‹ Épitaphier du vieux ParisChapitre 15 sur 323 · Thiery, op. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

Thiery, op. cit., t. I, p

5. Gazette nationale ou Le Moniteur universel, n° 246, 6 prairial an X [26 mai 1802], p. 1015-1016.

qu’elle allait saccager. Le lendemain, vers 6 h. 30, la populace retourna à Saint- Germain l’Auxerrois : « en moins d’une heure, écrit Troche 1, la belle église fut méconnaissable ». Tout fut saccagé : les grilles du chœur furent démantelées, la chaire brisée, le banc d’œuvre en partie fracassé, les autels renversés, les confessionnaux mis en pièce, les tableaux lacérés, les bénitiers et la cuve baptismale cassés, les troncs fracturés, les vitraux brisés à coups de pierres, les tombeaux violés. La sacristie ne fut pas épargnée : livres émiettés, vases sacrés, reliquaires et ornements mis en pièces.

L’église était alors à ce point ruinée qu’on songea un moment à la démolir. On reprit un vieux projet, celui du percement d’une rue en face de la colonnade du Louvre; on proposa même d’élever à l’emplacement de l’église un monument en l’honneur des morts de juillet 1830. Dans l’église délabrée, on installa pour un temps les bureaux de la mairie du 4e arrondissement et même une fabrique de ballons. Enfin, après bien des heurts entre le maire et ses adjoints, après maintes pétitions des anciens paroissiens de Saint-Germain l’Auxerrois, le Vatican luimême se saisit de l’affaire et, le 12 mai 1837, le roi Louis-Philippe approuva une demande de restitution immédiate de l’église au culte, signée par Barthe, ministre de la Justice et des Cultes 2.

Une sérieuse restauration s’imposait. Cet important travail fut confié à deux architectes en renom, Jean-Baptiste- Antoine Lassus et Victor Baltard. Commencées en 1837, les réparations — allant souvent jusqu’à des reconstitutions — durèrent près de vingt ans. Les architectes cherchèrent à garder à l’édifice ou à lui rendre son aspect ancien, mais parfois au prix de nouvelles mutilations. Lassus fit faire des autels, des grilles, des stalles, des confessionaux, des vitraux du style gothique si cher à cette époque romantique.

Le porche fut décoré en 1847 de peintures à fresque dues à Louis-Victor Mottez, élève d’Ingres. Le procédé n’était pas excellent : dès 1870, l’auteur dut consolider les peintures en y appliquant une couche de gluten. Le remède fut désastreux et contribua à faire écailler les fresques; l’état en était jugé lamentable en 1895; deux ans plus tard, on signalait que ces peintures continuaient à s’écailler; en 1902, on parlait de les refaire.

Les travaux s’achevaient quand on eut l’idée d’édifier, entre la mairie nouvellement construite et l’église, un beffroi de style gothique du XVe siècle. Haute de 38 mètres et à quatre étages, cette tour fut élevée de 1858 à 1861 par Théodore Ballu. L’effet de cette construction verticale entre l’église et la mairie fut tel que les contemporains comparèrent l’ensemble à un huilier.

1. Nicolas-Michel Troche, Histoire de la profanation de l’église... de Saint-Germain l’Auxerrois en 1831 , manuscrit 429 de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 91 ff; Raymond Limouzin-Lamothe, La dévastation des églises de Paris et de la banlieue lors de l’émeute de Saint-Germain l’Auxerrois (14- 15 février 1831), dans Bull, de la Soc. de l’Hist.

de Paris et de l’Ile-de-France, 1962 (1963), p. 36-

2. Nicolas-Michel Troche, Histoire et monographie de l’église, ci-devant collégiale, actuellement paroissiale et royale de Saint-Germain l’ Auxerrois à Paris, manuscrit 428 de la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, fol. 168- 173 v°.

ÉGLISE DE SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS

Les travaux du xixe siècle avaient porté principalement sur l’intérieur de l’édifice. Au début du xxe, une restauration du gros œuvre s’imposait. Dès la fin de 1911, on envisage de commencer les travaux par le côté sud, le plus dégradé, mais l’administration des Beaux-Arts préfère attendre la suppression des constructions adventices : ancien presbytère et sacristie, maisons à démolir pour l’élargissement de la rue des Prêtres-Saint-Germain-l’Auxerrois, galetas où logeait le sacristain, voués à disparaître. Dès que les vieilles maisons qui enclavaient le chevet de l’église sont démolies, en 1913, on comprend l’urgence de restaurer aussi le chevet, les arcs-boutants et les contreforts. Le préfet de la Seine Marcel Delanney présente rapports sur rapports. Maurice Barrés intervient par trois fois en 1913. Enfin, en juin 1914, les travaux sont décidés : la part de la ville de Paris sera de 125 000 francs et celle de l’Etat de 25 000 ; la guerre de 1914-1918 fait ajourner l’exécution du programme. En 1920, les rapports insistent sur l’état déplorable dans lequel est le gros œuvre de l’église depuis plusieurs années. Enfin, le 24 juin 1921, la Commission des Monuments historiques consent à une participation de 75 000 francs sur une dépense totale de 646 800. Les travaux sont bientôt commencés et se poursuivent pendant plusieurs années L A la date du 18 octobre 1926, un rapport de l’architecte Pierre Paquet, inspecteur général des Monuments historiques, note que d’importantes restaurations ont été effectuées aux côtés nord et sud, en pierre de Chauvigny, par l’architecte Tavernier. On a procédé avec soin. On a refait les fleurons des pinacles et les balustrades; on a remplacé les pierres entièrement désagrégées et on a consolidé en ciment métallique toutes celles qui, moins profondément atteintes, pouvaient être conservées. On a poussé le souci de ne pas changer l’aspect de l’édifice jusqu’à reproduire avec une fidélité parfaite tous les profils de toutes les sculptures existantes, dont beaucoup, cependant, avaient subi, au XVIIIe siècle et plus récemment encore, des grattages et des mutilations qui en avaient entièrement changé l’aspect. Ces importants travaux ont été terminés le 5 août 1925 2.

Chaque année, depuis lors, des travaux de détail sont exécutés : remise en état du dallage, assèchement des murs du transept sud, réfection de la salle des archives, restauration de la rose du bras sud du transept, remise en état des grilles du chœur et du buffet d’orgues, consolidation des charpentes et réfection des couvertures du bas-côté sud. En 1971, on entreprend le dépoussiérage extérieur de l’ensemble de l’édifice. En même temps, on prévoit un programme d’aménagement intérieur : débarrasser l’église des ex-votos, des statues de style « Saint-Sulpice » et de toute la peinture décorative du xixe siècle, mettre en place les deux épitaphes subsistantes 3 et remonter la belle statue du xme siècle de saint Germain 4 au trumeau de la porte occidentale. Ces derniers projets n’ont encore reçu aucun commencement d’exécution.

1. Archives des Monuments historiques, n° 1194 bis, Paris, 1er dossier. — En 1925, on retrouve des ossements dans ies combles {Commission du Vieux Paris, procès-verbaux,

2. Archives des Monuments historiques, n° 1194 bis, Paris, 2e dossier.

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