CONTRE L'IGNORANCE
Mox étoile, en naissant, ne m’a point fait poëte ; Et je crains que du ciel l'influence secrète (a) Ne vienne point exprès d’un beau feu m'’animer : Mais comment résister à l’amour de rimer, Quand cet amour provient d’une honorable cause, Quand rimer et guérir sont une même chose ?
L'autre jour, arrivant au troisième feuillet Contre l’Ambilion, je recois ce billet :
« Croyez-moi, cher ami, laissez-Ià la satire : « Renoncez pour toujours au métier de médire : « Ainsi que vous, je vois des tort- et des travers ; « Mais jamais je n’en fis le sujet de mes vers, « Et jamais je n’aurai cet étrange caprice.
« Je conviens qu’il est beau de combattre le vice ; « Moi-même, je tiendrais la lutte à grand honneur, « Si j'osais espérer de m’en tirer vainqueur. « Mais, peut-on l’espérer ? Dans le siècle où nous sommes, « Est-ce bien par des vers qu’on corrige les hommes !
« Non, se l’imaginer serait un grand travers ;
« L’homme méchant se rit de Ja prose et des vers :
(x) Hémistiche de Boileau.