‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 3)Chapitre 127 sur 386 · DU MARAIS · texte numérisé non relu

DU MARAIS

NOTICE HISTORIQUE"1 2

Dans les premières années du xvne siècle, lorsque la population clés Marais du Temple commença à s’accroître sensiblement, les grandes familles qui avaient fixé leur résidence dans ce quartier, gênées par l’éloignement des églises paroissiales^, résolurent de le doter d’un couvent de Capucins. Ce projet fut soumis en 1621 au cardinal de Gondi qui l’approuva et s’entremit auprès du Provincial pour le faire réussir. Le Général de l’Ordre donna son adhésion, et cinq Capucins du laubourg Saint-Honoré, ayant pour supérieur Athanase Molé, frère du procureur général au Parlement, plus tard garde des sceaux, allèrent s’établir au Marais en 1622. Le fermier général Chariot les logea dans une petite maison

(1) D’après le plan de Turgot.

(2) Il y avait bien dans le voisinage les couvenls des Blancs-Manteaux, des Billettes et de Sainte- Croix-de-ia- Bretonnerie. Mais les moines ^vivoient sans régularité, leur commodilé et plutôt en sé¬

culiers qu’en religieux, ce qui reduisoit les liabitans à n’avoir aucune instruction ni assistance spirituelle, tant pour les sains que pour les malades, d (Bibl. nat. mss. , F. fr. nouv. acq. 4 1 35 ; Journal tenu aux Capucins du Marais, fol. 26 v°.)

avec jardin, sise rue cTAngoumois, en attendant qu’ils fussent en possession d’un local propre à l’installation d’un couvent.

Les religieux ne tardèrent pas à trouver un emplacement convenable. Ils demandèrent alors au Grand-Prieur du Temple, Alexandre de Vendôme, dans la censive duquel ils se trouvaient, la décharge de tous droits d’indemnité pour les maisons ou terrains qu ds acquerraient avec le produit des aumônes des personnes pieuses, ce qui leur lut accordé le 8 juin 162 h. Le 27 du même mois, ils achetèrent, dans la rue d’Orléans, un jeu de paume connu sous le nom de Tripot d Orléans, et, le 18 septembre suivant, l'hôtel de la Paulette, avec ses dépendances, situé dans la rue du Perche. Ges acquisitions furent effectuées grâce surtout aux libéralités de M. Chariot. A la fin du xvuL‘ siècle, les Capucins accrurent leur couvent par l’achat des terrains en bordure sur la rue d’Orléans et il une maison sise rue des Quatre-Fils, de sorte que leur enclos formait à peu près exactement un rectangle allongé, limité sur trois côtés par les rues du Perche, d’Orléans et des Quatre-Fils, et sur le derrière, vers la rue V ieille-du- Temple, par des propriétés particulières h).

! Le delà il de ces diverses acquisitions est consigné dans un mémoire conservé aux Archives nationales (S. 8706), que nous résumerons ici :

Le 27 juin 162/1, vente par Nicolas Mallys à Me Charles Regnard , pour le compte des Capucins, rr d’une maison contenant un grand corps de logis

. plus un grand jeu de pauline couvert de

llmilles, appelé le Jeu de paulme d'Orléans, les boutiques au long du mur dudit jeu sur la rue d'Orléans, une grande allée garnie de treilles des deux côtés, le long du mur de la bricolle dudit jeu, qui va jusqu’à la grand place, au bout dudit jeu de paulme, close de murs, ayant deux sorties, l’une par une grande porte cochere sur la rue

d Orléans, l’autre sur la rue du Perche . ces

maisons, jeu de paulme, places et dépendances sis à Paiis, en ladite rue d'Orléans, appelée cv devant les Marais du Temple, tenans tous lesdils lieux d’une part à la rue d’Orléans, d’autre part aux heritiers feu M. Paulet et aux enl’ans et heritiers feu Robert Guillebert, et d’autre bouta la rue du Perche. » Celte acquisition fut payée 45, 000 livres.

Le 18 septembre i6a4, sentence d’adjudication du Châtelet, au même Charles Regnard, par décret forcé, sur Nicolas Paulet, fils et héritier bénéficier de Charles Poulet, «d'une grande maison rue des Quatre-Fils, consistant en trois corps d'hostel

aliénons l’un l’autre . cour à l’entrée, grande

porte cochere, jardin derrière, place à bastir où il

y a aussi porte cochere, ayant issue sur la rue du Perche et Marais du Temple, tenant la totalité desdits lieux d’une part au jeu de Paulme et d’autre au sieur Bouëlte«; moyennant 69,000 livres.

Le 27 juin 1676, Louis de Vaudetar, marquis de Bournonville, et sa femme, Madeleine Bouëtie, vendirent au sieur Michel Charles, secrétaire du Roi, pour le compte des Capucins, «une maison rue des Quaire-Fils, consistant en un grand corps de logis entre cour et jardin , et deux ailes aux

côtés . , grand jardin derrière, appartenances

et dépendances, tenant cl’une partauxdits P. Capucins, d’autre part au jeu de paulme du feu sieur Tartarin, par derrière aux sieurs et dame de Broussin et par devant sur la rue des Quatre-Fils « , pour 28,000 livres.

La dame Bouëtie avait légué celle maison par testament aux Capucins, «ayant désiré qu’elle fût dediée au service de Dieu*. Mais sa fille intenta un procès aux religieux et le legs fut annulé par arrêt du Parlement, le 1 3 juin 1671. On lit à ce sujet dans le Journal tenu aux Capucins du Marais : «Madame Bouëtie nostre voisine, bonne amye et bienfaictrice, nous ayant laissé sa maison en donnation par son testament fait six ans avant sa mort et confirmé par un codicille fait dans sa derniere maladie, nous a laissé aussy, contre sa volonté, un grand procès, parce que M. son fils s’y opposant et alléguant que madame sa mere, ne luy laissant de

COUVENT DES CAPUCINS DU MARAIS

Dès la fin de l’année 1626, les six Capucins W avaient quitté leur demeure de la rue d’Angoumois pour s’installer dans la petite maison de la rue d’Orléans. Leur établissement fut approuvé par des lettres patentes du mois de décembre (2), et ils commencèrent alors à construire une église sur l’emplacement du jeu de paume et à transformer l’hôtel de la Paulette en monastère. En i63/t, ce bâtiment fut en état d’être habité, et on démolit la petite maison, à la place de laquelle furent édifiés le chœur de l’église et la sacristie. De 1695 à 170/1, le couvent fut en partie reconstruit et notablement agrandi.

A la suite de ces transformations, le monastère se trouva composé d’un grand corps de logis, de forme quadrilatérale, avec cour au milieu, sur la rue des Quatre- Fils, et d’un cloître sur la rue du Perche, reliés entre eux par une galerie adossée au mur de l’église, du côté droit, et devant laquelle s’étendait un grand jardin^.

L’église, dédiée sous le titre de l’Immaculée-Conception, était limitée d’un côté par cette galerie et de l’autre par la rue d’Orléans. Elle avait sa grande porte d’entrée dans une cour située à l’angle des rues du Perche et d’Orléans, et

quoy vivre médiocrement selon sa condition, n’avoit pu ny deu faire un si fort legs à son préjudice, ce qui ayant été écouté, le procès gaigné et le testament cassé, en s’accommodant avec luy, 011 luv en paya la somme convenue, comme on peut voir dans le contrat d’accommodement, et ainsv la maison resta aux Capucins et fut renfermée dans la leur, dont on fit les infirmeries, et au dessous la despense. » (Fol. 49.)

Les 22 juin et 12 juillet 1697, le sieur Jean Clozier vendit aux Capucins deux terrains sur la rue d’Orléans à prendre depuis le mur de l’église, l’un pour 2,100 livres, l’autre pour 600.

L’ensemble de ces acquisitions s’était donc élevé à 144,700 livres.

(1) C’est de ce nombre restreint que vint le surnom populaire de Petits-Capucins du Marais. (Journal tenu aux Capucins du Marais, fol. 29.)

(2) Voici le texte de ces lettres patentes : a Nos très chers et bien aymez les religieux de l’Ordre de Saint François, appelez Capucins, nous ont faict dire et remonstrer que les habitans des maisons nouvellement construites aux Marais du Temple, se voyant esloignez de leur parroisse, les auroient appelez pour les secourir, avec le consentement de nostre cher et bien aymé Henry de Gondy, premier archevesque de Paris , et mesmes auroient acquis une maison et un jeu de paulme où ils ont édiiïié une église et ainsy changé le lieu de blasphémés en celuy de louanges à Dieu et de prières continuelles

pour le bien de nostre Estât, et, aflin qu’un tel bien se puisse advancer et l'affermir en telle sorte qu’il ne puisse estre ébranlé et faire recognoistre à chascun que cet établissement nous est très agréable , à ces causes, et desirans participer de plus en plus à leurs prières et oraisons, de nos grâce spéciale, pleine puissance et authorité royale , nous leur avons permis et octroyé, permettons et octroyons, voulions et nous plaist qu’ils puissent et leur soit loysibie faire bastir et construire au lieu ci dessus mentionné un convent et monastère de leur Ordre, sans qu’ils puissent cv après estre recherchés d’aucune chose pour raison de ce, pour quelque cause et occasion que ce soit, mesme pour estre gens de mainmorte ou soubz pretexte de nouveaux acquests ou autrement, dont nous les avons dispensés et dispensons par ces présentes, et leur faisons don et aumosne de la finance qui pourrait estre deue pour

cet esgard à nous ou à nos successeurs . ^

(Arch. nat. , L. 926.)

Les Capucins obtinrent, le 3o décembre 1649, des lettres de surannation, qui furent enregistrées en Parlement le 7 mars i65o. (Ibid.)

(3) D’après la déclaration du 27 février 1790, une partie des bâtiments, sur la rue des Quatre- Fils, était louée à un limonadier; trois échopes, dans la cour, étaient occupées par un écrivain public, un fruitier et un cordonnier, et une boutique dans l’autre cour, sur la rue du Perche, était louée à un mercier. (Ibid., S. 3706.)

IMPRIMERIE NATIONALE

elle communiquait avec le monastère par la sacristie établie sur la droite du sanctuaire. Cette église, construite sur un plan rectangulaire, était d’une extrême simplicité : elle comprenait un chœur peu spacieux et une nef avec quatre chapelles sur la droite et deux petits autels installés dans les fausses arcades du coté gauche. Les chapelles de droite étaient dédiées sous les vocables de la Vierge, de Saint-Joseph, de Saint-François et de Sainte-Anne; celles de gauche, sous les vocables de Saint-Félix et de Saint-Antoine de Padoue. En 1697, grâce à une nouvelle acquisition de terrain, le chevet put être refait et agrandi, ainsi que la sacristie, et le chœur des religieux fut établi derrière le sanctuaire; en 171a, l’on supprima les murs séparatifs des quatre chapelles, pour former un collatéral sur le coté droit.

Trois ans plus tard, les Capucins, grâce cà un legs de douze mille livres qui leur avait été fait par la sœur d’un religieux du couvent, Françoise Rabache, se trouvèrent en mesure de restaurer le bâtiment qui était fort délabré W. Le lieutenant général de police, René de Voyer d’Argenson, syndic honoraire des Capucins, posa, le 21 février 1715, la première pierre des nouvelles constructions, qui furent achevées à la fin de la même année, le plan et les dispositions de l’église primitive n’ayant été nullement modifiés.

Eu vertu de la loi du A février 1791, cette église devint paroissiale, comme deuxième succursale de Saint-Merry ^ sous le titre de Saint-François-d’Assise, tandisque les Capucins, en exécution des arrêtés de la Municipalité des 6 et 16 avril, étaient obligés de quitter leur monastère, à la fin du même mois, pour se transporter dans l’ancien couvent des Pères de la Merci. Elle fut fermée en 1793 et vendue, ainsi que le couvent, le 8 janvier 1798. Les bâtiments conventuels ne tardèrent pas à disparaître; mais, dès i8o3 , l’église fut rendue au culte. Un décret du 20 juin 1811 prescrivit à la Ville de Paris de la racheter, ce qui eut lieu les 2 A octobre el 7 décembre de la même année et elle redevint église paroissiale sous son ancien vocable, auquel fou substitua plus tard celui de Saint-Jean- Saint-François, qu elle conserve actuellement.

(l) Le marché pour ta reconstruction de l'église fut conclu au mois d’août 1716, tries Capucins ayans toujours attendu l’occasion favorable de la rebâtir et la mettre dans un état plus convenable, laquelle se trouva par le décès d’une pieuse damoiselle, sœur d’un Capucin, laquelle avant sa mort destina pour cet édifice la somme de douze mille livres constituées sur l’Hotel de ville de Paris. » (Journal tenu aux Capucins du Marais, fol. 283 v°.)

t2) Dans une requête adressée aux Commissaires de la Municipalité de Paris, les Capucins insistaient pour leur maintien dans le quartier du Marais,

«•attendu la situation de leur couvent, au centre de six grandes paroisses, dont la plus proche d’eux est à la distance d’un quart-d heure; vu aussi les services spirituels qu’ils 11e cessent de rendre aux habitans du quartier indistinctement, mais surtout aux pauvres, aux artisans, aux gens de petit commerce, tous ces motifs leur faisoient regarder leur conservation comme nécessaire en cette maison.» (Arcb. nat. , S. 3706. )

(3) Cet édifice a subi de nos jours diverses transformations intérieures. (Cf. Inventaire général des œuvres d’art de la ville de Pans : Eglises, t. I, p. 295-297.)

Plan du couvent des Capucins du Marais (1>.

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