DE LA RUE CHAPON
NOTICE HISTORIQUE
Le second monastère de religieuses Carmélites établi à Paris fut fondé, grâce à la protection cTAnne d’Autriche, rue Chapon, dans le quartier Saint-Martin des Champs, sous le titre de la Sainte-Mère de Dieu.
La princesse Catherine de Gonzague, veuve de Henri d’Orléans-Longueville, et son fils, qui avaient pris l’initiative de cette fondation, dotèrent la nouvelle communauté d’une somme de trente mille livres et d’une rente annuelle et perpétuelle de deux mille livres, par un contrat du 2 5 octobre 1 6 1 6
(1) D’après le plan de Turgot.
(2) rc Madame Catherine de Gonzague, .
tant en son nom que comme tutrice soy faisant et portant fort de très hault et puissant prince monseigneur Henry d’Orléans son fds . , auquel
elle promet faire ratilïier et avoir pour agréable le contenu en les présentes, si tost et inconstinenl qu'il aura atleinct l’aage de vingt cinq ans et audict contenu le faire obliger et en fournir lettres de ratification et obligation, disant madicte darne
IMPRIMERIE NATIONALE
Les religieuses avaient eu tout d’abord le dessein d’acquérir l’hôtel des comtes de Ghâlons; mais comme cette affaire traînait en longueur, elles s’installèrent provisoirement, le 8 septembre tGiy, dans une maison voisine, qui avait appartenu à la famille Thiersault W.
que, pour te zele, affection et singulière dévotion qu’elle et mondict seigneur son (ils ont toujours eue et ont encore envers l'Ordre des relligieuses de Noslre Dame du Mont de Carmel de la première
réglé . , ils avoient eu volonté et intention de
fonder ung autre convent et monastère de relligieuses dudict Ordre en ceste ville de Paris, au dedans des murs et enclos d'icelle, pour y estre mis et entretenu le nombre de relligieuses qu’il conviendra, selon le revenu et commodité d’icelle et constitutions dudict Ordre, et servir de reffuge aux relligieuses du mesme Ordre establies au l'aulxbourg Saint Jacques de ceste ville, en cas de trouble et qu'il y eust apparence de quelque danger pour elles à cause de leur scitualion hors les murs de ladicte ville; et pour y parvenir et participer par eulx aux prières qui s’y feront, le dopter de quelque revenu temporel , mesme de donner quelque somme de deniers pour subvenir a le bastir et ediflier; ce que madicte dame avoit faict entendre à révérend pere Pierre de Berulle, estably par noslre Sainct Pere le pape Paul Ve pour visiteur perpétuel desdictes relligieuses Carmelines en France, et après en avoir avecque luv conféré et delliberé, il auroit loué et agréé l’intention et volonté de madicte dame et de mondict seigneur son fils, comme plaine de pielté et de religion , juste et civille, consenty et accepté ladicte fondation ; pour à quoy parvenir, madicte dame, esdicts noms, de sa liberalle volonté a promis, promet et gaige donner, paier et mettre en main desdictes relligieuses, leurs supérieurs ou autres ayans pouvoir d’eulx, pour subvenir et aider à la fondation et establissement dudict convent dudict Ordre, en ceste ville de Paris, au dedans des murs et enclos d’icelle, la somme de trente mil livres tournois, paiable toultefois à la commodité de madicte dame, et s’il advenoit, que Dieu ne veuille, le deceds de madicte dame auparavant le paiement faict de ladicte somme, veull et entend madicte dame que, ung an après sondict deceds, ladicte somme, ou ce qui en restera, soit payée et prise sur tous ses biens presens et à venir, que dès à présent elle en a obligé et ypolhecqué, et pour donner moyen auxdictes relligieuses qui seront audict nouveau convent de vivre, s’entretenir, exer¬
cer leurs fonctions et supporter les charges d’iceluy, madicte dame, esdicts noms, donne, cedde et transporte dès à présent et promet garantir, fournir et laire valoir audict convent, ce acceptant par ledict sieur de Berulle pour ycelluy convent, deux mil livres tournois île rente annuelle à prendre et percepvoir par cliascun an sur plus grande rente appartenante audict seigneur duc de Longueville, à prendre sur les Aydes de Bar sur Aulbe , pour commencer et en jouir du jour que lesdictes relligieuses
entreront audict nouveau convent . Faict et
passé audict hoslel de Longueville, le mardy 25e jour d’octobre 1 616.» (Arch. nat., Y. 1 5 8 , fol. 470.)
Le contrat de fondation fut ratifié et approuvé par le jeune duc de Longueville, le mardi 1 1 octobre 1617. (Ibicl., fol. 471.)
(l) fr La mère Madeleine de Saint-Joseph commença par se loger, en attendant l’acquisition de l’hôtel de Chalons, dans une maison voisine appartenant à une demoiselle qui se fit, par la suite, religieuse en ce convent. * (Sauvai, t. II, p. 675.) D’après un mémoire manuscrit (Arch. nat. , S. 4,65j ), cette demoiselle, qui était Jeanne d’Auvergne, veuve de Nicolas Thiersault, avait donné l'immeuble aux Carmélites, en faisant profession. Mais cette assertion doit être inexacte, puisque, lors du partage des biens entre les membres de la famille Thiersault, la maison fut attribuée à Pierre Thiersault, prêtre de l’Oratoire, fils de Nicolas, qui la vendit aux religieuses, le 10 juillet 1617. Il est dit, en effet, dans un acte notarié : «La maison en laquelle les Carmélites sont à présent demeurantes, en la rue Chapon, consiste en plusieurs corps d’hostel, court, jardin , ayant son issue principale sur ladite rue et une autre par derrière sur la rue Courtault Vilain , tenant d’une part à M. de
Machault . Ladite maison appartenant auxdites
religieuses , suivant le contract d’acquisition quelles ont fait de M" Pierre Thiersault, à présent prestre religieux de ladite congrégation de l’Oratoire. * (Bibl. hist. de la ville de Paris, Dossier IIP).
Lorsque les religieuses eurent obtenu la promesse de vente de l’hôtel de Châlons , elles cédèrent la jouissance de cette maison à René de Marillac, par contrat du 29 juillet 1619. (Ibid.)
COUVENT DES CARMÉLITES DE LA RUE CHAPON
Au bout de deux ans, les négociations pour l’achat de l’hôtel de Châlons aboutirent à une solution. La vente fut réalisée pour la somme de cent vingt mille livres par l’évêque de Châlons, Cosme Clausse, le 6 août 1619, approuvée par le Chapitre, le 1 9 du même mois, et confirmée par l’archevêque de Reims, le 6 septembre. Elle fut également homologuée par des lettres patentes du 2 3 janvier 1621, enregistrées au Parlement le 16 mars 1622. Dès le mois d’octobre 1619, les Carmélites, quittant leur première résidence, avaient pris possession de l’hôtel, qu’elles agrandirent et transformèrent, et elles firent construire une église qui fut dédiée en 1625. Louis XIV, par ses lettres patentes du mois d’avril 1688, enregistrées le 1 7 août suivant, confirma leur établissement^.
Le monastère des Carmélites occupait, vis-à-vis du cimetière de Saint-Nicolas, l’emplacement limité par les rues Chapon, Transnonain et Courtaut-Vilain. L’église, qui se trouvait à l’angle de ces deux dernières rues, était bâtie en forme de rectangle allongé; elle comprenait le chœur des religieuses, un sanctuaire peu étendu et une nef assez vaste, sur laquelle ouvraient quatre chapelles (3b
Après la dispersion des religieuses, les bâtiments conventuels furent vendus le 23 prairial an iv (11 juin 1796), et l’église servit quelque temps de salle de théâtre et de danse sous le Directoire. Vers l’année 181 3, les immeubles furent transformés en maisons particulières.
(1) Celte acquisition fut payée grâce à une importante donation faite aux Carmélites par la marquise de Maignelay et sa fille , la duchesse d’Halluin , le 16 juin 1619. rrHaulte et puissante dame Claude Marguerite de Gondy, veufve de liault et puissant seigneur M‘ Florimond d’Halluin, en son vivant chevalier, marquis de Maignelay et autres lieux, et darnoiselle Anne, duchesse d’Halluin, sa fille. . . suivant la bonne volonté et affection et dévotion que dès longtemps elles portent à l’Ordre des religieuses de Nostre Dame du Mont de Carmel, mesme à celles du monastère de la Mere de Dieu , establies depuis ung ou deux ans au dedans de ceste ville de Paris, en la paroisse Sainct Nicolas des Champs, considérant que le lieu où elles demeurent n’est pas capable d’y faire et disposer un monastère et les lieux réguliers, selon la maniéré et réglé de leur profession , qu’elles n’v peuvent longtemps séjourner sans un notable préjudice à leur santé, et qu’il leur est necessaire d’acquérir une autre place ou maison plus grande, en laquelle elles puissent avoir une eglise et les autres lieux et offices réguliers et ordinaires , pour y servir Dieu et y vivre selon la coustume de leur Ordre. . . , pour donner moyen et aider auxdictes religieuses à l’acquisition d’une place et maison, à la condi¬
tion cy dessus déclarée, de leurs bons grez, pures, franches et liberalles volontez, comme elles ont dit, ont donné, ceddé et transporté par ces présentes, par forme de fondation et dotation et par donation pure entre vifs, perpétuelle et irrevocable, aux religieuses, prieure et couvent du monastère
de la Mere de Dieu . , unze cens vingt cinq livres
tournois de rente, au denier seize, appartenantes
à ladicte darnoiselle duchesse d’Halluin . , pour
icelle rente employer au besoing pour partie de l’acquisition qu’elles feront d’une place et maison capable et suffisante, au-dedans de ladicte ville, pour la construction d’un monastère . , poul¬
ies causes et raisons ci dessus exposées, et que telle est leur volonté, et pour eslre participantes aux prières et mérités desdictes religieuses présentes et à venir, comme fondatrices de ladicte maison , après Madame la duchesse de Longueville et Monsieur le duc de Longueville et de Touteville, son fils . -n (Arch. nat. , Y. 1G0, fol. 3ao v°.)
l2> Cf. Félibien, t. V, p. 235.
(3) Nous ne connaissons le vocable que d’une seule, celle de Sainte-Thérèse; les autres étaient désignées par les noms des familles auxquelles elles avaient été concédées : chapelles de Gondy, de MM. Rebours et Du Mée.
ÉPITAPHES DU COUVENT
EGLISE
NEF