la foi, en poésie, signifie la bonne foi
Les vertus que tu peins, je les retrouve en toi; Elles sont dans ton cœur. La vertu que j'encense N'est pas des voluptés la sévère abstinence.
L'amour, ce don du ciel, digne de son auteur, Des malheureux humains est le consolateur.
Lui-même il fut un dieu dans les siècles antiques; On en fait un démon chez nos vils fanatiques : Très-désintéressé sur ce péché charmant, J'en parle en philosophe, et non pas en amant. Une femme sensible, et que l'amour engage, Quand elle est honnête homme, à mes yeux est un sage.
Que ce conteur heureux qui plaisamment chanta 1 Le démon Belphégor et madame Honesta, L'Ésope des Français, le maître de la fable, Ait de la Ghampmélé vanté la voix aimable, Ses accents amoureux et ses sons affétés, Écho des fades airs que Lambert 2 a notés; Tu n'étais pas alors; on ne pouvait connaître Cet art qui n'est qu'à toi, cet art que tu fais naître.
Corneille, des Romains peintre majestueux, T'aurait vue aussi noble, aussi Romaine qu'eux. Le ciel, pour échauffer les glaces de mon âge, Le ciel me réservait ce flatteur avantage :
Je ne suis point surpris qu'un sort capricieux Ait pu mêler quelque ombre à tes jours glorieux.
1 . La Fontaine, dans son prologue de Belphégor, dédié à M l,e Champmêlé, fameuse acrice pour son temps. La déclamation était alors une espèce de chant. La Motte a fait des stances pour M"» Duclos, dans lesquelles il la loue d'imiter la Champmêlé : et ni l'une ni l'autre ne devaient être imitées. On est tombé depuis dans un autre défaut beaucoup plus grand : c'est un familier excessif et ridicule, qui donne à un héros le ton d'un bourgeois. Le naturel dans la tragédie doit toujours se ressentir de la grandeur du sujet, et ne s'avilir jamais par la familiarité. Baron, qui avait un jeu si naturel et si vrai, ne tomba jamais dans cette bassesse.
2. Lambert, auteur de quelques airs insipides» trôs-célèbra avant Lulli
L'âme qui sait penser n'en est point étonnée;
Elle s'en affermit, loin d'être consternée ;
C'est le creuset du sage; et son or altéré
En renaît plus brillant, en sort plus épuré.
En tout temps, en tout lieu, le public est injuste;
Horace s'en plaignait sous l'empire d'Auguste.
La malice, l'orgueil, un indigne désir
D'abaisser des talents qui font notre plaisir,
De Qétrir les beaux-arts qui consolent la vie,
Voilà le cœur de l'homme; il est né pour l'envie.
A l'église, au barreau, dans les camps, dans les cours,
Il est, il fut ingrat, et le sera toujours.
Du siècle que j'ai ru tu sais quelle est la gloire : Ce siècle des talents vivra dans la mémoire.
Mais vois à quels dégoûts le sort abandonna L'auteur iïfphigénie et celui de Cinna, Ce qu'essuya Quinault, ce que souffrit Molière ; Fénelon dans l'exil terminait sa carrière ; Arnauld, qui dut jouir du destin le plus beau, Arnauld manquant d'asile, et même de tombeau. De l'âge où nous vivons que pouvons nous attendre? La lumière, il est vrai, commence à se répandre ; Avec moins de talents on est plus éclairé :
Mais le goût s'est perdu, l'esprit s'est égaré. Ce siècle ridicule est celui des brochures, Des chansons, des extraits, et surtout des injures. La barbarie approche : Apollon indigné Quitte les bords heureux où ses lois ont régné; Et, fuyant à regret son parterre et ses loges, Melpomène avec toi fuit chez les Allobroges.