JEAN-BAPTISTE COLBERT
Le mausolée de Colbert, exécuté par Antoine Coysevox et J.-B. Tuby, sur les dessins du peintre Lebrun, avait été dressé sous l’arcade qui séparait la chapelle de la Vierge de la chapelle de Notre-Dame-des-Vertus.
Un large soubassement rectangulaire de marbre blanc, avec application de plaque de marbre noir, qui reliait les pieds-droits de l’arcade, supportait un large cénotaphe posé sur deux piédestaux avec socles carrés, le tout en marbre noir, décoré d’ornements en bronze doré, mufles, pattes de lion et monogrammes entourés de couronnes de laurier. Une statue de grandeur naturelle, en marbre blanc, représentant le ministre défunt, revêtu du costume de l’ordre du Saint- Esprit, posée sur le sarcophage, avec les colliers des ordres du roi, à genoux et les mains jointes, devant un ange assis et adossé à l’arcade, qui tenait un livre ouvert. Aux côtés de ce monument, deux statues en marbre blanc personnifiaient l’une l’Abondance et l’autre la Religion. Coysevox avait sculpté la statue de Colbert et celle de l’Abondance; les deux autres étaient l’œuvre de Tuby^^b
Les pieds-droits et le cintre de l’arcade avaient été entièrement revêtus de plaques de marbre noir, encadrées de marbre blanc avec application de riches guirlandes de feuillages ; l’entablement de cette décoration portait dans un médaillon ovale l’écusson de Colbert, timbré d’un heaume à lambrequins,
en marbre de Colbert sculpté par Coïsevox; plus une figure allégorique en marbre blanc, accessoire du même monument, venant de Saint-Eustache.
rr2 53. Le 8 dudit ventôse, j’ai reçu du citoyen BeUier une statue en marbre blanc , faisant partie du tombeau de Colbert, venant de Saint-Eustacbe^ {Ibid., t. II, p. 126). Les deux dernières mentions se rapportant très nettement aux trois grandes statues du tombeau de Colbert, la première doit être considérée comme inexacte; elle ne peut s’appliquer, en effet, à la statue de l’ange, représenté assis , non à genoux , et qui d’ailleurs avait été détruite, ainsi que Lenoir l’a constaté lui-même, (rpar des ennemis des artsn. {Musée des monuments français, t. V, p. 101, notes.) Le tombeau de Colbert fut reconstitué par Lenoir au Musée des monuments français {Ibid., et planche hors texte), d’où il sortit environ six ans après pour être réintégré dans l’église Saint-Eustache. L’état des monuments réclamés par les fabriqries des églises porte qu’il fut rendu à cette église le i5 mai-s 1817. {Archives du Musée, t. III, p. 2 64.) Il a été reconstitué depuis dans la Chapelle de la Vierge.
soit mis au devant du tombeau et mausolé dudit deffunt seigneur Colbert, à l’avenir, pour quelque cause ni occasion que ce soit, aucune tenture de tapisserie, serges, draps de deuil ni autre chose qui puisse en empeclier la veue.n (Arcb. nat. , LL 728 , fol. 297 v°.)
Le mausolée de Colbert fut transporté par fragments au Dépôt des Petits- Augustins. Dans une Note de Lenoir relative aux monuments entrés au Dépôt pendant la Terreur, on trouve les mentions suivantes ;
fri72. Le 16 frimaire, an II [6 décembre 1798], reçu du citoyen Leclerc , ciseleur, rue Saint Eloi , n° 29, quatre médaillons en cuivre, dont deux bas reliefs et deux inscriptions provenant du tombeau de Colbert, qui était à Saint Eustache.Ti {Archives du Musée, t. II, p. io5.)
tf25o. Le7 dudit ventôse, an II [19 février 1794], j’ai reçu du citoyen Bellier un fragment de marbre, représentant une figure à genoux, qu’il m’a dit provenir du tombeau de Colbert, qui étoit à Saint Eus tache.
tr 2 5 1 . Ledit , reçu du même la statue à genoux et
entouré du collier du Saint-Esprit et soutenu par deux licornes; au-dessus était posée une croix entre deux vases lumants. Tous ces ornements étaient en bronze doré, de même que les médaillons et les cartouches appliqués contre les pilastres.
L’un de ces médaillons, du côté de la statue de la Religion, représentait Joseph occupé à faire distribuer du blé au peuple d’Egypte avec cette inscription : Acceptus EST Régi ministeh intelligens, Proverb. lâ, et plus bas, sur le socle de la statue : t)uÆ SUINT Cæsauis, Gesari ; l’autre médadlon, du côté de la statue de l’Abondance, tigurait Daniel transmettant aux satrapes et gouverneurs de Perse les ordres du roi Darius, avec ce texte : Gulpa et suspigio non inventa est in eo, Daniel 6, et plus bas, sur le socle de la statue : QuyE sunt Dei, Deo.
Ges emblèmes et ces légendes avaient été choisis par l’abbé Gallois, de l’Académie française, désireux de témoigner ainsi sa reconnaissance au ministre qui l’avait honoré de ses bienfaits. Ge même abbé avait rédigé la première épitaphe primitive de Golbert, dénaturée quarante ans plus tard par une fâcheuse addition h), et qui, sous sa forme définitive, était ainsi conçue :
1606. - D. O. M. Il Ex PRÆCLARA AC PERNOBILI STIRPE || EQUITUM COLBERTO-
RUM, Il QUI ANNO DOMINl M CC L XXXIII || EX SCOTIA IN GALI.IAM TRANSMIGRAVERUNT, j| ORTUS EST VIR MAGNUS |] JoANNES BaPTIST.A CoLBERT, || MARCHIO DE SeIGNELAY,|| Régi administer, œrarii rationes in certum ac facilem ordinem régit, || rem
NAVALEM INSTAURAVIT, || PROMOVIT COMMERCIUM, || BONARUM ARTIUM STUDIA FOVTT, SUMMA REGNI NEGOTIA || PARI SAPIENTIA ET EQUITATE GESSIT; || FIDUS, INTEGER, PROVIDUS, Il LuDOVICO MAGNO PLACUIT. Il ObIIT PARISIIS, ANNO DoMINI m DCL XXXIII, Il ÆTATIS SUÆ LXIIII. || OrATE ET FLETE.
Ms. D, fol. 237 (reproduction figurée); — Pigaiiiol, t. lit, p. i83.
La première é[)itaphe commençait simplement par les mots Joannes Baptista Colbert, ainsi que le constate une note du ms. D ; rfCecy est de M. l’abbé Gallois, fait dès le temps de M. le marquis de Seignelay, ministre d’Estat.^ Une autre note observe à propos de l’addition des jiremières lignes : trCe sont MM. de Creuilly et comte de Seignelay qui ont fait poser cette épitaphe en 1 72 S.” La nouvelle épitaphe, par suite des justes critiques qu’elle avait provoquées, ne resta pas longtem[)s en évidence, ainsi que nous l’appi'end le dernier éditeur de Piganiol (t. 111. p. i83) : rrMM. Piga-
niol et Brice ont avancé l’un et l’autre, dans la description de ce mausolée qu’il étoil sans épitaphe ; une telle omission ne paroissant pas vraisemblable, on s’est donné la peine de chercher et enfin on a trouvé cette épitaphe derrière le mausolée, dans un endroit fort obscur. .4pparemment l’on n’a pas osé exposer au grand jour une origine illustre dont M. Colbert avoit eu la faiblesse d’être daté. Un aussi grand ministre avoit-il besoin d’autre chose que de ses rares qualités et des services importants qu’il rendoit à la France, pour prétendre à l'Immortalité?’»
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-EUSTACHE
Mausolée de Jean-Baptiste Colbert t’b
d) Réduction d’un dessin en noir et en couleurs du ms. 1287 (fol. i3) de fa collection Glairambault. 11 existe des dessins analogues dans le
ms. 1269 (fol. 11 5) de la même collection. Ce monument a été reproduit dans une planche hors texte de Piganiol (t. 111, p. 181).