifia le couvent d’une somme de h , 0 0 o francs, dont les revenus devaient servir à l’entretien de quatre. Le 9 décembre i4o8, Jean de La Vergue, évêque de Lodève, donna 800 livres tournois pour la fon-

Francorum Rex, nobis dederit et concesserit ad fundandas très eapellanias ob inclite recordationis carissimi domini noslri ac genitoris sni Philippi, quondam Francorum Regis, sueque et noslre ac antecessorum suorum et nostrorum salulem et remedium animarum, quod possimus, sexaginta libras parisienses annui redditus de dotalicii nostri redditibus et proventibus, in quibuscumque ecclesiis voluerimus in perpetuum assignare, nos, oculos mentis nostre ad Cristi pauperes et devotos fratres cartusiensis Ordinis, in domo Vallis viridis prope Parisius, de quorum meritis et suffragiis apud Dominum confidimus, specialiler dirigentes, ad sustentalionem duorum monacborum in eadem domo perpetuo triginta libras parisienses, de supradictis sexaginta libris , damus, concedimus et assignamus

. In quorum omnium testimonium sigillum

noslrum presentibus litteris duximus apponendum. Datum Parisius, die sabbati ante Brandones, anno Domîni 1294.55 (Arcli. nat., K. 36.)

(l) rc Lettres par lesquelles appert Louis , duc de Bourbonnois, comte de Clermont et de la Marche, pour instituer trois freres céans, nous avoir donné cinquante et une livres parisis de rente, à les prendre, c’est assavoir, vingt quatre livres par les mains des collecteurs de la cense qu’il a sur la ville de Breneulle, à cause des terres que ladite ville tient de luy, et vingt sept livres parisis sur sadite mairie des Ilayes, en la conté de Clermont, ou diocèse de Beauvois, à payer lesdites vingt quatre livres à la Chandeleur et les vingt sept aux termes accous-

tumés à payer les revenus de ladite conté .

Donné soubs son scel en cire vermeille, en nostre eglise, la veille de la nativité Nostre Dame, l’an i33o55. ( Ibid ., S. 4091, fol. 35 1 . )

(f A tous ceuls qui ces présentes lettres verront, Philippe, parla grâce de Dieu, Roy de Na¬

varre, conte d’Evreus, d'Enguolesme, de Mortaing et de Longueville, salut. Savoir faisons que, pour le salut et remede de nous et de nostre très chiere compaigne la Royne de Navarre et conlesse des contées dessusdictes et de nos anlecesseurs et successeurs, nous avons donné en pure aumosne et pour l'amour de Dieu à religieus hommes nos amez le prieur et convent de la meson de Vauvert delez Paris, de l’Ordre de Chartreuse, l’admorlizalion de

trois cens livres parisis de rentes perpétuels . ;

et pour ce sont tenuz lesdis prieur et convent de recevoir et soustenir cinc freres , moines et prestres, selon la forme de leur Ordre, pour prier pour nous et nostre très chiere compaigne la Royne, nos enfans et de toutes les personnes que nous entendons à prier. .... Donné à Paris, l'an de grâce 1 336 , le 5° jour d’aoust55. (Arcb. nat., S. 4069.)

(3) rr Lettres par lesquelles appert maistre Jean Des Molins [dit Bealus], clerc du Roy, nous avoir donné pour l’œuvre et supplément d’ung religieux pour ses nécessités, en l’accroissement du nombre de trente freres qui doivent eslre céans, la somme de vingt livres parisis de rente qu’il avoit droit de prendre à deux termes sur la recepte de la vicomté de Corbeil, en la main du recepveur de la vicomté de Paris, passées le samedi devant Noël, l'an 1387.55 [Ibid., S. 4091, fol. 35.)

(4) Il est dit dans le testament du cardinal Jean de Dormans : aVolo et ordino quod per execulores meos infrascriptos acquiranlur triginta libre parisienses annui et perpetui redditus admortizale, pro fundacione unius fralris in dicto prioratu [Beate Marie Vallis viridis], de novo et ultra numerum consuetum ibidem fundandi et inslituendi, qui pro anima mea perpetuis lemporibus orare teneatur, simque beneficiis et oracionibus ipsorum Cartusiensium perpetuo associatus. j> (Ibid., M. 88.)

COUVENT DES CHARTREUX DE VAUVERT

dation d’un Chartreux h), et quatre autres furent fondés, au mois d’octobre 1&20, par Hervé de Neauvilie et son frère Guillaume, moyennant une rente de 200 livres parisis (2h La dernière fondation de ce genre paraît avoir été faite le 11 novembre 1 4 6 8 , par Hugues Le Coq, archidiacre de Beaune(3b

Des libéralités spéciales du cardinal Jean de Dormans, de Gérard de Montaigu et de Jean Cœur, archevêque de Bourges, avaient constitué aux Chartreux diverses rentes pour la dépense de leurs vêtements b). En 1 33 0 , Philippe YI avait pris

(1) Les auteurs du G allia christiana ont rappelé cette fondation faite durant un séjour de l’évêque de Lodève à Paris : «Unam e cellis Carlliusianorum parisiensium fondasse legitur in Necrologio illius monasterii.» (T. Vf, col. 56o.)

Elle est aussi constatée en ces termes dans l’ancien Inventaire des titres de la Chartreuse :

rr Lettres par lesquelles appert nous avoir quicté et deschargé noble de La Vernha, heritier seul et pour le tout de reverend pere en Dieu feu monseigneur Jehan de La Vernha, jadis Lodovensis episcopus , lequel, en son vivant, a voit fondé un religieux auquel l’on luy avoit assigné la celle signée D . , pour prier Dieu pour luy; pour

la fondation duquel avoit donné huit cens livres tournois et pour ce faire avoit obligé tous ses biens et depuis ladite somme nous ait esté payée comme

apparoit par nos quittances . ; et fist ladite

fondacion l’an i4o8, le 9e de décembre. « (Arcb. nat. , S. 4og2 , fol. 447 v°.)

(2) On trouvera ci-après le texte des fondations de Guillaume et Hervé de Neauvilie et de Hugues Le Coq. (N°s 1029 et 1060.)

(3) L’abbé Lebeuf observe que (des libéralités du roi Charles V ont surpassé toutes celles des autres bienfacteurs , puisqu’il leur fit présent de trois mille quatre cents francs; en mémoire de quoi, il est écrit dans le Necrologe au 16 septembre, jour de son décès, et au 22 avril.» (T. I, p. 1 84.)

Il n’existe , dans les titres de la Chartreuse , aucune mention de cette importante donation; toutefois M. L. Delisle a signalé tin mandement de Charles V, du 2 août 1370, prescrivant de payer ce qui peut être dû sur le Trésor royal aux Chartreux, «qui sont grandement endettés pour cause de ce que de toutes leurs grandies de l’aost ccclxix, derrenierement passé, ils n’ont eu que six muiz de blé, tant pour la stérilité dudit aost comme pour la gresle qui chut en Brie, le jour de Saint Martin d’esté ccclxix dessus dit, à laquelle Brie sont assis la greigneur partie de leurs héritages, et m.

aussy pour la povreté de leurs fermiers.» (Mandements et actes divers de Charles V, p. 3 5 7.)

On lit dans le testament de Jean de Dormans :

«Ego do et lego priori et conventui ac prioratui [Beate Marie Vallis viridis] predictis mille et quingentos florenos francos auri, modo cursum habentes, eisdem tradendos pro redditibus annuis et perpeluis emendis exponendis et specialiterconvertendis in augmente et sustentacione vestium fralrum predictorum, presentium et folurorum, annuatim, ita quod in hoc et non in aliis usibus convertantur, quodque iidem fralres présentes et futuri, per conventum qui ibidem pro tempore fuerint, unum anniversarium solenne , perpetuo , anno quolibet , pro anima mea facere et celebrare teneanlur et quod ceteris beneficiis et oracionibus eorumdem sim perpetuo associatus et receplus. ...» (Archives nat., M. 88.)

D’autre part, l’Inventaire des titres rappelle les donations de Gérard de Montaigu et de Jean Cœur :

rr Lettres par lesquelles appert maistre Gérard de Montagu, chanoine de Paris, nous avoir donné trente une livres et dix sols parisis de rente qu’il avoit droit de prendre sur la ville et prevosté de Vailly sur Aisne, pour nous avoir des vestemens, et quant on nous les baillera , nous rendrons les

vieux pour donner pour Dieu . ; passées devant

le Prévost de Paris, le jeudi devant la Toussains, l’an i32Ô.

«Lettres par lesquelles appert le prieur et le procureur nominativement et le convent de céans avoir promis à maistre Gérard de Montagu , qui nous a donné trente et une livres, six sols de rente, de employer pour les vestemens du convent ladite rente, et en baillant les neufs environ la Toussains, nous restituerons les viels pour donner pour l’amour de Dieu; et affin que l’on ayt mémoire à tousjours sera escript au martrologe et affin que l’on prie Dieu pour luy comme nostre grand bienfaeteur; et les choses dessusdites approuvées par le prieur de la Grande Chartreuse et diffiniteurs du Chapitre

IMPRIMERIE NATIONALE

les religieux sous sa protection spéciale et avait confié au prévôt de Paris la mission de défendre leurs privilèges. Le pape Clément MI, par sa bulle du 1 5 octobre 1 3 8 1 , les plaça sous l’autorité et la sauvegarde spéciale du Saint- Siège, en les exemptant de la juridiction de l’archevêque métropolitain de Sens, de l’évêque de Paris et de tous juges ordinaires, et il les dispensa du payement des impôts et décimes ecclésiastiques.

L’enclos des Chartreux occupait, au commencement du xvue siècle, un vaste emplacement presque triangulaire, compris entre la rue d’Enfer, la rue Notre- Dame-des-Champs et la ferme du Pressoir de I Hôtel-Dieu. Un chemin rural, qui partait de la porte Saint-Michel en longeant la ferme et se continuait presque en demi-cercle à travers les propriétés des religieux, conduisait à l’entrée du couvent W. Ce chemin, qui devint l’origine de la rue d’Enfer, fut pavé une première fois aux frais de Thierry de Biencourt, maître des requêtes de l'hotel du roi. Les Chartreux firent renouveler ce pavage en i5oô, grâce au don que leur avait fait le Bureau de la Ville de certaines sommes provenant des amendes du Parlement et de la Chambre des comptes. Le 7 septembre 1 G 1 7 , ils demandèrent au roi l’autorisation de supprimer une partie de cette voie pour enfermer dans leur clôture le grand et le petit clos(2\ ce qui leur fut accordé par des

general. Donné soubz nostre scel et celuy de la Grant Chartreuse, le 2 de may, l’an 1337.

rr Lettres par lesquelles appert monseigneur Jehan, archevesque de Bourges, nous avoir donné et aumosné sept livres tournois de rente par chascun an, le jour Saint Remy, à prendre sur ses maisons par tuy acquises de feu maistre Jacques Barre et autres, tenant à maistre Guillaume Dauvet, pour employer en bonnets à distribuer chascun an, le jour de la Toussains, au convent, et non à aultre chose , et en prenant les neufs , on est tenu de rendre

les vieux à donner pour Dieu . Fait sous le

scel cle sa Chambre, le 10e de février, l’an 1 4 7 G . » (Arcli. nat., S. 4ogi, fol. 5 1 . )

(I) Ce chemin , après avoir longé le clos des religieux, se bifurquait en deux sentiers dont l’un conduisait à Notre-Dame-des-Champs et l’autre à Montrouge. Plus tard on réunit, par un tracé en droite ligne, la partie du chemin partant de la porte Saint-Michel avec le chemin de Notre-Dame-des- Champs. La création de cette nouvelle voie, qui forma la rue d’Enfer, fut une conséquence de la cession faite aux Chartreux du sentier qui bordait leur enclos.

L’examen du plan de Mérian , qui présente la Chartreuse telle quelle était au début du xvnc siècle , suggère à M. Franklin cette remarque:

rr Joli dessin, mais inexact sur bien des points; on entrait dans le couvent par une avenue plantée d’arbres et presque perpendiculaire à la rue d’Enfer, et non par la rue nommée ici rue des Chartreux. »

Et M. Franklin ajoute au sujet de cette voie :

rr Mérian copie certainement ici Vassalieu. Tous deux ont sans doute voulu désigner l’avenue qui conduisait de la rue d'Enfer à l’entrée principale du couvent. Mais c’était une allée plantée d’arbres et nou une rue , et elle était fermée par une lourde porte en maçonnerie. Enfin cette avenue se dirigeait du sud au nord, tandis que la rue indiquée ici oblique en sens contraire». ( Les Anciens plans de Paris, t. I, p. 117, note 1.)

Ces critiques ne sont nullement fondées. En 1 609 et 1 6 1 5 , lorsque furent dressés les plans de Vassalieu et de Mérian, c’était bien la ruelle dite rrdes Chartreux» qui conduisait au couvent; l'allée plantée d’arbres, rt presque perpendiculaire à la rue d’Enfer», et le portail en maçonnerie qui lui servait d’entrée ne furent établis qu’après 1618, lorsque l’ancienne ruelle eut été englobée dans le domaine des Chartreux.

(î) Dans la requête qu’ils avaient adressée au roi, pour obtenir la cession de ce chemin, les Chartreux constatent que «■ cette rue est entre leur dict

COUVENT DES CHARTREUX DE VAUVERT

lettres patentes du mois de février 1618 enregistrées au Parlement le 16 juin suivant^, mais avec l’obligation de percer à travers leur terrain une avenue qui relierait en ligne droite l’entrée du couvent à la rue d’Enfer^. Lorsque Marie de Médicis voulut créer le parc de son hôtel du Luxembourg, elle obtint des Chartreux la cession d’une partie de leur domaine contiguë à la ferme du Pressoir, qu’elle avait achetée dès le mois de juin 161 3. Par contrat du 16 juin 1627, elle leur donna en échange des terrains qui prolongèrent leur enclos jus-

convent et leur dict petit cloz, laquelle les séparé et oste la communication de l’un à l’autre, auquel ils ne peuvent aller sans estre vus des personnes allans et venans , qui leur est grande incommodité , attendu

qu’ils doivent estre clos et fermez . » (Arch.

nat., S. 3960.)

(1) Le Bureau de la Ville consulté à ce sujet résumait ainsi, dans sa délibération du 16 janvier 1618, les motifs qui lui paraissaient justifier la requête des Chartreux :

rr . . .Nous estans transportez sur les lieux, nous avons veu que le chemin susdict est entre les heritaiges des reîligieux Chartreulx et comme une addresse pour aller en leur maison, sans que des deulx costés dudict chemin il y ait aultre maison particulière , sinon la ferme de l’Hostel Dieu de ceste ville, qui est à l’entour dudict chemin et qui a yssue sur la grande rue; que le chemin demandé est enfondré si avant auprès de la maison desdicts reîligieux, qu’il y a ung cloaque qui empesche le passage tant de pied que de cheval, plus encore des charrettes et carrosses qui y sont demeurés plusieurs fois et ont causé des blasphémés et exécration avec beaucoup de desordre contraire à la dévotion du lieu.

«Quand ce chemin seroit réparé, il n’accommoderoit le publicq que par abondance de commodité et superflue , à cause des grands chemins qui sont proches, mesmes la rue d’Enfer qui ne faict de destour à ceux qui se voudraient servir dudict chemin que de trente toises , à la mesure qui en a esté faicte en nostre presence. . . n. (Ibid.)

(2) Jaillot prétend que les Chartreux obtinrent à cet effet des lettres patentes du mois de septembre 1617, confirmées au mois de février 1618. (T. V, xix, p. 46.) Mais les premières lettres avaient simplement pour objet de renvoyer l’affaire à l’examen du Bureau des trésoriers de France, qui émirent un avis favorable, le 4 janvier 1618, sur le rapport du maître des œuvres de la ville, Augustin Guiilain.

La concession du chemin ne fut effectivement accordée, après enquête, que par les lettres patentes du mois de février 1618, dont voici le dispositif :

«Nous donnons et octroions par ces présentes de nostre propre main auxdicts religieux, prieur et convent de fa Chartreuse de nostre bonne ville de Paris, pour la commodité publicque et décoration de leur maison, la rue conduisant à leur eglise, faisant séparation du grand et petit cloz à eux appartenant, contenant depuis iceluy six vingt une thoises jusques à l’entrée de la porte , et d’icelle à la muraille fermant le bout de ladicte rue trente huit thoises de long sur trois de large; nous leur avons pareillement faict don du chemin non pavé ne fréquenté estant le long du mur de leur grand encloz, à prendre depuis celuy qui ferme ladicte rue jusques à l’encongneure dudict grand cloz, contenant sept vingts seize thoises de long sur six de large, aux charges et conditions de le clorre et fermer par le bout h leurs despens et de faire un mur attenant la ferme de l’Hostel Dieu, pour joindre ledict petit cloz à leur dicte maison; pour l’embellissement et décoration de laquelle voulons qu’il soit faict une advenue de droite ligne, depuis la porte d’icelle, au travers du petit cloz jusques à la rue d’Enfer, qui aura soixante dix thoises de longueur sur six de large, laquelle lesdicts religieux seront tenus faire paver pour éviter l’incommodité du publicq, et, pour ce faire, leur permettons qu’ils se puissent aider et servir du vieil pavé qui proviendra du relèvement de celuy de ladicte rue faisant séparation desdictz cloz; à condition aussy qu'ils laisseront un chemin de huit vingts cinq thoises de long sur cinq de large, au dehors de leurs clostures, dans les terres à eux appartenans, qui coupera pour aller joindre à ladicte rue d’Enfer, au delà de la porte des Carmelines, pour servir à la voie publicque». (Arch. nat., S. 3960.)

(3) Le tmrte de l’arrêt d’enregistrement a été publié par Féiibien. (T. V, p. 56.)

qu’à la rue d’Enfer, et en plus deux maisons et une somme de i,5oo livres W.

Le portail extérieur du couvent, qui fut construit vers le milieu du xvue siècle, en bordure sur la rue d’Enfer, presque vis-à-vis le passage Saint-Jacques, se composait d’une grande porte en plein cintre, accompagnée de deux guichets et sur-

(1) Dès que tes religieux eurent été' avertis de l’intention qu’avait la Reine mère de leur prendre une partie de leur terrain, ils lui signalèrent dans une longue requête les inconvénients de tout genre que cette mesure présentait pour la Chartreuse. Connue ce qui paraissait les toucher le plus vivement c’était la réduction de l’enclos, Marie de Médicis dut se résoudre à acheter plusieurs propriétés adjacentes au couvent, pour les leur donner en compensation de l'emplacement dont elle avait besoin.

11 est dit dans le contrat d’échange réglé par les conseillers de la Reine mère et ratifié par elle le 1 7 juin : tfLes religieux Chartreux ceddent, quittent et délaissent dès à présent et pour toujours à Sa Majesté la quantité de seize arpens et demy, six perches de terres ou environ, à prendre et retrancher dans leur clos en droitte ligne, depuis le coude qui est au mur, entre le quatre et le cinquième pilier butant, proche le jardin d’en haut, du côté et tenant au bois de Sadite Majesté, pour de là traverser en droite ligne , au dedans du jardin de l’infirmerie desdits religieux, et de là continuant jusqu’à l’angle qui est peint au bas du clos desdits religieux Chartreux . ; au lieu de ce que lesdits

religieux délaissent et leur est retranché et pour d’autant et plus accroître et etendre leur enclos en un autre endroit, Sadite Majesté fera achepter pour remplacer, bailler et délaisser ausdits religieux les trois jardins qui sont au fauxbourg S. Michel, autrement dit la rue d’Enfer, qu’on appelle des Pores de l’Oratoire, de Nangueville et Pietre, à présent les Filles Sainte Marie, avec toutes et chacunes les terres qui se trouveront enclavées entre ledit Jean de Pietre, les deux grands chemins et le clos desdits religieux, appartenantes aux religieuses Carmélites, à l’huissier Ronigalle, prieur de iNostre Dame des Champs, Ilostel Dieu de Paris, et à la demoiselle Bailly, le tout revenant à scavoir lesdits trois jardins clos de murs neuf arpens un quartier ou environ et lesdites terres unze arpens ou environ , qui feroit en tout, tant en jardins que terres, vingt arpens ou environ d héritages. . . ; et d’autant que le moulin desdits religieux, chaussée et avenue d’iceluy, se trouvent enclavés dedans l’espace dudit retran¬

chement, Sadite Majesté fera le tout démolir, transporter, baslir et edifiier de pareille matière, hauteur et diamettre, ainsy qu’il est de présent et en tel endroit que lesdits religieux désigneront et adviseront pour le mieux, et sera le maçon avec lequel sera traicté et fait marché, tenu, auparavant que de démolir et abattre, d’en faire une entière description avec lesdits religieux pour leur rendre ledit moulin et dépendances d’iceluy en bon et suffisant état, tournant et travaillant à leur contentement, et aflin que ledit moulin , jardins et terres qui seront acquis par Sadite Majesté pour bailler et délaisser auxdits religieux demeurent enclos et enfermez pour eux, ainsi que ledit moulin qui sera demoly et ce qui leur est retranché de leur clos est à présent, Sadite Majesté fera aussy bastir et construire une muraille et closlure de pareille matière, quantité, hauteur et épaisseur, garnie de pilliers bultans par derrière, espacez de pareille distance que ceux cy dessus spécifiez. . . .; et désirant par Sadite Majesté pleinement recompenser lesdits religieux Chartreux de l’incommodité qu’ils ont estimé recevoir par ledit retranchement dont Sa Majesté s’est accommodée à l’accroissement de son parc, pour leur laisser une mémoire à perpétuité de sa libéralité royalle, Sadite Majesté leur baillera et leur délaissera gratuitement deux maisons desquelles sera faict acquisition, appartenantes au nommé de Sainctot, bourgeois de Paris, l’une d’icelle scise hors et proche la porte Saint Jacques, à laquelle pend pour enseigne le Port de Salut, et l’autre scise entre la Place royalle et les Minimes, en laquelle est à présent demeurant le sieur comte de Tresmes, pour en jouir par lesdits religieux et eu faire et disposer à l’advenir ainsy

que bon leur semblera . En recompense de ce

qu’ils ne doivent jouir des choses qui leur seront baillées et délaissées par ladite dame Royne que du î" jour de janvier prochain, est accordé que, pour tous dommages et inlerests qu’ils pourraient prétendre à cause de ce , il leur sera baillé et payé par Sadite Majesté la somme de quinze cens livres, devant le dernier jour de décembre prochain, i (Arch. nat., O1 1687*.)

COUVENT DES CHARTREUX DE VAUVERT

montée (l’une table de marbre noir, sur laquelle était gravée une inscription qui rappelait l’entrée triomphale de Louis XIII à Paris, en 1 6 3 3 , à son retour de la Rochelle W.

L’avenue plantée d’arbres, qui faisait suite à ce portail, conduisait à un pavillon rectangulaire, décoré de pilastres cl’ordre toscan et percé de trois arcades servant de passage d’entrée, avec la loge du portier d’un côté et, de l’autre, un grand Christ gothique accompagné de cette devise : Otiüm cum dignitate.

Dans la première cour du couvent se trouvaient la maison des hôtes à droite et, à gauche, la Chapelle des femmes. Ces deux édifices étaient reliés par un pavillon transversal, dont le rez-de-chaussée formait un péristyle à cinq arcades gothiques. Au-dessus de l’arcade médiane, le mur du bâtiment était peint d’azur fleurdelisé d’or et garni d’un auvent posé sur deux consoles, qui formait ainsi une sorte de niche et abritait une statue de la Vierge tenant l’enfant Jésus, encadrée par un dais. Entre le piédestal de ce dais et le pignon de l’arcade, l’on avait sculpté un écusson aux armes de France, timbré de la couronne royale et entouré du collier de l’Ordre de Saint-Michel, avec deux anges pour supports. Les piliers de chaque arcade étaient surmontés d’un piédestal portant une statue sous un dais; à droite de la Vierge, saint Antoine avec le cochon symbolique et saint Hugues avec le cygne; à gauche, saint Louis et saint Jean avec l’agneau. Saint Louis présentait à la Vierge les cinq Chartreux qu’il avait fondés, agenouillés près de lui. Au-dessus de ce bas-relief, une table de marbre encastrée dans le mur portait l’inscription suivante :

Hunc rogo, quisquis ades, non admireris eremum,

Neg dicas : Hec sent tecta superra nous !

Regia sunt ètenoi viridis fundamina Valus Francorum jecit que Lodoïcus honos.

Rex primum instituit Regum ; Rex aüxit et auget,

Servaritque suam tempus in omne domum.

Une porte pratiquée au fond du péristyle, vis-à-vis de l’arcade médiane, donnait accès dans la grande cour du couvent où l’on trouvait à droite les cellules des frères convers, à gauche l’entrée de la basse-cour, puis l’église et le logis du prieur, et au fond, en retour d’équerre, le bâtiment principal de l’infirmerie.

L’église régulièrement orientée formait un rectangle allongé, terminé par une abside à sept pans, avec une grande niche au rond-point du chevet. Le sanc-

C1) Le texte de cette inscription nous a été conservé par l’abbé Lebeuf, dans son Mémoire sur les Chartreux :

D. 0. M. S. Qco die Lüdovicus, Rex ciiristiaxis-

SIMUS, SANCTI LüDOVICI HUJÜSQUE CaRTUSLÆ FUNDA-

TORIS , QUANTUM PIETATE, QUANTUM JUSTITIA REGNAT, UT HERES, RüPELLA FELICITER RECUPERATA , LüTETIAM TRIUMPHATOR INTRAVIT, ANNO SALDTIS M D C XXX III.

( Variétés historiques, t. I, p. 78.)

tuaire fermé par une balustrade occupait l’abside; la nef était partagée en deux parties presque égales par le chœur des Pères et le chœur des P reres.

Au milieu du sanctuaire, ajouré par six baies ogivales et couvert d une voûte en demi-coupole, se trouvait le maître-autel accompagné de deux grandes statues de saint Bruno et de saint Hugues; derrière, dans la niche, était installé un petit oratoire avec une statue de la Vierge W. Sur les murs, entre les fenêtres, l'on avait peint les douze Apôtres, et, à la voûte, des figures d’anges tenant les instruments de la Passion se détachaient sur un fond d’azur fleurdelisé d’or.

Une architecture d’ordre ionique, peinte à fresque, décorait les murs de la nef; la voûte était parsemée de guirlandes de fleurs et d’arabesques rehaussées d’or. Des stalles en menuiserie artistement sculptées garnissaient les deux chœurs que séparait une haute boiserie®. Dans le chœur des Frères, contre cette clôture, étaient installés deux petits oratoires, ô droite celui de saint Denis, à gauche celui de saint Louis.

Les Chartreux avaient enrichi leur église de nombreux tableaux signés des

(l) rrEn cet autel, observait Du Bmd, l’on prie journellement pour monseigneur Louys, duc de Bourbonnois , comte de Clermont et de La Marche, comme premier fondateur d’iceluy dès l’an 1 33 1 , et aussy pour monseigneur Jean de France, duc de Berry et d’Auvergne , fils de Jean , roy de France , comme principal fondateur d’iceluy, lequel fut grand amy et bienfaeteur de ceste Chartreuse.»

D’après un document analysé dans l’Inventaire,

Louis de Bourbon était le fondateur de cet autel :

« Lettres par lesquelles appert Loys, duc de Bourbonnoys, comte de Clermont et de La Marche, avoir fondé ung autel en nostre eglise, c’est assavoir derrière le grant autel, garny de ce qui est necessaire, et nous avoir donné quatre livres parisis de rente à les prendre sur sa mairie des Hayes, pour faire le luminaire de deux cierges, cbascim de une livre et demye, pour ardre le vendredy

quant on y chantera messe . Donné soubz son

scel en cire vermeille, en nostre eglise, la veille de la Nativité Nostre Dame, l’an i33o.» (Arch. nat. ,

S. 4091, fol. 35 1.)

Quant à Jean, duc de Berry, après avoir choisi sa sépulture dans l’église de Vauvert, il avait, par un contrat du 5 février 1 3 g 1 , donné aux Chartreux ses terre et château de Horry, près Bourges , pour la fondation de vingt religieux. (Ibid. , L. 937.)

Mais, lorsqu’il édifia la Sainte-Chapelle de Bourges, il eut besoin de ce domaine pour assurer la dotation du clergé, et il obtint des Chartreux une re¬

nonciation de la donation, en leur faisant accorder par Charles VI un amortissement de 200 livres. ( Arch. nat. , S. âofiq.)

('2) ffLa menuiserie des formes ou stalles de ces deux chœurs est ornée de pilastres et d’autres ornemens de sculpture d’un goût distingué. Les pilastres du chœur des Freres sont d’ordre ionique et sont espacés les uns des autres d’une manière qui fait plaisir à voir. Ceux du chœur des Peres sont d’ordre composite et ne font pas le même effet.

rrDans le chœur des Peres, sur une petite lame de cuivre qui est dans une des armoires pratiquées dans les basses formes, vis à vis des stalles des religieux, est cette inscription :

Ces chaises sont des marques de la belle oeco-

NOMIE DU VENERABLE PERE DOM LeON HlNSELIN. ELLES ONT ETE FAITES, EN L’AN l68o, PAR LE FRERE HeXRI FüZILIERS.

rrDans le chœur des B'reres, sur une autre petite lame de cuivre qui est adossée à un petit volet pratiqué vis à vis les stalles, on lit :

La menuiserie dd choeur dbs Freres convers de la Chartreuse de Paris a été commencée le 20 février 1681 ET FINIE LE 10 d’octobre 1682, PAR l’ordre ET BELLE OECONOMIE DD VENERABLE PERE DOM

Leon Hinselin, prieur de la Chartredse de Paris,

ET LE TOUT CONDUIT PAR LE FRERE HeNRI FüZILIERS, CONVERS. »

(Piganiol, t. VII, p. 2 25.)

COUVENT DES CHARTREUX DE VAUVERT

maîtres de l’école française W. Au-dessus de la porte d’entrée, on voyait sur le mur une peinture représentant l’Annonciation, près de laquelle se trouvait cette inscription :

Miraris varios quibus hæc delubra colores Irradiant ! Nescis Numinis esse domum.

Debuit æquari coelis iiæc regia, verum

TaM NON EST ART1S QU AM PIETATIS OPUS.

Le mur du fond de la nef était percé d’une grande baie à deux ogives avec trois roses, et d’un œil de bœuf à l’angle du pignon. Un porche de menuiserie, supporté par six colonnes, précédait extérieurement la porte d’entrée.

L’église était surmontée d’un clocher élevé et fort pointu qui s’élevait au milieu du toit, à la jonction du sanctuaire et du chœur des Pères.

Sept petites chapelles adossées au mur, du côté droit, se succédaient dans l’ordre suivant :

La chapelle de Saint-Michel,

— de Sainte-Anne,

— de Sainte-Marie-Madeleine,

— de Saint-Pierre et Saint-Paul,

— de Saint-Jean-Baptiste,

— de Saint-André et Saint-Etienne,

— de Saint-Bruno et Saint-Hugues (2h

(l) L’Inventaire des tableaux qui restaient encore aux Chartreux en 1790 a été publié par M. Anatole de Montaiglon, dans les Archives de l’art français. (T. IV, p. 21 5-2 2/1.)

f2) Les titres de fondation de ces diverses chapelles n’ont pas subsisté, mais Du Breul nous a donné un résumé de ces documents :

ffMessire Robert, abbé d’Anchin ou d’Aquitanée, de l’Ordre de S. Benoit, au pays d’Artoys, fit baslir la première des sept chappelles collateralles de ladite eglise, du costé du septentrion, consacrée en l’honneur de S. Michel, l’an i324. Lequel renonça à son ahbaye et prit l’habit desdits Chartreux, audit lieu de Vauvert, où il persévéra jusques à la fin de ses jours, plein de bonne édification et de bonnes œuvres. Et messire Jean Billouart et sa femme donnèrent certain revenu pour l’entretien de ladite chapelle.

« Maistre Jean Desmoulins, chanoine de Chaalons et clerc des roys Philippe et Charles, fit bas-

tir les deux autres chappelles suivantes, l’une en l’honneur de Se Anne et l’autre en l’honneur de Sc Marie Magdelaine, lesquelles furent benistes l’an 1 335. Mais estans devenues caduques par succession de temps , monsieur de La Driesche , premier president en la Chambre des comptes et thresorier de France, seigneur de Passy, les fit reparer et voûter de pierre et donna du revenu pour estre participant aux prières des religieux, et trespassa l’an i486.

«La quatriesme chappelle, en l’honneur de S. Pierre et de S. Paul, et la cinquiesme en l’honneur de S. Jean Baptiste , furent parfaites des biens de Jean Du Four, changeur et bourgeois de Paris. Lequel Du Four et sa femme reposent en la chappelle de S. Pierre et S. Paul, laquelle ils accommodèrent, dotèrent et firent bénir en l’an 1 36 1 . Car, quand à la chapelle de S. Jean , elle fut premièrement ornée et dotée de quelque revenu par dom Jacques Le Long, qui se rendit religieux audit monastère. Et après, messire Gilles Galloys,

Ces chapelles avaient leur autels placés dans le sens du maître-autel de l’église; elles communiquaient ensemble par une étroite galerie ménagée sur le côté gauche, et avec l’église par trois passages ouvrant sur les chapelles de Saint-Michel, de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Bruno h). Cette dernière chapelle fut pourvue en outre successivement de deux portes, l’une sur le côté droit, l’autre à l’extrémité de la galerie de communication, dans le mur qui formait le prolongement de la façade de l’église; les oratoires eurent ainsi une entrée distincte.

A gauche de l’église, à la hauteur du chevet, un grand batiment de forme presque quadrangulaire comprenait le chapitre, la sacristie, la secrétairerie et la cellule du sacristain. Dans la sacristie et le chapitre étaient installés deux petits oratoires dédiés sous les vocables de Saint-Pierre et Saint-Paul et de Saint-Jeanl’Évangéliste. A l’extrémité de ce bâtiment, dans un angle de la basse-cour, s’élevait une tourelle octogone, en briques, surmontée d’un petit clocher avec une horloge dont le carillon faisait entendre des hymnes.

Le petit cloître était limité par l’église, le chapitre, le réfectoire et le logis du prieur. Les deux galeries parallèles à l’église avaient chacune sept travées et les deux autres six; dans le principe, elles étaient décorées d’arcades gothiques, et, vers l’année i35o, l’on avait peint sur les murs les principaux épisodes de la vie de saint Bruno. En i5io, ces peintures furent refaites sur toile et expliquées par une légende en vers latins, que venait de composer dom Zacharie Benoît, chartreux de Vicence.

Au cours du xvuc siècle, le cloître fut reconstruit, sans que l’on changeât rien à ses proportions; mais l’architecture gothique fit place à des arcades en

chevalier, seigneur de Lusarclies, et madame Jehanne, sa femme, la fondèrent plus amplement et l’ ornèrent richement.

« Maistre André de Florence [Andrea Gliini], premièrement thresorier de Reims et clerc de Charles , roy de France et de Navarre, et depuis evesque de Tournay et cardinal, fit édifier et dota la sixiesme chappelle, laquelle il fit consacrer en l’honneur de S. André, apostre, et de S. Estienne, premier martyr, le jour S. Mathieu apostre, l’an 1827, comme il se veoit escript sur l’une des portes de ladite chappelle; et trespassa l’an 1 3 4 3 , le 2e jour de juin.

ff La septiesme et derniere chappelle collateralle a esté hastie long temps après les susdites, en l’honneur de S. Bruno, instituteur de l’Ordre, et de S. Hugues, chartreux, evesque de Lincoln, en Angleterre, de laquelle seule on ne trouve aucun fondateur, ne quand elle a esté édifiée, sinon que l'on recognoist assez qu’elle a esté construicte depuis deux cens ans en ça pour recevoir plus commodément ceux (jui ont dévotion particulière au¬

dit S. Hugues, à la mémoire duquel sainct l’on a accoustumé d’apporter les enfons qui sont détenus de maladie langoureuse qu’on dit autrement les enfons qui sont en chartre, lesquels, auparavant que ladite chappelle fut baslie, l’on souloit apporter d’ancienneté à un autre autel dédié à l’honneur dudit S. Hugues, derrière le grand autel de ladite eglise; mais pareequ’il falloil traverser tout le chœur et que le bruit et cry de ces petits enfans incommodoit trop les religieux dans le chœur et Iroubloit le service divin, l’on fut depuis d’avis de faire hastir ladite chappelle hors l’eglise, au bas des autres chappelles collateralles. En laquelle neantmoins on ne permet l’entrée aux femmes et sont contrainctes de se tenir en la chappelle qui est à la première porte du monastère. * (P. 355.)

C1) Cette chapelle rcétoit récemment bâtie, lorsque l’evêque de Paris, François de Poncher, la bénit le 1 3 janvier i52o , en l’honneur de S. Hugues et S. Bruno, six ans après la canonizatiou de ce dernier, (Lebeuf, t. I, p. 182.)

COUVENT DES CHARTREUX DE VAUVERT

plein cintre accompagnées d’nn ordre dorique. Ces arcades furent fermées par des vitraux peints, figurant des scènes hagiographiques, et entourés de bordures avec arabesques et médaillons en camaïeu aux angles, représentant les Pères du désert. En 16/18, les toiles peintes furent recouvertes par des panneaux de bois, abrités par des volets fermant à clef, sur lesquels Le Sueur avait reproduit vingtquatre épisodes de la vie de saint Bruno W. Ces compositions ^ étaient encadrées par des cartouches ornés de figures d’anges et de cariatides exécutées par le même artiste ou sous sa direction. Des inscriptions en distiques latins expliquaient brièvement les sujets. Aux angles du cloître, quatre autres tableaux de Le Sueur représentaient des vues et plans des Chartreuses de Rome, de Pavie, de Yauvert et de Grenoble.

Le petit cloître était parqueté et pavé de nombreuses pierres tombales; il communiquait directement avec le chapitre et le réfectoire, et était relié au grand cloître par le prolongement de l’une de ses galeries.

Entre le petit et le grand cloître était placé le réfectoire dans lequel les religieux se réunissaient seulement les dimanches et jours de fêtes pour prendre leurs repas en commun; à l’une de ses extrémités se trouvait la cuisine, à l’autre la boulangerie.

Le corps de logis affecté à la résidence du prieur faisait suite au petit cloître. Dans la seconde moitié du xvue siècle, on établit aü milieu de ce logis un passage qui permit d’accéder directement de la cour dans le grand cloître^. Le bâtiment principal de l’infirmerie construit en retour d’équerre fermait le fond de la cour. A la suite, les dépendances de l’infirmerie se prolongeaient vers le clos; elles comprenaient deux jardins, une chapelle et quelques cellules isolées, le tout desservi par une galerie commune.

Dans la basse-cour, qui avait son entrée au chevet de l’église , se trouvaient, sur le côté droit, les logements des domestiques, les greniers et les remises du couvent.

Le grand cloître se développait derrière ce premier groupe de constructions. Il était disposé en rectangle autour d’un vaste jardin, et ses galeries ajourées par

(1) Le Me'moire sur tes Chartreux de l’abbé Lebeuf constate que rcsous ces troisièmes peintures sont conservés les restes de la première et de la seconde». ( Variétés historiques, t. I, p. 77.)

(2) 11 paraîtrait que lorsque Louis XVI eut manifesté son intention d’acheter ces tableaux, les Chartreux décidèrent de lui en faire hommage. Toutefois, à la date du 27 juillet 1776, Bachaumont prétend que leur acquisition avait été négociée par M. de Maurepas, ministre de la maison du Roi, au prix de 6,000 livres chacun, soit au total 1 32,ooo livres, et à la condition d’en faire exécuter une copie pour les religieux.

Ces tableaux furent exposés pour la première fois à Versailles, au Musée de l’Ecole française, en l’an x , puis transportés l’année suivante au Luxembourg. En 1 848 , après avoir subi à deux reprises d’importantes restaurations, ils furent définitivement attribués au Musée du Louvre, où se trouvent aussi les deux vues des Chartreuses de Grenoble et de Paris, qui proviennent de même du petit cloître des Chartreux.

(3) Cette transformation est marquée dans les deux vues du bâtiment dessinées par J. Marot et gravées par Mariette, que Mérian a reproduites dans la Topograpliia Galliæ. (T. I.)

lUpniîIEIVIE NATIONALE.

des arcades gothiques, sans vitraux, étaient couvertes partie en pierre et partie en Lois. Les cellules des religieux, construites à différentes époques, s’adossaient à ces galeries; elles étaient au nombre de huit et neuf sur les grands côtés et de cinq sur les petits. Chacune d’elles, désignée par une lettre de l’alphabet, formait un bâtiment isolé, composé de trois pièces et d’un petit jardin et ayant son entrée sur les galeries du cloître h).

L’angle nord-est du préan avait été transformé en un cimetière, qui servait tout à la fois pour les religieux et pour les laïques.

Au milieu de ce préau s’élevait le bâtiment dit «de la Pompe n, petite construction en forme de parallélogramme, dont la façade antérieure était ornée d’un ordre dorique qui encadrait une fontaine, et les côtés de, péristyles à quatre arcades. A l’intérieur, l’on avait creusé un puits, et une machine élévatoire, mue par un cheval, distribuait, au moyen d’une canalisation, de l’eau à tout le couvent.

La galerie ouest du cloître se prolongeait par un long couloir coudé presque à angle droit, que l’on appelait la Thébaïde, et qui conduisait au grand clos, en longeant la chapelle et les dépendances de l’infirmerie. A l’extrémité de la galerie est s’ouvrait un autre passage qui permettait d’accéder directement à la sacristie et au chapitre, et de là à l’église (2h

ll) rr Les cellules sont autant de maisons séparées, qui ont chacune plusieurs chambres commodément disposées et un jardin particulier . Les cham¬

bres sont boisées proprement et simplement meublées. Chez quelques-uns des Peres, il y a des bibliothèques assez curieuses .

rt-Ces bons religieux, persuadez que le travail est une des principales obligations que Dieu ait imposée aux hommes, cultivent eux mêmes leurs petits jardins, après avoir rempli les heures de leurs exercices spirituels et celles de l’étude, de la Sainte Ecriture et des Peres de l’Eglise. Quelques uns écrivent des livres de chant pour le chœur avec des caractères; les autres s’occupent à de petits ouvrages de menuiseries de tour et autres travaux semblables, utiles et industrieux. » (Brice, t. III, p. 166 et 177.)

L’auteur anonyme du Journal d'un voyage à Paris en 165^-1658 remarque qu’rril n’y a point d’Ordre si rude ni austere que celui-ci, puisqu’on est obligé de ne manger jamais de la viande et de ne se parler que certains jours de la sepmaine». Mais il ajoute : rt Osiez cela, ils passent fort doucement la vie, estant très bien servis, car chacun a son valet, son apartemenl où il y trois chambres, l’une pour estudier où est sa bibliothèque , l’autre

pour coucher et la troisième pour recevoir ses amis, et son petit jardin où il peut planter ce qu’il veut et le cultiver h sa mode.» (Edit. P. Faugère, 18G2, p. 106.)

(2) Les Commissaires de la municipalité, qui avaient procédé à la visite de la Chartreuse, du 2/1 mai au 1 1 juin 1790 , consignèrent leurs observations dans un procès-verbal très détaillé. Après avoir constaté que l’enclos des Chartreux était un des plus vastes et des mieux tenus de la capitale, ils décrivaient le couvent ainsi qu’il suit : rrQuarante deux cellules, qui représentent autant de petites maisons séparées, à chacune desquelles est annexée une partie de jardin fermé de murs, forment l’enceinte cloîtrée d’une grande cour parfaitement quarrée, au milieu de laquelle est un réservoir couvert pour les eaux destinées au service de la maison, et qui se remplit au moyen d'une pompe qu’un cheval fait mouvoir ainsi continuellement; le grand clos contient soixante et quinze arpens ou environ; il est séparé par de très grands murs construits dans tout son pourtour du jardin du Luxembourg, dans toute la partie du nord, du Boulevard neuf dans la partie méridionale, et de la rue d’Enfer dans le retour de son exposition au Levant et d’une partie du Couchant;

Les dépendances de la Chartreuse avaient été aménagées de façon à fournir aux religieux tout ce dont ils avaient besoin pour leur subsistance. Les terrains en bordure sur la rue d’Enfer étaient occupés par un jardin fruitier et par un vaste potager; derrière le grand cloître se trouvait un bois taillis avec des terres en labour sur les deux côtés; à droite était installée une pépinière renommée pour ses arbres fruitiers, dont les Chartreux faisaient un grand commerce. A l’angle de la rue d’Enfer et du boulevard, l’on avait construit un moulin à vent pour moudre le blé; le rez-de-chaussée disposé en forme de rotonde servait de salle de repos. Les marais compris entre les murs de clôture et la rue Notre-Damedes-Champs étaient la propriété du couvent qui les avait affermés.

Vers la fin de l’année 1792, après la suppression des Ordres monastiques, les Chartreux quittèrent leur maison, qui, devenue propriété nationale, resta quelque temps en partie inoccupée. Le citoyen Barthélemy y avait établi une fabrique de poudre et de salpêtre qui fut autorisée par un décret de la Convention , le 2 h septembre 1793. La loi du 27 germinal an vi (16 avril 1798) prescrivit le percement d’une avenue destinée à relier en droite ligne le Luxembourg à l’Obser-

indépendamment de ce clos dans lequel on remarque avec édification, parmi les autres genres de cultures analogues, un emplacement immense occupé par des pépinières très fructueuses, les Chartreux ont un potager d’environ seize arpens dans lequel le travail le plus assidu et l’économie la plus parfaite entretiennent avec avantage pour la maison tous les genres de cultures potagères, légumières et fructuaires que le sol d’ailleurs assez ingrat, mais très bien exposé, peut permettre; vingt-un ou vingt deux arpens de marais mal affermés , quoique très précieux dans l’interieur de la ville, paroissent avoir été distraits anciennement pour augmenter les revenus de la maison; ils sont situés sur la partie méridionale donnant sur le Boulevard et en plus grande partie le long de la rue Notre Dame des Champs; l’ensemble, y compris les foins, basse cour, lieux claustraux et l’emplacement de l’eglise, peut former environ une contenance de quatre

vingt dix sept arpens de terrain .

rrNous observons que des quarante deux cellules qui forment la contenance entière du cloitre, il n’y en a que vingt deux occupées; toutes les autres sont vuides; cinq sont inhabitables. Il suit de cette observation qu’en faisant réparer celles des cellules qui ne sont point habitées ou dans lesquelles il y a des dégradations assez considérables, on pourroit loger vingt religieux de plus que ceux qui habitent actuellement le cloitre; nous ajoutons

qu'indépendamment de ces habitations cloitrées, il y a des greniers immenses dont la ville pourroit s’aider.

«La maison est actuellement composée de vingt sept religieux, quatre frères, un chirurgien, un architecte et trente trois domestiques, y compris quelques anciens devenus à peu près inutiles et que l’on garde par charité, n

Les Commissaires nous apprennent, d’autre part, que les Chartreux avaient soigneusement assuré la conservation de leurs Archives :

te Sur l’invitation que nous avons faite aux RR. PP. Chartreux de nous introduire dans le Chartrier de la maison, nous avons été conduits dans une salle voûtée, detfendue par une porte à grille de fer très forte et qui nous a paru être garantie par sa construction des dangers de l’incendie ; dans celte salle nous avons remarqué que dans les cartons qui sont rangés en grand nombre dans les rayons qui environnent la salle étoient rangés avec beaucoup d’ordre les titres de tous les biens de la Chartreuse et que ces cartons sont rangés dans l’ordre qui convient pour reconnoître et constater les propriétés de la Brie, de la Normandie

et de Paris . Tout y est conservé dans l’ordre

le plus édifiant et le plus convenable; duquel Chartrier nous avons remis les clefs et la garde aux officiers de la maison, conformement au décret de l’Assemblée nationale. n (Arch. nat. , S. 39/18.)

vatoire et de deux rues obliques, dites l’une «rue de l’Est », l’autre «rue de l’Ouest», en ordonnant que tout le terrain compris entre ces nouvelles voies serait affecté à des pépinières ou à d’autres établissements utiles à l’agriculture. Les bâtiments du monastère furent détruits peu après (1), et les nombreuses pierres tombales qui restaient dans la Chartreuse se confondirent alors avec les matériaux des démolitions quant aux monuments funéraires de bronze, ils avaient dû être fondus au début de la Révolution. L’avenue de l’Observatoire fut plantée de quatre rangées d’arbres en 1810, lorsque les travaux de remblai l’eurent mise au même niveau que le jardin du Luxembourg. L’ancienne pépinière du couvent, que l’on avait notablement agrandie, subsista, ainsi que le bâtiment de la Pompe et le portail extérieur du couvent, qui servit, vers i83o, d’entrée au Jardin botanique de la Faculté de médecine. Ces derniers vestiges de la Chartreuse disparurent après 1866, lorsque l'on perça, en même temps que le boulevard Saint-Michel, trois rues transversales dans l’ancien enclos. L’avenue de l'Observatoire devint alors un prolongement du jardin du Luxembourg, qui fut régularisé et agrandi par la suppression du Jardin botanique et de la Pépinière. Tout l’emplacement qui n’avait pas été utilisé à cette époque resta, durant près de quinze années, à l’état de terrain vague. C’est seulement dans ces derniers temps que l’on a construit, du côté du boulevard Saint-Michel, deux ilôts de maisons, et du côté de la rue d’Assas, un autre groupe de maisons et quatre grands établissements, l'Hôpi-

tal des Cliniques, l’Ecole de pharmacie, l’annexe de la Faculté des sciences et le lycée Montaigne. La petite rue à laquelle on a donné le nom des Chartreux rappelle seule aujourd’hui, dans ce quartier complètement transformé, le souvenir de l’ancien couvent.

(l) Chateaubriand, dans le Gcnie du christianisme, nous a dépeint le triste état du monastère au commencement de ce siècle :

ff Nous nous promenions un jour derrière le palais du Luxembourg et nous nous trouvâmes près de cette même Chartreuse que M. de Fontanes a chantée. Nous vîmes une église dont les toits étaient enfoncés, les plombs des fenêtres arrachés et les portes fermées avec des planches mises debout. La plupart des autres bâtiments du monastère n'existaient plus. Nous nous promenâmes longtemps au milieu des pierres sépulcrales de marbre noir semées ça et là sur la terre; les unes étaient totalement brisées, les autres offraient encore quelques

restes d’épitaphes. Nous entrâmes dans le cloître intérieur; deux pruniers sauvages y croissaient parmi de hautes herbes et des décombres. Sur les murailles on voyait des peintures à demi effacées, représentant la vie de saint Bruno; un cadran était resté sur un des pignons de l’église, et, dans le sanctuaire, au lieu de cet hymne de paix qui s’élevait jadis en l'honneur des morts, on entendait crier l’instrument du manœuvre qui sciait des tombeaux. » (Liv. V, chap. III.)

(2) Guilhermy observait que, crvers 1825, les maisons voisines de l’ancienne Chartreuse étaient remplies de fragments de dalles funéraires r». (T. I, p. 486.)

Vue de l’église des Chartreux W.

INDEX ALPHABÉTIQUE

Alexandre (Charlotte), 1022.

Alory (Marguerite), 1028.

Arsonval (Jean d’), 989.

Aubin (Jean), 1059.

Barboteau (Louis), 1026.

Barreau (Nicolas), io65.

Barthélemy de D . , io43.

Béarn (Yvain de), ioo5.

Berthier de Bizy (Charles), io52.

Besançon (Guillaume de), 1012.

Blangy (Jean de), 991, 992.

Boileau (Jean), 1 o5 A .

Boivinet (Claude), 1071.

Bondillieürre (De), 101 5.

Bouchel (Laurent), 1075.

Bourges (Jacques de), 1073.

Bragelonne (Martin de), io36.

Bucy (Benaud de), 1019, 1020.

Cambrai (Adam de), 1022, 1024.

— (Anne de), 1023.

— (Arthur de), 1023.

— (Catherine de), 1023.

— (Christine de), 1023.

— (Elisabeth de), 1023.

— (Guillaume de) , 1023.

— (Jean de), 1023.

— (Jerôme de), 1023.

— (Nicole de), 1023.

Céres (Jean de), 999.

Châlon (Marguerite de), io34.

Chanac (Pierre de), 100 4.

Châtillon (Jeanne de), 1061. Chissey (Jean de), 1002.

Choart (François), 1067.

(1) Béduction d’une estampe de Millin. ( Chartreuse de Paris, pl. III; Michel dir.)

Comborx (Guy de), i o i A .

Créney (Michel de), 990.

Dainville (Jean de), 1006.

Diac (Jacques), 1066.

Dormans (Guillaume de), 98/1.

— (Jean de), 981 , 982 , 983.

— (Renaud de), cj85.

Dorson (Pierre), 998.

De Foür (Jean), io3o.

De Mont-Sainte-Marie (Jean), 1000.

Du Portail (Jean), 1007.

— (Simon), 1007.

Du Solier (Guillaume), 1025.

Faucon (Jean-Louis de), io32.

Fénis (Famille de), 107 4.

Fontenay (Pierre de), io46.

Gaynac (Jean de), 10 33.

Genève (Amé de), 988.

Gobelin (Jeanne), io45.

— (Robert), io45.

Guyot (Jean), 1072.

Habert (Louis), 1010, 1011.

— (Pierre), 1010, 101 1.

Harcourt (Philippe d’ ), 994.

Hugues (Ghabert), ioo3.

Joület (François), io48.

— (Pierre), 1 o48.

Lallemand (Nicolas), io5i.

Le Bouthillier (Geoffroy), 1027.

Le Coq (Hugues), 995, 1060.

Le Diseur (Nicolas), 1008.

Le Duc (Nicolas) , 1 o64.

Le Febvre (Claude), io53.

— (Philippe), 1068.

Le Goys (Guillaume), 1018.

Le Jay (Pierre), io3i.

Le Voix (Jean), 1017.

Loisel (Marguerite), io3n.

— (Pierre), io35.

Louis, io4i.

Marigny (Philippe de), 9 80.

— (Pierre de), 987.

Mauconduit (Michel), 1021.

Mibegny (Guillaume de), io44.

Millon (Gillet), 1047.

— (Perrelte), 1047.

Monsigot (Jacques), 993.

Montroty (Vincent de), io03.

Navarre (Pierre de), 1066.

Neadville (Guillaume de), 1029.

— (Hervé de), 1028, 1021

Ogier (Pierre-François), 997.

Quocy (Imbert de), 1087.

Remus (Pierre), 1001.

Reytel (Philippe), io5o.

Roger (Mathurin), 1009.

Rose (Guillaume) , 1 0 1 0.

Royer (Bonne), io32.

Saint-Germain (Jeanne de), 1073.

Sarreau (Mathurin), 101 3.

Sauvat (Madeleine), 1074.

Sens (Gilles de), 10G2.

— (Guillaume de), 10.07, io58.

Stuart (Louis) , 996.

Sureau (Pierre), 1069.

Thomas, io42.

Turgot (Georges), io4o.

Versoris (Jean), 1049.

— (Pierre de), io38.

Versoris de Bussy (Jean), io3q.

Wtwiic (Arnold de), 1070.

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