‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 102 sur 273 · LXXXIX. — A UNE JEUNE VEUVE · texte numérisé non relu

LXXXIX. — A UNE JEUNE VEUVE

Jeune et charmant objet à qui pour son partage Le ciel a prodigué les trésors les plus doux, Les grâces, la beauté, l'esprit et le veuvage,

Jouissez du rare avantage D'être sans préjugés ainsi que sans époux !

Libre de ce double esclavage,

ÉPITBES. 103

Joignez à tous ces dons celai d'en faire usage ; Faites de votre lit le trône de l'Amour ; Qu'il ramène les Ris bannis de votre cour

Par la puissance maritale.

Ah 1 ce n'est pas au lit qu'un mari se signale : Il dort toute la nuit et gronde tout le jour;

Ou s'il arrive par merveille Que chez lui la nature éveille le désir, Attend-il qu'à son tour chez sa femme il s'éveille? Non : sans aucun prélude il brusque le plaisir; Il ne connaît point l'art d'animer ce qu'on aime, D'amener par degrés la volupté suprême; Le traître jouit seul... si pourtant c'est jouir. Loin de vous tous liens, fût-ce avec Plutus même î L'Amour se chargera du soin de vous pourvoir. Vous n'avez jusqu'ici connu que le devoir,

Le plaisir vous reste à connaître.

Quel fortuné mortel y sera votre maître?

Ah î lorsque, d'amour enivré, Dans le sein du plaisir il vous fera renaître, Lui-même trouvera qu'il l'avait ignoré.

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