‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 319 sur 442 · AO · texte numérisé non relu

AO

Louanges h). La fondation du nouveau monastère, placé sous l’invocation de la Sainte-Trinité, fut ratifiée par des lettres-patentes de Henri IV du mois de mars 1G10 et par un brevet du icr juillet suivant, confirmatif de celui de 1607, aux termes desquels le roi accordait aux religieux les exemptions et franchises dont jouissaient les autres Augustins établis dans le royaume. Elle fut également approuvée par un bref du pape Paul V, du meme mois. Mais en 1612, la reine, peu satisfaite, paraît-il, des rigueurs du P. Amet à son égard, déposséda les Augustins déchaussés de tout ce quelle leur avait donné, sous prétexte qu’ils ne pouvaient pas remplir exactement les conditions du contrat qu’elle avait conclu avec cux('2). Toutefois, pour continuer à s’acquitter de son vœu et ne pas changer

un autel pour rendre grâces à Dieu lorsqu’il l’auroit heureusement reconduite en sa terre; S. M. a voué, pour faire ledict autel de Jacob, de faire bastir, construire, édifier, fonder et renter, au lieu le plus commode et le plus proche de sa plus ordinaire demeure, un monastère des Augustins reformez deschaux, jusqu'au nombre de vingt pour le

moins . Icelle dame Royne , de son bon gTé ,

franche et libre volonté', et afin de commencer de satisfaire audict vœu et promesse, qui est de faire ledict couvent au lieu le plus commode et plus proche de sa plus ordinaire demeure, lequel sera appelé l’autel de Jacob, qui sera composé d’une grande eglise pour célébrer le divin service de Foffice ordinaire qu’ont accoustumé dire , chanter et celebrer les religieux Augustins reformez deschaux qu elle y met, qui sera nommée de la Saincle Trinité, et une autre chapelle nommée la chapelle des Louanges où se fera la prière perpétuelle a l’intention de Sa Majesté, auquel monastère y aura vingt religieux pour le moins, six Peres et quatorze

Frères . Reconnoisl et confesse ladicte dame

royne avoir donné, cédé, quitté, transporté par ces présentes, du tout, dez maintenant et à tousjours, par donation pure, simple, faicte entre vifs, sans esperance de la pouvoir revocquer . . aux révérends Peres dudict Ordre des Augustins reformez deschaux, les RR. PI*. Mathieu de Sainte-Françoise, vicaire general dudict Ordre, et François Amet, procureur general dudict Ordre, ce acceptons, tant pour eulx que pour ledict convent, c’est à scavoir un corps de logis consistant en trois travées, appliquées à salette et cuisine, un petit appenlif attenant, appliqué à garde-manger, une petite cour, un jardin dans lequel ladicte dame a fait bastir la chappelle en forme de dôme et petits murs de cloislre, le tout assis ezdicts fauxbourgs de Sainct Germain

en la petite rüe de Seine, ayant entrée par icelle. . . contenant, tout ensemble, demi-arpent de terre ou

environ . item un grand jardin clos de murs,

la pluspart planté de grands arbres fruitiers et

treilles à l’entour, assis ez fauxbourgs . les-

dicts six arpens ci-devant appelez le Petit Pré aux Clers , sis aux faubourgs Sainct Germain des Prés . . . à ladicte dame appartenant au moyen dubail a rente à elle fait par messieurs les recteur et supposts de l’Université de Paris. Et outre icelle dame a promis de parfournir revenu suffisant jusqu’à la somme de six mille livres par au, déduction faicte de ce qui aura esté baillé desdictes terres pour l’entretien des six Peres prestres dudict Ordre et quatorze Frères. « (Arch. nat. , S. 3643.)

Les Augustins ne gardèrent pas longtemps la jouissance du Petit Pré-aux-Glercs; le 1 5 avril 1 6 1 4 l'Université avait obtenu des lettres de rescission pour annuler le contrat conclu avec la reine Marguerite, et le terrain lui fut restitué par un arrêt du Parlement du 23 décembre 1622.

(1) Cette chapelle, de forme hexagonale, était voûtée en coupole, cia première qu’on eut veüe à Paris bastie de cette forme», observe Félibien. Du Breul nous a conservé l’inscription de la première pierre, qui avait été posée le 21 mars 1608 (p. 57i).

(2) Dans le contrat en faveur des Augustins de Bourges, la reine observait, pour justifier la révocation de sa donation antérieure, qu’elle avait été faite : cEnlr 'autres conditions que les religieux qui y seraient establis chanteraient et feraient le service à haulte voix, comme font les autres Augustins; et d'ailleurs que Sa Majesté a entendu que lesdicts Augustins reformez deschaux ne peuvent par leurs constitutions tenir ne posséder aucunes rentes ne possessions, ne mesrne chanter à nottes, qui sont

COUVENT DES AUGUSTINS RÉFORMÉS

la destination religieuse de la maison qu'ils avaient occupée, elle décida d’y établir des Augustins, de la Réforme de Bourges, quelle fît venir de Lagny-sur- Marne. Par une donation entre vifs du 21 avril 161 3, elle céda le couvent au prieur Michel Pellet et à ses religieux et s’engagea à leur bâtir une église et à leur assurer, aussitôt qu’elle le pourrait, une rente de six mille livres. Le pape Paul V approuva, par un bref du tô août 161 3, cette nouvelle fondation, qui fut également ratifiée par l’évêque de Paris, le 19 octobre, et confirmée par des lettres patentes de Louis XIII du mois de décembre de la même année, enregistrées en Parlement le 1 9 février 1 6 1 A W.

Mais, lorsque la reine Marguerite mourut, le 27 mars 1 6 1 5 , elle n’avait pas encore pu remplir ses engagements envers la communauté , et, par son testament, elle avait recommandé à la reine-mère et au roi, auquel elle avait donné tous ses biens de son vivant en se réservant seulement l’usufruit, de mettre ses promesses à exécution^. Celte recommandation paraît d’ailleurs être restée sans effet, et les religieux se trouvèrent dans une situation fort embarrassée, avec un couvent insuffisant, peu de ressources et point d’église^.

La générosité des fidèles devait suppléer aux libéralités royales, et c’est ainsi que l’église, dont la première pierre avait été posée le i5 mai 1617 par Anne d’Autriche, fut édifiée en moins de deux ans et dédiée à Saint-Nicolas de Tolentin. La construction des bâtiments conventuels fut entreprise aussitôt après.

Le couvent, suffisamment vaste et bien disposé, fut restauré depuis à diverses reprises. 11 avait son entrée sur la rue des Petits-Augustins W et comprenait une

choses du tout contraires à son intention. » — rr Raisons frivoles, remarque à bon droit Piganiol, car, lorsque cette princesse avoittraité avec les Augustins déchaussés, elle n’ignoroit pas que ces Peres ne pouvoient posséder des rentes sans violer leurs statuts

et qu'ils ne chantoient point le plain-chant .

La véritable raison étoit celle qu’elle n’osoit dire; c’est quelle étoit piquée au vif de la liberté et de la vigueur évangélique avec lesquelles le P. François Amet la reprenoit de ses fautes dans le tribunal de la pénitence.» (T. VIII, p. 287.)

(1) Malingre a publié le texte des divers documents concernant l’établissement des Augustins de Bourges au faubourg Saint-Germain, contrat de fondation, bref du pape, approbation de l'évêque de Paris et de l’abbé de Saint-Germain-des-Prés, lettres patentes du roi, etc. (p. 378-879).

(2) Par son testament, fait deux jours avant sa mort, le 25 mars 161 5, la reine Marguerite suppliait cr le Roy et la Royne, sa mere, de vouloir prendre et accepter tous et chacun ses biens tant meubles qu’immeubles, lesquels elle s’est reservez

parla derniere donation faicte à Sa Majesté, estant alors Dauphin, et dont elle jouit h présent, à la charge de satisfaire au conlract de fondation faict par ladicle dame Royne Marguerite, au prolîct des Augustins reformez de la congrégation de Bourges» . (Félibien, t. IV, p. 4g.)

(3) Dès l’année 161 5 les Augustins avaient présenté diverses requêtes au roi pour obtenir l’exécution de ces promesses. Par un arrêt du Conseil , en date du 27 avril 1623, il fut décidé que rrl’on devoit, sur les premiers et plus clairs deniers extraordinaires qui surviendraient à Sa Majesté, faire un fonds de quelque somme en faveur des supplians, pour tenir lieu des six mille livres de rente à eulx léguées par la Royne Marguerite, et ce pendant leur faire payer par le trésorier de l’espargne la somme de i,5oo livres par an». (Arch. nat. , S. 3643.)

(4) On avait donné aux religieux le nom de Petits- Augustins pour les distinguer des Grands-Augustins ; cette appellation fut étendue, vers le milieu du xviP siècle, à la petite rue de Seine.

IMPRIMERIE NATIONALE

vaste cour, avec l’église et le grand cloître à droite, auquel donnait accès une porte monumentale, et au fond un petit cloître, derrière lequel se trouvaient de grands jardins.

L’église se composait d’une simple nef, en forme de rectangle allongé, voûtée en bois, éclairée par des œils de bœuf alternant avec des fenêtres carrées. Aux murs des deux cotés se trouvaient adossés six autels, servant de chapelles et dédiés sous les vocables de Saint-Claude, de la Vierge et de Sainte-Félicieime, de Sainte-Anne, de Saint-Augustin et de Sainte-Monique (1). L’ancienne chapelle des Louanges, appelée plus tard chapelle des Evêques, que l’on avait annexée à I église, avait son entrée sur la gauche du maître-autel.

En 1789, lors des concentrations de troupes qui eurent lieu à Paris, les Augustins proposèrent à la municipalité de convertir leur cloître en hôpital. Cette offre patriotique ne les préserva pas de la suppression qui atteignit les communautés religieuses. A la fin du mois de mai 1791, ils durent quitter leur monastère, qui servit peu après à recueillir les richesses artistiques provenant des anciennes églises et couvents de Paris. La garde de cet établissement, auquel on donna le nom de Dépôt des Petits-Augustins, fut confiée à un architecte, Alexandre Lenoir, qui obtint, le 29 vendémiaire an iv (21 octobre 1796), l’autorisation de le transformer en Musée des monuments français, et travailla durant vingt ans à y réunir la plus magnifique collection de sculptures françaises du Moyen-âge et delà Renaissance qui ait jamais existé. Le gouvernement de la Restauration ne paraît pas avoir apprécié à sa juste valeur l’œuvre éminemment nationale que Lenoir avait créée; il commença par réduire l’espace affecté au Musée en attribuant aux hospices delà ville une partie des jardins, pour agrandir les magasins du Mont-de- PiétéC'-). Puis il décida, par une ordonnance du 2/1 avril 1 8 1 G , que les statues et les tombeaux de Saint-Denis seraient restitués à l’église abbatiale; c’était du même coup supprimer le Musée, dont ils formaient la principale richesse. Une autre ordonnance, du 18 décembre suivant, affecta le local à l’installation de l'Ecole royale et spéciale des beaux-arts. La construction de la nouvelle Ecole, dirigée par l’architecte Debret, fut commencée en 1820 sur l’emplacement de l’ancien couvent, dont on ne laissa guère subsister que l’église et la chapelle de la reine Marguerite avec une partie du cloilre et des jardins.

(i) Les vocables de ces chapelles se trouvent mentionnés dans le Procès-verbal d’inventaire du couvent dressé le 28 septembre 1790. (Arcb. nat. , S. 3 64 1 . )

D’après Brice, la chapelle de Sainte-Anne appar¬

tenait à Claude de Pécoil, maître des requêtes; d après Piganiol , la chapelle de Saint-Claude était le lieu de la sépulture de la famille Le Boulanger.

(S) Ordonnance du 3o août 181 A. ( Archives du musée, t. 1, n° CCCCXLII.)

COUVENT DES AUGUSTINS RÉFORMÉS

ÉPITAPHES DU COUVENT

Page 1