LE TELLIER + ANNE DE SOUVRÉ
LO UIS-FR A N Ç OIS-MAR l E + CAMILLE LE TELLIER.
Dans la troisième chapelle du côté gauche avait été érigé le somptueux mausolée de François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, œuvre des sculpteurs Girardon, Martin Desjardins et Van Clèvel2). Ce monument se trouvait adossé à la muraille, vis-à-vis de l’autel, et encadré par une fausse arcade à pilastres cannelés, d’ordre ionique, dont le cintre était occupé par un bas-relief en bronze doré, figurant deux petits génies ailés, portés par des lions, qui tenaient un cartouche orné de l’écusson des Le Tellier, timbré d’une couronne de marquis et entouré des colliers des Ordres du roi.
I n sarcophage de marbre noir veiné de blanc, décoré d’appliques en forme
(1) Dans la transcription de la Coll. Clairambault, elle est appelée Anne.
r- Le corps de Louvois fut d’abord porté dans l’eglise des Invalides, où il resta en dépôt pendant quelques mois, mais depuis il a été transporté dans cette chapelle, où est son tombeau et celui de toute sa famille. Anne de Souvré de Courtenvaux, sa veuve , n’épargna rien pour enrichir cette chapelle de tout ce que l’art peut produire de plus accompli. Elle eut recours aux plus excellens maîtres. Jules- Hardouin Mansart fournit les dessins de l’architecture; François Girardon et Martin Desjardins firent les modèles de toutes les sculptures et furent chargez du soin de les executer. Si le choix que l’on fit de ces habiles artistes leur fit honneur, il n’en fit
pas moins au goût de ceux qui jetterait les yeux sur eux. Il n’y a point, en effet, de chapelle, dans aucune eglise de Paris, plus richement décorée que celle-ci, ni avec plus d’intelligence. Les plus beaux marbres y sont employez et produisent par l’assemblage de leurs couleurs un tout ensemble harmonieux qui satisfait agréablement les yeux. Le fond de ces marbres est de blanc-vêné et renferme des panneaux de verd de Campan. Des colonnes et des pilastres ioniques, dont les hases et les chapiteaux sont de bronze doré et les corps de marbre blancvêné, sont logez dans les encognures de la chapelle et reçoivent les retombées des arcades sous lesquelles sont placées d’un côté l’autel et de l’autre le tombeau. » (Brice, t. I, p. 353.)
COUVENT DES CAPUCINES
de têtes de lions et supporté par deux griffes de lion soutenait une large table de marbre vert sur laquelle étaient placées les statues de Louvois et de sa femme
Mausolée de François-Michel Le TellierO).
Anne de Souvré. Le ministre était représenté revêtu du costume de 1 Ordre du Saint-Esprit, à demi couché, s’appuyant sur le bras droit et portant la main
(1) Réduction d’un dessin en noir et en couleurs de la Coll. Clairambault, n54, fol. 28. (La légende occupe ici la place de l’épitaphe.)
Le mausolée de Louvois a été reproduit dans une
estampe de Brice. (T. I, p. 352; Delamonse del.. Aveline sculp.) Une estampe à peu près identique, sans nom de graveur, a été insérée dans Piganiol, (T. III, p. 45.)
gauche à son cœur; sa femme, agenouillée à ses pieds, offrait l image de la plus vive douleur. La statue de Louvois avait été sculptée par Girardon; celle d’Anne de Souvré, modelée par Martin Desjardins qui mourut sans l’avoir finie , fut achevée par Corneille Van Glève.
Ce mausolée reposait sur un piédestal élevé, en marbre blanc, dont la table supérieure portait au milieu une couronne posée sur un coussin avec draperie et aux extrémités deux lampadaires antiques allumés. Adossées à ce piédestal, deux statues assises, en bronze, figuraient l’une la Prudence, sous la forme de Minerve, le casque en tète, la lance à la main et l’égide à son côté, l’autre la Vigilance, tenant un livre ouvert et ayant une cigogne à ses pieds W.
Sur une plaque de marbre noir qui sement, l’épitaphe suivante était inscri
(1) Le monument funéraire de Louvois dut être transporté par fragments et à diverses reprises au Dépôt des Petits-Augustins , pendant les années 1791 et 1792, puisqu’il est l’objet de plusieurs mentions distinctes dans le Journal de Lenoir :
ffN° 107. Des Capucines de la place Vendôme. Deux enfans montés chacun sur un lion, bas-relief de bronze venant du tombeau de Louvois.
ff 1 1 1 . Une statue de bronze, de grandeur naturelle, représentant la Vigilance et venant du tombeau de Louvois, par Girardon.
tr 1 1 3. Une statue en bronze, représentant la Sagesse, venant du tombeau de Louvois, par Girardon.
ff 1 1 7. Une grande table de vert-campan , venant du tombeau de Louvois, haute de huit pieds trois pouces, large de quatre pieds un pouce.
ff 177. Un groupe de marbre blanc, sculpté par Girardon , représentant le ministre Louvois, un peu plus grand que nature, et près de lui une femme, dans l’attitude de la lecture; le tout posé sur un cénotaphe de marbre noir, venant des Blancs-Manteaux, du tombeau de Le Camus. «
Lenoir décrivait plus tard, d’une singulière façon, le mausolée qu’il avait reconstitué et classé au Musée des monuments français, sous le n" 2o5 : ffUn groupe en marbre blanc, sculpté par Girardon, représentant Michel Le Tellier, marquis de Louvois . A demi couché, comme sur un lit de
repos et vêtu des babils de l’Ordre du Saint-Esprit, ce ministre ambitieux semble encore donner ses audiences. L’Histoire, figurée par une femme qui tient un livre ouvert et assise sur ses genoux, regarde le ministre Louvois en pleurant et lui montre
formait le panneau principal de ce soubasn lettres dorées :
dans ce livre le passage déchirant de ses opérations dans le Palatinat. Au bas, deux figures assises en bronze. ?! ( Musée des monumens français, t. V, p. 106.) Ce mausolée, gravé au trait dans la planche 188, représentait assez exactement le monument primitif; mais le bas-relief en bronze du couronnement ne s’y retrouvait pas. Lenoir nous apprend qu’il avait été envoyé à la fonte. ( Archives du Musée , t. If, p. Go; Notes mss. de Lenoir.)
Dans son Rapport au comte de Vaublanc, Lenoir a signalé le mausolée de Louvois, sous le n° 2o5, avec cette note : rfLe sarcophage et les autres marbres du soubassement viennent des magazins du Musée. « Il ne subsistait donc, en 181 5, du monument primitif que les quatre statues et l’épitaphe.
«■ A la suite de la suppression du Musée, les descendants de Louvois obtinrent, en 1819, l'autorisation de le transférer à Tonnerre. Le choix de ce nouvel emplacement s’explique sans difficulté. Louvois avait acquis de François-Joseph de Clermont le comté de Tonnerre, dont son épitaphe lui donne en effet le titre, et le célèbre château d’Ancy-le-Franc , dont sa famille est demeurée en possession jusqu’à nos jours. Le tombeau a pris place dans l’ancienne et curieuse construction qui sert maintenant de chapelle à l’hôpital fondé en 1293 par Marguerite de Bourgogne, reine de Jérusalem, de Naples et de Sicile, femme de Charles, frère de saint Louis. n (Guilhermy, t. I, p. 73a.)
Il existe , à la Bibliothèque nationale ( Topographie de Paris), deux projets de tombeau pour Louvois , conçus d’après un plan elliptique et plus somptueux encore que celui qui fut exécuté.
COUVENT DES CAPUCINES
(150. — D. O. M. ||- Ici repose haut et puissant seigneur monseigneur François Le Tellier, marquis de Louvois, de Courtanvaux et || de Cruzy, comte de Tonnerre, etc., conseiller du Roi en tous ses Conseils, commandeur et
CHANCELIER DE SES ORDRES, || MINISTRE ET SECRETAIRE d’EtAT AU DEPARTEMENT DE LA GUERRE, SURINTENDANT GENERAL DES POSTES ET RELAIS DE FRANCE, || SURINTEN¬ DANT ET ORDONNATEUR GENERAL DES BATIMENTS ET JARDINS DE SA MAJESTÉ, ARTS ET MANUFACTURES DE FRANCE, ETC.
Avant sa vingtième année, Louis le Grand lui donna la survivance de
LA CHARGE DE SECRETAIRE D’EtAT, AVEC || LE DEPARTEMENT DE LA GUERRE, DONT POUR LORS LE CHANCELIER Le TELLIER SON PERE ETOIT POURVU. L’EXEMPLE ET LES || INSTRUCTIONS DE CE GRAND HOMME LE RENDIRENT BIENTOT CAPABLE D’EXERCER CETTE PLACE IMPORTANTE AU GRÉ DU Roi; AVEC || UN GENIE EGALEMENT ETENDU, PRUDENT ET SOLIDE, IL EMBRASSA EN PEU DE TEMS TOUT CE QUE RENFERME LA SCIENCE DIFFICILE || DE LA GUERRE ET LE VASTE DETAIL DES TROUPES. A PEINE AVOIT IL ATTEINT LA TRENTIEME ANNÉE DE SON AGE QUE, DEVENU [| CAPABLE DES PLUS GRANDES AFFAIRES, IL FUT APPELÉ PAR SA MAJESTÉ DANS SES CONSEILS LES PLUS SECRETS ET HONORÉ DE || SA CONFIANCE. APPLIQUÉ, VIGILANT, INFATIGABLE, PRET EN TOUTES LES OCCASIONS ET LES SAISONS A EXECUTER LES ORDRES || DU Roi DANS LES ENTREPRISES LES PLUS DIFFICILES QUE LUI CONFIA SA MAJESTÉ, JUSTE ET HEUREUX DANS SES MESURES, IL || SERVIT SON MAITRE AVEC UNE ARDEUR TOUJOURS NOUVELLE JUSQU’A LA FIN DE SA VIE, QUI FUT TERMINÉE PAR UNE MORT SUBITE, || A VERSAILLES, LE SEIZIEME JOUR DU MOIS DE JUILLET 1 69 1 . Il A VECU CINQUANTE ANS, SIX MOIS ET SEIZE JOURS.
Dans ce meme tombeau ont été aussi inhumés les corps de madame la
MARQUISE DE LOUVOIS, SA FEMME, DU || MARQUIS DE BARBEZIEUX (I) ET DE l’ABBE
de Louvois (2), leurs enfans.
Anne de Souvré, son épousé, restée seule de son nom et heritiere de sa
MAISON, L’AYANT SURVECU, LUI A FAIT ELEVER CE TCLMBEAU, OU ELLE VEUT QUE SON CORPS SOIT MIS APRES SA MORT. ELLE EST DECEDÉE LE [il DECEMBRE MDCCXV, ÂGÉE DE LXIX ANS, UN JOUR(3)].
Armes. Le Tellier : D'azur à trois lézards d’argent posés en pal et rangés en fasce; au chef cousu de gueules, chargé de trois étoiles d’or.
— Souvré : D’azur à cinq cotices d'or.
Texte d'après l’inscription originale; — Bibl. nat., Coll. Clairambault, 1 154, fol. 23 v°; — Brice, t. I, p. 356; — Guilbermy, t. I , p. 730-733.
(1) Louis-François-Marie Le Tellier, marquis de Barbezieux, secrétaire d’Etat, chancelier et garde des sceaux des Ordres du Boi, + le 5 janvier 1701.
(2) Camille Le Tellier, connu sous le nom d’abbé
de Louvois, docteur de Sorbonne, bibliothécaire du Boi, intendant et garde du cabinet des manucrits et des médailles de Sa Majesté , membre de l’Académie française et membre honoraire de l’Acadé¬
mie des inscriptions et de l’Académie des sciences, t le 5 novembre 1718.
(:|) Le dernier paragraphe de l’épitaphe ne se retrouve ni dans l’inscription originale, ni dans les textes imprimés ; nous l’avons emprunté à la transcription de la Coll. Clairambault.
Peut-être avait-il été gravé sur le socle du mausolée , qui n’a pas subsisté.
IMPRIMERIE NATIONALE