‹ Epitres, satires, chansons, épigrames, et autres pièces de vers [microforme]Chapitre 7 sur 52 · EE · texte numérisé non relu

EE

‘Cet homms qu'il noircit court la même carrière

Que lui-même, et le laisse assez loin en arrière. L''gnorant, quelquefois, porte envie au savant :

La chose a même lieu de parent à parent.

Cette sorte d’envie est quelque peu rustique :

Racontons sur ce point une histoire authentique,

Et dont tous les timoins sont encore vivants.

Philomathe v’eut point de fortunés parents ;

Tout leur bien consistait en une métairie,

Même, les accidens fàcheux, la maladie,

Le sort, l’iniquité d’un père, ‘à leur endroit,

Les réduisirent-ils encor plus à l’étroit :

Mais quoique Philomathe eut des parens peu riches,

Jamais, à son égard, il ne les trouva chiches,

Et de se plainûre d'eux jamais il n’eut sujet :

Rendre leur fils heureux était leur seul objet :

Ne pouvant lui laisser un fort gros héritage,

Ils voulurent qu'il eût le savoir en partage :

Un bon tiers de leur gain et de leur revenu

Passait pour qu’il fût bien logé, nourri, vêtu.

Maïs que gagnèrent-ils ? la haine de leurs frères :

T'ous les collatéraux et même les grands-pères

De ces sages parens deviennent ennemis,

Et laissent retomber leur haine sur leur fils.

Eux, pour toute réponse et pour toute vengeance,

Is méprisent les cris de leur rustre ignorance. L'envieux, quelquefois, porte envie à l'habit,

Et de le porter tel vous fait presque un délit.

| L'on peut trouver à dire à chose de la sorte, Alors qu’on y met plus que son état ne porte ; Mais blâmer de l’habit la forme ou la couleur, C’est être, à mon avis, ridicule censeur, Se mêler un peu trop des affaires des autres. Ce travers est pourtant commun parmi les nôtres. J’ai vu (l’on peut tenir le récit pour certain,) Un jeune komme, depuis quelques mois citadin, Craignant d’éire hué dans son rustique asile, Laisser, pour s’y montrer, l’habillement de ville, C'est-à-dire quitter l’habit pour le capot. (d)

Le fait suivant est vrai, bien qu'il soit un peu sot ; Je le tiens d’un témoin que je sais véridique : Un jour, un citadin d’origine rustique,

Fut prié d’un souper que devait suivre un bal: C'était, s’il m’en souvient, un repas nuptial.

Le convive oublia de changer de costume :

(De ses nouveaux voisins il suivait la coutume :) On le voit arriver, on ne dit rien d’abord ;

Dès le commencement, on est assez d’accord ; Mais lorsque l’eau-de-vie est montée à la tête, C’est alors qu’on se met à jouer à la bête.

De tomber sur notre hôte on cherche l’à-propos ; On le trouve, ear l’hôte est fertile en bons-mots.

(d) Dans les vers précédents, le mot hab est pris pour l'habilleunent en général; ici, c’est pour une espèce particulière de vêtement. Tout le monde sait la différence qu'il y a, quant à Ja forme, entre l’hubit et le capot ; et que le dernier est particulies sux habitans de nos campagnes.

A tar :

ns ur-te US

« T'u te moques de nous, je crois,» lui dit un rustre :

« Ton habit est fort beau, mais il a trop de iustre :

« Nous sommes complaisants, nous allons l’éponger.»

Us prennent l’hôte, et puis, tout droit le vont plonger,

Vêtu comme il était, au bord de la rivière ;

Et le roulent, après, dans un tas de poussière.

Le malheureux en fut malade quinze jours,

Et perdit son habit; mais il eut son recours :

Nos rustres, amenés par-devant la justice,

Payèrent médecin, habit, voyage, épice ;

Apprirent, comme on dit, à vivre, à leurs dépens. Mais l’envie est, parfois, cause de maux plus grands.

Pourquoi nos gens heureux sont-ils en petit nombre ?

C’est que plusieurs Ge nous sont jaloux de leur ombre,

Quelqu'un désire-t-il, comme on dit, s'arranger,

Aussitôt chaeun cherche à le décourager ;

Chacun le contredit, le tourne en ridicule :

Et même de lui nuire on ne fait point-scrupule.

Éconduits, jalousés, que d'hommes à talents

Ont quitté leur pays, ou sont morts indisents !

Est-ce ainsi qu’on en use en France, en Angleterre ?

étranger qui s’en vient habiter notre terre,

Voyant chez nous si peu d’accord ou d'amitié,

S’indigne contre nous, ou nous prend en pitié.

Faut-il que l'envie entre er Ges cœurs magnanimes !

fci, Germains, Bretons sont toujours unanimes : Nous ne les voyons point se nuire, s’affliger, Pour un brimborion prêts à s'enir'égorger :

Plaider pour un brin d'herbe, une paille, une cosse. Voyez, surtout, voyez les enfans de l'Écosse ; Comme ils s’entr’aident tous, du imanant au marquis. Voyez les Iroquois et les Abénaquis :

Nous osons les traiter de nations barbares ;

Mais voyons-nous chez eux des jaloux, des avares ? De la simple nature ils suivent les sentiers ; Hs sont farouches, fiers, indociles, altiers ; Mais il faut voir entr’eux la conduite qu’ils tiennent ; Comme ils sont tous d’accord, et toujours se soutiennent. Ce qu’ils furent jadis, ils le sont aujourd’hui. Un autre tort, c'est d’être envieux pour autrui ; Quand on a des parens, vouloir qu’on les préfère À quiconque se meut dans une même sphère ; Grincer presque des dents, et frémir de fureur, Si quelqu’autre est cru, dit aussi bon procureur, Aussi bon médecin ; si, dans Part littéraire, Il sait également instruire, amuser, plaire.

Ce travers-là provient de partialité, Et se peut appeller famihiarité, Si par-là l’on entend, non propos de soudrille, Mais amour exclusif des siens, de sa famille, Toutefois, il faut être équitable et discret, Et ne confondre point l’envie et le regret :

On peut, quand on est vieux, regretter la jeunesse ; Quand on est pauvre, on peut désirer la richesse ; On peut, quand on écrit d’un style trivial, Sans crime, souhaiter d'écrire un peu moins mal.

f est même permis à qui raisonne et parle

Aussi vulgairement que Earoch ou que Carte,

De vouloir être un peu moins sot et moins pesant. Malheur à qui peut être à tout indifférent.

Voit-on l’homme d’esprit réduit à la besace ; L'inbécille occuper une honorable place ; Ramper l’homme de bien, et le lâche régner ;

On peut, alors, on peut, à bon droit, s'indigner.

Mais être malheureux par le bonheur d’un autre ;

Croire du bien d'autrui, qu’ amoïindrit le nôtre ;

C'est !à ce que j'appelle être envieux, jaloux ;

C'est à cet homme-là que je porte mes coups...

« Recommencez-vous, donc ? Ah! bon dieu! trève ! trève !» Qui, par pitié pour toi, jaloux P.....», j’achève,

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