SAINT-CHRISTOPHE EN CITÉ
NOTICE HISTORIQUE
Les origines de l’église paroissiale de Saint-Christophe sont restées fort incertaines, et il n’est guère possible de fixer, même approximativement, la date de sa fondation. On sait seulement quelle existait déjà dans la seconde moitié du vue siècle et qu’elle servait à cette époque de chapelle à un monastère de filles voisin de la cathédrale^. Il paraît vraisemblable que ce couvent avait été établi
tl) D’après le plan de Hoyau et Truschet.
(2) Le plus ancien document qui constate l’existence de cette église est une donation faite en l’an 690, par Vandemir et sa femme Ercamberte, à diverses églises de Paris. On y lit celte mention :
rr . Donamus ad Domno Cristivilo, monastirio
puellarum, in Parisius, ubi Landetrudis abbatisa præesse veditur, villa cognomenante Noviliaco, in
pago camiiiacinsi . » (R. de Lasteyrie, Cartu-
laire général de Paris , t. I, p. 17.)
Du Breul et Félibien prétendent que c’était la chapelle privée d’Ercbinoald, maire du palais sous Clovis II, qui la donna à l’église de Notre-Dame avec sa maison et la seigneurie de Créteil. Sauvai et Lebeuf ont rejeté avec juste raison cette hypothèse qui, d’après Jaillot, repose uniquement sur l’inter-
ih.
par l’évêque et par le Chapitre, pour organiser à proximité de l’église métropolitaine et de la résidence épiscopale le service d’assistance imposé par les prescriptions canoniques (1).
Le Concile tenu à Aix-la-Chapelle, en 816, ordonna d’affecter à ce service hospitalier des établissements spéciaux, dotés de revenus propres^, et dont
prétation erronée d’une charte de Charles le Simple confirmant la cession faite, en l’an 900, à l’église Saint-Christophe par Grimoald, vicomte de Paris, d’une portion de la seigneurie de Créteil. Cet érudit ajoute que rrs’il se trouvoit dans les archives de Notre-Dame quelque monument qui fit mention de la donation d’Archambaud, il ne seroit vraisemblablement pas échappé aux recherches de l’historien de l’Eglise de Paris, qui n’en fait aucune mention. » (T. I, 1, p. ko.)
!1) Lebeuf suppose que le monastère de Saint- Christophe cr pou voit avoir été placé près de la principale eglise, afin que les religieuses eussent soin de l’entretien des ornemens et du linge, ainsi qu’on en a des exemples à l’égard d’autres cathédrales. ” (T. I, p. 2 3.) Il est possible que les religieuses aient été chargées de ce soin; mais ce n’était là qu’une fonction accessoire: leur principale mission, à notre avis, devait consister dans le service de l’assistance épiscopale.
Il convient d’observer, en effet, que I nstallation d’un asile hospitalier dans les monastères de femmes était obligatoire à cette époque, ainsi que le constatent les prescriptions du Concile d’Aix-la-Chapelle:
rcQuanquam ad portam monasterii locus talis sit rite habendus in quo adventanles quique suscipiantur, oportet tamen ut extra, juxta ecclesiam, scilicet in qua presbyteri cum ministris suis divinum expient officium, sit hospitale pauperum, cui etiam præsit talis qui et avariliam oderit et
hospitalitatem diligat . r> (Labbe et Cossart,
Sacrosancta concilia, t. IX, col. 526.)
Les fouilles exécutées en 1847 sur la place du Parvis avaient mis à découvert les fondations d’une ancienne basilique, démolie à la fin du xue siècle, lorsque l’on avait voulu édifier la façade de la nouvelle cathédrale construite par Maurice de Sully. Or il semble résulter d’une charte de 1208, copiée par Berty dans les Archives de l’Hôtel -Dieu, que l’hôpital occupait le même emplacement que cette basilique: rrHugo, decanus , et capilulum Beate Marie parisiensis, omnibus présentes litteras inspecturis salulem in Domino. Noverint universi
quod in recompensationem quarumdam domorum et edificiorum Domus pauperum, ante portas ecclesie nostre sitorum , pro necessitatibus et utilitatibus fabrice ecclesie dirutorum, assignavimus etconcessimus prefate Domui pauperum viginti quinque iibras parisiensis monete, in proventibus fabrice
anuuatim percipiendas . Actum anno ah Incar-
natione Domini 1208°.»
D’après ce document, M. Coyecque estime que la cathédrale mérovingienne avait dû être convertie en hôpital à la fin du vin' siècle, lorsqu’elle cessa d’être affectée à l’exercice du culte, et cette opinion nous paraît parfaitement rationnelle.
En 829, lorsqu’on voulut faire un hôpital du monastère, la transformation put être opérée sans ditïïculté, puisque l’immeuble appartenait à l’évêque et au Chapitre. S’il en eût été autrement, l’on ne s’expliquerait guère comment les religieuses auraient pu être dépossédées de leur couvent.
De plus, Jaillot observe que l’on ignore ce que devinrent les sœurs après l’érection de l’hôpital, et ce fait confirme notre hypothèse. (T. I, 1, p. 4i.)
11 paraît résulter de là, en effet, que les religieuses n’allèrent pas se fixer ailleurs et qu’elles continuèrent à rester dans la maison pour soigner, comme elles le faisaient auparavant, les pauvres et les malades. Et ce qui rend cette solution parfaitement vraisemblable, c’est que, dans le principe, les sœurs de l’Hôtel-Dieu étaient très nombreuses, puisqu’on jugea nécessaire de les réduire à quarante par un règlement du 2 5 juin 1 293. (Guérard, Cartulaire de l'église de Notre-Dame , t. III, p. 446.)
(2) Voici le texte des prescriptions formulées par le Concile, en ce qui concerne l’assistance épiscopale:
cr Oportet ut prælati ecclesiæ, præcedentium patrum exempla sectantes, aliquod præparenl receptaculum ubi pauperes colligantur et de rebus ecclesiæ tantum ibidem députent unde sumptus necessarios juxta possibilitatem rerum habere valeant, exceptis decimis, quæ de ecclesiæ villis ibidem conferuntur, sed et canonici, lam de frugibus quam etiam de omnibus eleemonisarum oblationibus in usus pauperum décimas libentissime
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-CHRISTOPHE
l’administration devait être confiée aux chanoines. En l’an 829, pour se conformer à ces décisions, l’évêque Inchade transforma définitivement le monastère en un hospice h) qui conserva durant plus de deux siècles le titre de Saint-Christophe, et dont la chapelle du même nom continua à rester une dépendance.
Dans le principe, l’hôpital appartenait par moitié à l’évêque et au Chapitre de Paris. Mais, le 3 décembre de l’an 1006, l’evêque Renaud de Vendôme fit abandon aux chanoines de ses droits^; quant à la chapelle qui était de même une propriété épiscopale, un autre évêque, Guillaume de Montfort, la leur donna, vers la fin de l’année 1097
Dans les dernières années du xn° siècle, il fut nécessaire, pour achever la construction de la façade de la nouvelle cathédrale, édifiée par Maurice de Sully, et pour percer la rue Neuve-Notre-Dame qui devait faciliter l’accès du Parvis, de
ad ipsum conférant hospitale. Et boni testimonii de ipsa congregatione frater constituatur, qui liospites et peregrinos adventantes, utpote Christum inmembris suis, suscipiat eisque necessaria libenter
pro viribus administret . Cletici , namque si
aliis temporibus nequeunt, saltem Quadragesimæ tempore pedes pauperum in competenti lavent hos-
pitali . Quapropter expedit ut in competenti
loco hospitale sit pauperum ubi perfacilis ad illud veniendi conventus fieri possit fratrum. n (Labbe et Cossart, Sacrosancta concilia, t. IX , col. 4g 2.)
(1) C’est ce qui résulte du règlement, fait au mois de juin 829, par l’évêque Inchade, pour le partage des biens de l’église de Paris entre l’évêché et le Chapitre. Après avoir énuméré dans cet acte les propriétés qui doivent constituer la manse canoniale, l’évêque ajoute : crHec ergo omnia, paterna carilate devinctus, petitioni fratrum nostrorum, ego Inchadus promptissime favens, ut jam prelibavimus eorum usibus deputamus. .... Décima quoque earumdem villarum, id est de indomiuicato tantum, detur ad integrum ad illud Hospitale pauperum quod est apud memoriam Beati Christofori, ubi fratres tempore statulo pedes pauperum lavandi gratia confluant. n (Arch. nat. , LL. 177, p. n3; — R. de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris, p. 49.)
t2) ff . Ego Raginaldus , pace Superni , ferula
pastoralitatis Parisiorum moderator. . . . . , notum esse volui omnibus catholice fidei cultoribus, tara succedentibus scilicet quam et presentibus , primores canonice religionis parisiace sedis tribunal numinis vel mansuetudinis convenisse nostri, non indigna pacto rogandi , videlicet quatinus medietatem
Hospitalis Sancti Christophori , pertinentem hactenus presulum dilioni, ad solvendam unitatis integritatem, illorum medietati adjiceremus. Quibus assensum prebendo , benigne impendenles favorem , commodum fecimus eorum satisfieri votis, et concedendo eis, spectabilium presentia utriusque ordinis personarum et reipublice frequentia celus , ob sempiterne remunerationis vicem, obtulimus predictam Hospitalis medietatem, quam, vice beneficii,domnus Lisiernus archidiaconus ex nobis bactenus tenuisse videtur, ut habeant utrasque medietates ad omnem integritatem , nunc et deinceps , predicli canonici Sancte Marie parisiacensis ecclesie, post excessum domni Lisierni archidiaconi, absque omni controversitate et inquietudine ac
omni departicione . » (Arch. nat. , L. 218; —
R. de Lasteyrie , Cartulaire général de Paris , t. I , p. io5.)
Cet acte n’était dans le principe qu’une charte de l’évêque de Paris; il fut transformé plus tard en une bulle apocryphe du pape Jean XVIII, qui avait pour objet d’approuver la cession faite par l’évêque Renaud de ses droits sur l’hôpital.
(3) trEgo Willelmus, Dei misericordia Parisiorum episcopus . canonicis Beate Dei geni-
tricis Marie quandam ecclesiam, infra muros civitatis Parisii sitam et in honore Beati Christophori martyris Deo consecratam , precibus nostrorum amicorum et assensu domini Vulgrini, ejusdem civitatis archidiaconi , liberam et quietam episcopali auctoritate coucedimus et quicquid in ea juris obtinuimus perpetuo eis habendam donamus. Actum Parisius, in capitulo Sancte Marie, anno ab Incarnatione 1097°, régnante Philippo Rege anno 38°,
no
démolir l’hôpital qui commençait, dès cette époque, à être désigné sous le nom d’Hôtel-Dieu. Les nouveaux bâtiments furent construits au sud de remplacement primitif, sur le bord de la rivière, et la chapelle de Saint-Christophe se trouva dès lors isolée. Ce fut sans doute à cette époque quelle fut transformée en église paroissiale, et l’édifice jusqu’alors peu important dut être rebâti dans de plus vastes proportions W. Comme le nouvel Hôtel-Dieu avait ses chapelles particulières, les deux prêtres que le Chapitre désignait pour desservir Saint-Christophe étaient aussi tenus de célébrer alternativement, de semaine en semaine, le service religieux dans l’hôpital et de prêter leur assistance aux malades ils recevaient pour ce service une rétribution annuelle de quarante setiers de blé. Mais cette organisation présentait de sérieux inconvénients, et, en 1272, le Chapitre décida
que deux prêtres seraient spécialement
Willelmi vero anno primo. n (Arch. nat. , K. 20; — R. de Lastevrie, Carlulaire général de Paris , t. I.p. 1 44.)
(l) M. Cocheris indique l’année 1 2 1 5 pour la séparation de l’Hôpital et de la paroisse , d’après un document publié par Guérard, où ces établissements sont l’objet de deux mentions distinctes ( Carlulaire de l'église de Notre-Dame de Paris, t. I, p. 356). Mais elle nous parait nécessairement s’être produite un demi-siècle plus tôt, puisque l’Hôlel-Dieu, ainsi que l’a fait observer M. Coyecque, cessa définitivement de porter le titre de Saint-Christophe dès l’année 1 1 6 h . (L Iiôtel-Dieu de Paris au moyen âge, t. I, p. 21.)
D’après le statut de l’année 1272, publié ciaprès, l’origine de la paroisse remonterait effectivement à l’époque de la construction du nouvel Hôtel-Dieu. Elle serait par suite antérieure de deux siècles à la date indiquée par Du Breul, qui écrivait à ce sujet :
ffL’eglise de S. Christoplde estoit erigée en parroisse dès l’an i3go, comme il appert par une lettre faisant mention de la moitié d’une maison acheptée par les margui Hiers d’icelle eglise audict an, le 12 janvier, de messire Ponce de Belleville, prestre; icelle vendition confirmée par Raoult Descamps , prevosl de la Grande Confrairie Notre-Dame , aux prestres et bourgeois de Paris (à laquelle ladicte moitié de maison devoit par chacun an trois deniers parisis de cens), le 22 juin 1291.» (P. 67.)
<2) Ce règlement, dont la date exacte ne nous est pas connue, doit évidemment avoir été fait aussitôt après la constitution de la paroisse :
rr Duo presbyteri Sancti Christofori instituuntur
affectés à l’Hôtel-Dieu
a Capitule et babent curam pauperum Hospitalis Beate Marie; jurant quoque fidelitatem et obedientiam Capitule. Debent etiam ecclesie sue deservire vicissim, unus scilicet in una septimana et reliquum in altéra , ita quod , uno deserviente in ecclesia Sancti Christofori, aller tenetur in ecclesia Beate Marie quotidianis interesse offîciis ac etiam ille idem cum ei vacaverit. v (Guérard, Carlulaire de T église de Notre-Dame de Paris, t. I, p. h 5 9 . )
Le serment que les curés de Saint-Christophe devaient prêter au Chapitre rappelait cette double
obligation : rrEgo N . , presbvter parrochialis
Sancti Christofori, juro fidelitatem, reverenciam et obedienciam vobis, dominis rneis, decano et Capitulo parisiensi et deservire vicissim, in altérais septimanis, in ecclesia Sancti Christofori, et, cum non ero in septimana, in ecclesia Beate Marie cotidianis
interesse oflîeiis . « (Ibid., t. III, p. 4io.)
(3) Voici le texte de ce statut, qui est analysé en tête de l’Inventaire des Archives de Saint-Christophe (Arch. nat., S. 33 17, fol. 1) comme le plus ancien document intéressant la paroisse :
ffUniversis présentés litteras inspecturis, G. decanus et Capitulum parisienses, salutem in Domino. Nolum facimus quod , cum nohis immédiate subjecti sint, tam in spiritualibus quam in temporalibus, Domus Dei parisiensis fratres et sorores Domus ejusdem , ac etiam ecclesia Sancti Christofori et curati ipsius ecclesie, qui curati hactenus habuerunt et récupérant a nobis curam animarum infirmorum et aliorum degenlium in Domo Dei prefata et totius ejusdem parrochie, neenon a dicta Domo Dei parisiensi quadraginta sextaria bladi pro subslenlatione et labore ipsorum, nos,
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-CHRISTOPHE
L’église paroissiale de Saint-Christophe fut reconstruite de 1/190 à i5io, et, à cette occasion, on ajouta derrière le chœur primitif, qui était semi-circulaire, un chevet carré, en saillie sur la place du Parvis W. Jean Le Maistre, avocat
pensata ulililate Domus Dei el ecclesie predictarum , ac considérantes multa pericula animarum infirmorum in dicta Dorao Dei decedentium, ex eo quod dicli curali existenîes et commorantes extra dictam Domum Dei, in domo ipsoruin parrochiali, cum de nocte nec alias tempore oportuno possint accedere ad confessiones infirmorum dicte Domns Dei audiendas, nec ad exhibendum eisdem alia sacramenta ecclesiastica, ut est opus, ita duximus ordinandum, videlicet quod post cessum seu decessum duorum curatorum dicte ecclesie SancLi Ghristofori qui modo sunt, videlicet Stepbani et Roberli , vel alterius ipsorum , unus solus cnratus remaneat in dicta ecclesia Sancti Ghristofori, qui curam ejusdem parrochie babeat, et de cura infirmorum et aliorum cornmorantium in ipsa Domo Dei nullatenus se de cetera intromiltat, set sit ab ea penitus absolutus, item et quod nichil 1 ecipiat de cetera a dicta Domo Dei de blado predicto , set ipsa Domus Dei a solutione dicti bladi et a prestalione ipsius de cetera remaneat libéra et immunis. Sfatuimus etiam et ordinavimus quod, post cessum seu decessum dictorum duorum curatorum vel alterius eorumdem , instituantur a nobis in dicta Domo Dei parisiensi duo fralres presbileri, qui curam animarum babeant omnium predictorum existentium in Domo Dei predicta, sicut liabebanl presbiteri curati Sancti Christofori prelibali, et quod ipsi infra ambilum dicte domus jaceant, habitent et morentur cum aliis fratribus dicte Domus, penes nos potestate retenta ipsos duos fralres curalos, qui pro tempore inibi fuerint, mutandi, removendi, destituendi, corrigendi et do hiis et aliis ordinandi et faciendi, prout nobis visum fuerit expedire. In cujus rei teslimonium sigillum nostrum litteris presentibus duximus apponendum. Datum anno Domini 12710, mense februario. » (Archives de l'Assistance publique. Fonds de l’Hôtel- Dieu; — L. Brièle et E. Govecque, Archives de V Hôtel-Dieu , n° 758.)
(I) Pour procéder h cette transformation, les marguilliers avaient dû solliciter une autorisation de l’évêque de Paris, Louis de Beaumont :
rtLoys, par la grâce de Dieu et du Sainct Siégé apostolique, evesque de Paris, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Sçavoir fai¬
sons que nous , oye la requesle à nous faicte par les marregliers de l’eglise parrocbial de Sainct Christofle, en la Cité de Paris, ensemble le rapport à nous faict par Nicolas de Mante, maçon juré et garde de la voyerie de nostredit evesché, contenant que comme iceulx marregliers , par l’advis et deliberacion des curé et paroissiens d’icelle eglise ou de la plus saine partie d’eulx, soient délibérés de faire abattre le chevet d’icelle eglise ou partie d’icelluy , lequel est à demy rond du coslé de l’Ostel de la Ilucbete, appartenant à l’Ostel Dieu de Paris , et du costé dudit Ostel Dieu de Paris , et en rediffiant de neuf ledit demy rond, le faire en carré , et, en ce faisant, advancer partie dudit chevet de deux piez ou environ plus avant qu’il n’est sur la terre et voyerie de nostredit evesché en allant au néant audit Ostel de la Huchete; et lequel édifice lesdits curé, marregliers et parroissiens ne pourraient aucunement faire, ne advancer en aucune maniéré, sans nostre congié, licence et auctorité, pourceque ledit bien est en nostre terre et seigneurie, censive, haulte justice, moyenne, basse
et voyerie . Nous, en faveur de ladite eglise
et de monseigneur Sainct Christofle, avons donné et octroié, donnons et octroions par ces présentes auxdits marregliers et paroissiens de ladite eglise monseigneur Saint Christofle congié et licence de faire ou faire faire ledit demy rond à carré, ainsy que dessus est dit et divisé, sauf en ce nostre droit et l’autruy. En lesmoing de ce nous avons fait apposer à ces présentes nostre seel de chambre, ce samedv 20e jour du movs de juillet, l’an i486.» (Arch. nat., L. 634.)
D’autre part , le document suivant semble indiquer que, pour la reconstruction de l’église, il avait fallu empiéter sur la petite ruelle de la Huchette , qui la séparait du collège des Dix-Huit :
rcA nos très chers et honnorez seigneurs messeigneurs Jehan Luillier, doyen, Jehan Du Pleix, soubs chantre, et Jehan Monnet, chanoines de l’eglise de Paris et commissaires de par les doyen et Chapitre d’icelle eglise en ceste partie, Jehan Poireau, maçon, et Nicolas Le Goux, charpentiers maistres des œuvres de maçonnerie et charpenterie de ladite eglise, honneur et reverence. Nosseigneurs , plaise vous savoir que de vostre ordon-
général au Parlement, avait contribué en partie aux dépenses de cette réfection; en souvenir de sa libéralité, ses armes furent sculptées aux clefs de voûte (1).
L’église forma dès lors un édifice rectangulaire limité au nord par la rue Saint- Ghristopbe, à l’est par la rue de Venise, à l’ouest par la place du Parvis^, et au midi par la ruelle de la Huchctte et le collège des Dix-Huit, sur l’emplacement duquel fut établi, après 1670, l’Hospice des Enfants trouvés. Le chœur et la nef la divisaient en deux parties égales. Le maître-autel était adossé au mur de l’abside, et les deux petites chapelles dédiées sous les vocables de la Vierge et de la Trinité à la clôture de bois qui séparait le chœur de la nef. En 1693, cette ancienne clôture fut remplacée par une grille de fer. La façade et l’entrée principale de l’église se trouvaient sur la rue de Venise, mais la grande porte ne servait presque pas et la porte latérale de la rue Saint-Christophe était seule fréquentée.
nance et commandement et à la requeste des marregliers de l’eglise Saint Christofle à Paris, le jeudi 1 G jour de mars, l’an 1 47 4 , nous nous sommes transportez tant en une ruelle commune qui est entre ladite eglise Saint Christofle et le Colleige des Dix Huit clercs, comme en ladite eglise Saint Christofle pour veoir et visiter la place et voirrie estant à l’endroit d’un mur qui reclost sur ladite voirrie , tant ladite allée commune comme partie du chevet de ladite eglise Saint Christofle, assavoir de la voirrie, de la largeur d’icellui mur appartient ausdits escoliers des Dix Huit ou ausdits de l’eglise Saint Christofle , ou quelle quantité en appartient à chacun d’iceulx; lequel mur avecques la voirrie estant à l’endroit d’icelluy, en la presence de Bidon Maillart et Guillaume Treperel, marregliers de ladicte eglise Saint Christofle, d’une part, et de maistre Raimon Audebert , l’un desdils escoliers dudit Colleige, et en l’absence du procureur d’icelluy Colleige, nous avons veu et visité ainsy qu’il appartient et avons trouvé que audit Colleige des Dix Huit ne appartient d’icelluy mur sinon telle portion qu’il peut avoir en la largeur d’icelle allée commune et que tout le surplus d’icelluy mur et voirrie à l’endroit d’icelluy, à prendre depuis la jambe qui reclost ladite allée du costé du chevet d’icelle eglise Saint Christofle, en allant vers ledit chevet, appartient à icelle eglise Saint Christofle, ou cas toutesvoies où il n’y a bornes ou tiltres faisans mention ou contraire; et tout ce vous certifiions estre vray et avoir esté pour nous loyaument fait à vos prières et en tesmoignons par nos sceaulx cv mis, l’an et jour dessus dit. -n (Arch. nat., L. 634.)
(1) Jean Le Maistre ne contribua que partiellement à cette construction, puisqu’il fut nécessaire, pour l’achever, de contracter deux emprunts, l’un en 1 4 9 4 , l’autre en i5o3. Dans un acte de constitution de rente fait par la fabrique, le i3 avril 1 4g4 , les marguilliers constatent que apour aider à continuer, parachever et parfaire les ediflîces commencés à construire et eriger en ladicte eglise, pour assembler, recepvoir et loger le peuple d’icelle ou service divin, leur convenoit et estoit nécessité de finer et trouver deniers comtans, ce qu’ils ne pourroyent et n’estimoient bonnement faire sans vendre et constituer rente sur ledict temporel de ladicte fabricque, attendu le petit nombre des paroissiens d'icelle eglise et que ladicte fabricque n’a aucuns deniers comtans à frayer et employer à la perfection desdicts ediflîces, ce qui interromperoit et delayeroit à y besongner, ce qui y est déjà faict seroit en danger de venir en delerioracion et cbeoir en ruyne.» (Arch. nat. , S. 33 1 6 , fol. 29 v°.)
(2) Le 21 mars 1747, Charles Delépine, architecte expert, qui avait visité l’église, en vertu d’une commission du Procureur général, consignait dans son procès-verbal les observations suivantes :
rrNous avons procédé à la visitte de laditte eglise, que nous avons trouvé avoir quatorze toises et demie de longueur, le tout pris hors œuvre, le tout construit en murs et piliers de pierre, elevé de trente et un pieds ou environ jusques sous l’egout du comble formant un rond point au droit du maître autel, le tout couvert en voûte d’arrete, avec arcs doubleaux et diagonales et formant lunettes au droit des croisées; le dedans de l’eglise séparé en deux dans sa longueur par une grille de
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-CHRISTOPHE
Le bâtiment annexé au chevet servait de sacristie, et le presbytère était installé dans une maison de la rue Saint-Christophe, sise du côté opposé au grand portail, où les marguilliers tenaient aussi leurs assemblées. La circonscription de la paroisse se réduisait aux maisons des rues Saint-Christophe, de Venise, Neuve- Notre-Dame et des Sablons, et de la place du Parvis.
Au milieu du xvme siècle, l’église de Saint-Christophe menaçait ruine et il devenait nécessaire de la restaurer de fond en comble. Mais comme la paroisse était peu importante et n’avait que des ressources insuffisantes h), on trouva plus expédient de la supprimer et de démolir l’édifice, ce qui devait permettre de dégager la place du Parvis et d’agrandir les bâtiments de l’Hospice des Enfants trouvés dont la reconstruction venait justement d’être entreprise®.
fer formant une neffe, où est un buffet d’orgue, un banc de marguillier, des fonts à baptiser et une chere à prescher, deux confessionnaux et deux petits autels adossés contre ladite grille et un chœur garni de stalles hautes et basses, d’un lutrin et banc de chantre, un sanctuaire elevé d’une marche, où est le maitre autel décoré d’architecture, et au derrière une petite sacristie voûtée formant saillie en dehors de ladite eglise, ayant le maitre autel tourné vers l’orient et couvert dans toute sa longueur d’un comble de charpente à deux égouts et couvert d’ardoises prenant croupes arrondies au dessus du maitre autel et pignon du coté du portail avec un clocher au dessus, construit en fléché, couvert d’ardoises; dans laquelle eglise on entre par une grande porte dans le pignon en face de l’autel et par une petite porte dans le mur latéral à gauche; ladite eglise située à l’encognure de la rue Saint-Christophe et de la place au devant de l’eglise de Paris appelée le Parvis Notre Dame, et, par les fouilles que nous avons trouvées précédemment faites au devant du portail de ladite eglise , nous avons reconnu que la fondation en est corrompue dans son alignement et parement, n’ayant été construite qu’en bloquant seulement contre les terres; que toute ladite fondation dans douze pieds de profondeur est en surplomb par devant de dix pouces . ; nous avons reconnu que ladite fon¬
dation sous le mur latéral à droite a tassé et s’est enfoncée, en sorte que l’encognure du portail à droite est plus basse de deux pouces ou environ
que l’encognure à gauche en entrant . ; que
tous les pilliers des murs latéraux penchent et se renversent sur la droite, en sorte que dans la hauteur de vingt un pieds il s’en faut près de six pouces
que lesdits pilliers soient dans leur aplomb . "
(Arch. nat. , S. 33 1 5.)
(1) L’extrait suivant des délibérations de la fabrique permet d’apprécier l’insuffisance de ses l’evenus :
tfCe jourd’huy, î 2 décembre 17A5, en l’assemblée de messieurs les curé et marguilliers eu charge et anciens de l’eglise et fabrique de Saint Christophe, tenue à l’issue des vespres, après convoquation par billets en la maniéré accoutumée, le compte rendu par JVI. Barbe de la recette et dépense qu’il a fait pendant son année de comptabilité a été vu, examiné, apostillé, calculé, clos et arreté, la recette generalle dudit compte contenue en dix chapitres entièrement accordés s’est trouvée monter à la somme de 6,986 liv. 3 s. 6 d. et la dépense generalle dudit compte contenue en six chapitres , y compris celuy de la reprise , aussy entièrement alloués , s’est trouvé monter à la somme de 7,107 liv. i3 sols, partant la dépense s’est trouvé exceder la recette de la somme de 121 liv. 9 s. 2 d. , dont le rendant s’est trouvé en avance et qu’il a prié messieurs les curé et marguilliers d’accepter pour le présent qu’il veut bien faire à la fabrique." (Ibid., L. 63 A.)
(2) Les divers motifs qui justifiaient l’opportunité de celte mesure se trouvent résumés dans le décret de suppression rendu par l’archevêque de Paris, Christophe de Beaumont :
rf A l’occasion des nouveaux édifices de l’Hôpital des Enfaüs trouvés, près l’Hotel Dieu, on auroit reconnu que les fondations du batiment de l’eglise paroissiale de S‘ Christophe en la Cité etoient ruineuses et mal assurées, que les habilans et fabrique de ladite paroisse n’etoient point
IMPRIMERIE N.VTIONA1E.
La fabrique et les notables paroissiens, invités par le promoteur du diocèse à donner leur avis sur cette solution, décidèrent, dans leur assemblée du 2 5 décembre 17 46, qu’il y avait lieu de l’accepter et de réunir la paroisse à celle de Saint-Landry. Mais comme ce choix soulevait quelques difficultés , une autre assemblée tenue le 29 janvier 17/17 opta pour la paroisse de Sainte-Marie-Madeleine. Un concordat intervenu le 1 5 février stipula la réunion de Saint-Christophe à la Madeleine, qui devait entrer en possession de tous les biens meubles et immeubles, des titres et papiers de la paroisse supprimée, à la condition d’acquitter ses fondations et de payer au dernier curé une rente viagère de 800 livres; l’Hôpital des Enfants trouvés prenait à sa charge la démolition de l’église W. Le 2Ô février, le curé se démit de ses fonctions et, le 28, un décret de l’archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, prononça la suppression du titre et de la cure et approuva le concordat, avec cette clause complémentaire que les deux chapelles de la Vierge et de la Trinité seraient transférées dans la chapelle Sainte- Anne de l’église métropolitaine. Ces décisions furent confirmées au mois de mars par des lettres patentes que le Parlement homologua, ainsi que le concordat et le décret d’union, le 27 du même mois, après une rapide enquête, et par des lettres de surannation du 2/1 mars 1761, enregistrées à la Chambre des Comptes le 18 septembre suivant.
L’église de Saint-Christophe fut démolie peu après et la nouvelle église de l’Hospice des Enfants trouvés s’éleva sur une partie de son emplacement.
en état de reparer iesdites fondations, surtout depuis que le nombre des paroissiens etoit considérablement diminué par l’acquisition que le susdit Hôpital avoit faite de plusieurs maisons de la paroisse, pour les employer dans l’emplacement de ses nouveaux batiinens ; qu’en pareil cas les loix canoniques vouloient que l’eglise fût supprimée et le peuple uni à une paroisse voisine dont le pasteur pourroit aisément conduire les fideles des deux paroisses; qu’il y avoit d’autant plus lieu à la suppression de l’eglise paroissiale de S‘ Christophe que c’etoit une petite paroisse et qu’il n’y en avoit déjà que trop de cette nature dans la Cité; que dans ces petites paroisses le service divin ne pouvoit etre fait avec la decence et la dignité qui conviennent dans la capitale, soit à cause de la modicité du revenu des fabriques, soit à cause du petit nombre d’ecclesiastiques qui les desservent
. ; qu’ enfin la suppression de l’eglise contri-
bueroit beaucoup à l’execution du plan arreté de
faire une place reguliere devant l’eglise métropolitaine et d’en rendre l’abord plus facile, surtout pour les jours de grandes solemnités et ceremonies publiques et procureroit en outre aux Enfants trouvés l’air dont ils manquoient, objet qu’on a eu en vue quand on a entrepris les nouveaux batimens dudit Hôpital. * (Arcb. nat., S. 33 1 5. )
(1) Cette clause formait l’article IV du concordat : rrLes pierres des murs et fondemens qui proviendront de la démolition de ladite egiise de Saint Christophe, à l’exception des tombes de pierre et du plomb et des vitrages, seront délaissés à l'Hôpital des Enfans trouvés, ensemble la couverture et la charpente de l’eglise et clocher, à la charge par messieurs les administrateurs de faire les frais de la démolition et de faire transporter aussy à leurs frais dans une cave sous leur nouvelle egiise les cendres et ossemens des deffunts enterrés dans
ladite egiise, pour y rester à toujours . ”
(Ibid.)
ÉPITAPHES DE L’ÉGLISE