AVERTISSEMENT
Feu M. de Saint-Didier, secrétaire perpétuel de l'Académie de Marseille, auteur du poème de Clovis, s'amusa, quelque temps avant sa mort, à composer cette petite fable, dans laquelle on trouve quelques traits de la philosophie anglaise. Ces traits sont en effet imités de la fable des abeilles de Mandeville, mais tout le reste appartient à l'auteur français. Gomme il était de Marseille, il n'a pas manqué de prendre un Marseillois pour son héros. Nous avona fait imprimer ce petit ouvrage sur une copie très-exacte.
Dans les sacrés cahiers, méconnus des profanes, Nous avons vu parler les serpents et les ânes. Un serpent fit l'amour à la femme d'Adam ',
1 . Il est coûtant que le serpent parlait La Genèse dit expressément qu'il était le plus rusé de tous les animaux. La Genèse ne dit point qne Dieu lui donna alors la parole par un acte extraordinaire de sa toutepuissance pour séduire Eve ; elle rapporte la conversation du serpent et de la femme, comme on rapporte un entretien entre deux personnes qui se connaissent, et qui parlent la môme langue. Cela môme est si évident, que le Seigneur punit le serpent d'avoir abusé de son esprit et de son éloquence ; il le condamne à se traîner sur le ventre, au lieu qu'auparavant il marchait sur ses pieds. Flavien Josèphe dans ses Antiquités, Philon, saint Basile, saint Éphrem, n'en doutent pas. Le révérend père dom Calmet, dont le profond jugement est reconnu de tout le monde, s'exprime ainsi : « Toute l'antiquité a reconnu les ruses du serpent, et on a cru qu'avant la malédiction de Dieu cet animal était encore plus subtil qu'il ne L'est à présent. L'Écriture parle de ses finesses en plusieurs endroits ; elle dit qu'il bouche ses oreilles pour ne pas entendre la voix de l'enchanteur. Jésus-Christ, dans l'Évangile, nous conseille d'avoir la prudence du serpent. »
Un âne avec esprit gourmanda Balaam 1 .
Le grand parleur Homère, en vérités fertile, Fit parler et .pleurer les deux chevaux d'Achille 1 . Les habitants des airs, des forêts et des champs, Aux humains chez Ésope enseignent le bon sens. Descartes n'en eut point quand il les crut machines 8 : Il raisonna beaucoup sur les œuvres divines ; Il en jugea fort mal, et noya sa raison Dans ses trois éléments, au coin d'un tourbillon. Le pauvre homme ignora, dans sa physique obscure, Et l'homme, et l'animal, et toute la nature.
Ce romancier hardi dupa longtemps les sots :
1. Il n'en était pas ainsi de l'âne ou de l'ânesse qui parla a Balaam. Il est vraisemblable que les ânes n'avaient point le don de la parole, car il est dit expressément que le Seigneur ouvrit la bouche de l'ânesse : et môme saint Pierre, dans sa seconde épître, dit que cet animal muet parla d'une voix humaine. Mais remarquons que saint Augustin, dans sa quarante-huitième question, dit que Balaam ne fut point étonné d'entendre parler son ânesse. Il en conclut que Balaam était accoutumé à entendre parler les autres animaux. Le révéreod père dom Calmet avoue que la chose est très-ordinaire. « L'âne de Bacchus, dit-il, le bélier de Phryxus, le cheval d'Hercule, l'agneau de Bochoris les bœufs de Sicile, les arbres môme de Dodone, et l'ormeau d'Apollonius de Tyane, ont parlé distinctement. » Voilà de grandes autorités qui servent merveilleusement à justifier M. de Saint-Didier.
2. La remarque de M œ « Dacier sur cet endroit d'Homère est également. importante et judicieuse. Elle appuie beaucoup sur la sage conduite d'Homère; elle fait voir que les chevaux d'Achille, Xante, et Balie, fils de Podagre, sont d'une race immortelle, et qu'ayant déjà pleuré la mort de Patrocle, il n'est point du tout étonnant qu'ils tiennent un long discours à Achille. Enfin, elle cite l'exemple de l'ânessa de Balaam, auquel il n'y a rien à répliquer.
3. Descartes était certainement un grand géomètre et un homme de beaucoup d'esprit : mais toutes les nations savantes avouent qu'il abandonna la géométrie, qui devait ôtre son guide, et qu'il abusa de son esprit pour ne faire que des romans. L'idée que les animaux ont tous les organes du sentiment pour ne point sentir est une contradiction ridicule. Ses tourbillons, ses trois éléments, son système sur la lumière, son explication des ressorts du corps humain, ses idées innées, sont regardés, par tous les philosophes, comme des chimères absurdes. On convient que dans toute sa physique il n'y a pas une vérité physique. Ce grand exemple apprend aux hommes qu'on ne trouve ces vérités que dans les mathématiques et dans l'expérience.
Laissons là sa folie, et suivons nos propos.
Un jour un Marseillois, trafiquant en Afrique, Aborda le rivage où fut jadis Utique.
Gomme il se promenait dans le fond d'un vallon, Il trouva nez à nez un énorme lion, A la longue crinière, à la gueule enflammée, Terrible, et tout semblable au lion de Némée. Le plus horrible effroi saisit le voyageur :
Il n'était pas Hercule; et, tout transi de peur, Il se mit à genoux, et demanda la vie.
Le monarque des bois, d'une voix radoucie, Mais qui faisait encor trembler le Provençal, Lui dit en bon français : « Ridicule animal, Tu veux donc qu'aujourd'hui de souper je me passe? Écoute, j'ai dîné : je veux te faire grâce, Si tu peux me prouver qu'il est contre les lois Que le soir un lion soupe d'un Marseillois. »
Le marchand à ces mots conçut quelque espérance. Il avait eu jadis un grand fonds de science; Et, pour devenir prêtre, il apprit du latin ; Il savait Rabelais et son saint Augustin 1 .
1. Il est rapporté, dans l'histoire de l'Académie, que La Fontaine demanda à un docteur s'il croyait que saint Augustin eût autant d'esprit que Rabelais, et que le docteur répondit à La Fontaine : c Prenez garde, monsieur, vous avez mis un de vos bas à l'envers; » ce qui était vrai.
Ce docteur était un sot. Il devait convenir que ce saint Augustin et Rabelais avaient tous deux beaucoup d'esprit, et que le curé de Meudon avait fait un mauvais usage du sien. Rabelais était profondément' savant, et tournait la science en ridicule. Saint Augustin n'était pas si savant ; il ne savait ni le grec ni l'hébreu ; mais il employa ses talents et son éloquence à son respectable ministère. Rabelais prodigua indignement les ordures les plus basses; saint Augustin s'égara dans des explications mystérieuses que lui-même ne pouvait entendre. On est étonné qu'un orateur tel que lui ait dit dans son sermon sur le psaume vi :
c II est clair et indubitable que le nombre de quatre a rapport au corps humain, à cause des quatre éléments et des quatre qualités dont il est composé; savoir, le chaud et le froid, le sec et l'humide :
D'abord il établit, selon l'usage antique, Quel est le droit divin du pouvoir monarchique; Qu'au plus haut des degrés des êtres inégaux L'homme est mis pour régner sur tous les animaux 1 ; Que la terre est son trône, et que dans l'étendue Les astres sont formés pour réjouir sa vue.
c'est pourquoi aussi Dieu a voulu qu'il fut soumis à quatre différentes saisons; savoir, l'été, le printemps, l'automne, et l'hiver... Comme le nombre de quatre a rapport au corps, le nombre de trois a rapport à l'âme, parce que Dieu nous ordonne de l'aimer d'un triple amour; savoir, de tout notre cœur, de toute notre âme, et de tout notre esprit.
a Lors donc que les deux nombres de quatre et de trois, dont le premier a rapport au corps, c'est-à-dire au vieil homme et au Vieux Testament, et le second a rapport à l'âme, c'est-à-dire au nouvel homme et au Nouveau Testament, seront écoulés et passés, comme le nombre de sept jours passe et s'écoule, parce qu'il n'y a rien qui ne se fasse dans le temps et par la distribution du nombre quatre au corps, et du nombre trois à l'âme ; lors, dis-je, que ce nombre de sept sera passé, on verra arriver le huitième, qui sera celui du jugement. >
Plusieurs savants ont trouvé mauvais qu'en voulant concilier les deux généalogies différentes données à saint Joseph, l'une par saint Matthieu, et l'autre par saint Luc, il dise, dans son sermon 51, c qu'un fils peut avoir deux pères, puisqu'un père peut avoir deux enfants. »
On lui a encore reproché d'avoir dit, dans son livre contre les manichéens, que les puissances célestes se déguisaient ainsi que les puissances infernales en beaux garçons et en belles filles pour s'accoupler ensemble, et d'avoir imputé aux manichéens cette théurgie impure, dont ils ne furent jamais coupables.
On a relevé plusieurs de ces contradictions. Ce grand saint était homme; il a ses faiblesses, ses erreurs, ses défauts, comme les autres saints. Il n'en est pas moins vénérable, et Rabelais n'est pas moins un bouffon grossier, un impertinent dans les trois quarts de son livre, quoiqu'il ait été l'homme le plus savant de son temps, éloquent, plaisant, et doué d'un vrai génie. Il n'y a pas sans doute de comparaison à faire entre un Père de l'Église très-vénérable et Rabelais, mais on peut très-bien demander lequel avait plus d'esprit; et un bas à l'envers n'est pas une réponse.
1. Dans le Spectacle de la nature, M. le prieur de Jonval, qui d'ailleurs est un homme fort estimable, prétend que toutes les bêtes ont un profond respect pour l'homme. Il est pourtant fort vraisemblable que les premiers ours et les premiers tigres qui rencontrèrent les premiers hommes leur témoignèrent peu de vénération, surtout s'ils avaient faim.
Plusieurs peuples ont cru sérieusement que les étoiles n'étaient faites que pour éclairer les hommes pendant la nuit. Il a fallu bien du temps
Il conclut qu'étant prince, un sujet africain
Ne pouvait sans pécher manger son souverain.
Le lion, qui rit peu, se mit pourtant à rire ;
Et, voulant par plaisir connaître cet empire,
En deux grands coups de griffe il dépouilla tout nu
De l'univers entier le monarque absolu.
Il vit que ce grand roi lui cachait sous le linge Un corps faible monté sur deux fesses de singe, A deux minces talons deux gros pieds attachés, Par cinq doigts superflus dans leur marche empêchés, Deux mamelles sans lait, sans grâce, sans usage, Un crâne étroit et creux couvrant un plat visage, Tristement dégarni du tissu de cheveux Dont la main d'un barbier coiffa son front crasseux. Tel était en effet ce roi sans diadème, Privé de sa parure, et réduit à lui-même.
IL sentit en effet qu'il devait sa grandeur Au fil d'un perruquier, aux ciseaux d'un tailleur.
« Ah ! dit-il au lion, je vois que la nature Me fait faire en ce monde une triste figure : Je pensais être roi; j'avais certes grand tort. Vous êtes le vrai maître, en étant le plus fort. Mais songez qu'un héros doit dompter sa colère; Un roi n'est point aimé s'il n'est point débonnaire. Dieu, comme vous savez, est au-dessus des rois : Jadis en Arménie il vous donna des lois, Lorsque dans un grand coffre, à la merci des ondes, Tous les animaux purs, ainsi que les immondes, Par Noé mon aïeul enfermés si longtemps 1 ,
pour détromper notre orgueil et notre ignorance ; mais aussi plusieurs philosophes, et Platon entre autres, ont enseigné que les astres étaient des dieux. Saint Clément d'Alexandrie et Origène ne doutent pas qu'ils n'aient des âmes capables de bien et de mal : ce sont des choses très-curieuses et très-instructives.
1. Il faut pardonner au lion s'il ne connaissait pas Noé. Les Juifs
Respirèrent enfin Pair natal de leurs champs* Dieu fit avec eux tous une étroite alliance, Un pacte solennel. — Oh ! la plate impudence ! As-tu perdu l'esprit par excès de frayeur?
Dieu, dis-tu, fit un pacte avec nous! — Oui, seigneur» Il vous recommanda d'être clément et sage, De ne toucher jamais à l'homme, son image 1 . Et si vous me mangez, r.^rnel irrité Fera payer mon sang à votre majesté.
— Toi l'image de Dieu ! toi, magot de Provence r
sont les seuls qui l'aient jamais connu. On ne trouve ce nom chez aucun autre peuple de la terre. Sanchoniathon n'en a point parlé; s'il en avait dit un mot, Busèbe, son abréviateur, en aurait pris un grand avantage. Ce nom ne se trouve point dans le Zend-Avesta de Zoroastre. Le Sadder, qui en est l'abrégé, ne dit pas un seul mot d& Noé. Si quelque auteur égyptien en avait parlé, Flavien Josèphe, qui rechercha si exactement tous les passages des livres égyptiens qui pouvaient déposer en faveur des antiquités de sa nation, se serait prévalu du témoignage de ces auteurs. Noé fut entièrement inconnu aux Grecs, et il le fut également aux Indiens et aux Chinois. Il n'en est parlé ni dans le Veidam, ni dans le Shasta, ni dans les cinq Kings ; et il est très-remarquable que lui et ses ancêtres aient été également ignorés du reste de la terre.
1. Au chapitre ix de la Genèse, verset 10 et suivants, le Seigneur fait un pacte avec les animaux, jtant domestiques que de la campagne. 11 défend aux animaux de tuer les hommes; il dit qu'il en tirera vengeance, parce que l'homme est son image. Il défend de même à Ja race de Noé de manger du sang des animaux mêlé avec de la chair. Les animaux sont presque toujours traités dans la loi juive à peu près comme les hommes; les uns et les autres doivent être également en repos le jour du sabbat (Exod., ch. xxiu).Un taureau qui a frappé un homme de sa corne est puni de mort (Exod., ch. xxi). Une bête qui a servi de succube ou d'incube à une personne est aussi mise à mort (Lé vit., ch. xx). Il est dit que l'homme n'a rien de plus que la bête (Ecclés., ch. m et îx). Dans les plaies d'Egypte, les premiers-nés des hommes et des animaux sont également frappés (Exod., ch. xii et xm). Quand Jonas prêche la pénitence à Ninive, il fait jeûner les hommes et les animaux. Quand Josué prend Jéricho, il extermine également les bêtes et les hommes. Tout cela prouve évidemment que les hommes et les bêtes étaient regardés comme deux espèces du même genre. Les Arabes ont encore le même sentiment : leur tendresse excessive pour leurs chevaux et pour leurs gazelles en est un témoignage assez, connu.
Conçois-tu bien l'excès de ton impertinence?
Montre l'original de mon pacte avec Dieu.
Par qui fut-il écrit? en quel temps? dans quel lieu 1 ?
Je vais t'en montrer un plus sûr, plus véritable :
De mes quarante dents vois la file effroyable 2 ;
Ces ongles, dont un seul pourrait te déchirer;
Ce gosier écumant, prêt à te dévorer;
Cette gueule, ces yeux, do*.à jaillissent des flammes:
Je tiens ces heureux dons du Dieu que tu réclames.
Il ne fait rien en vain : te manger est ma loi;
C'est là le seul traité qu'il ait fait avec moi.
Ce Dieu, dont mieux que toi je connais la prudence,
Ne donne pas la faim pour qu'on fasse abstinence.
Toi-même as fait passer sous tes chétives dents
D'imbéciles dindons, des moutons innocents,
Qui n'étaient pas formés pour être ta pâture.
Ton débile estomac, honte de la nature,
Ne pourrait seulement, sans l'art d'un cuisinier,
Digérer un poulet, qu'il faut encor payer.
Si tu n'as point d'argent, tu jeûnes en ermite ;
Et moi que l'appétit en tout temps sollicite,
Conduit par la nature, attentive à mon bien,
Je puis t' avaler cru, sans qu'il m'en coûte rien.
Je te digérerai sans faute en moins d'une heure.
Le pacte universel est qu'on naisse et qu'on meure.
Apprends qu'il vaut autant, raisonneur de travers,
1. Le grand Newton, Samuel Clarke, prétendent que le Pentatmque fut écrit du temps de Saûl. D'autres savants hommes pensent que ce fut sous Osias; mais il est décidé que Moïse en est l'auteur, malgré toutes les vaines objections fondées sur les vraisemblances et sur la raison, qui trompe si souvent les hommes.
2. Ceux qui ont écrit l'histoire naturelle auraient bien dû compter les dents des lions : mais ils ont oublié cette particularité aussi bien qm'Aristote. Quand on parle d'un guerrier, il ne faut pas omettre ses armes. M. de Saint-Didier, qui avait vu disséquer à Marseille un lion nouvellement venu d'Afrique, s'assura qu'il avait quarante dents.
Être avalé par moi que rongé par les vers.
— Sire, les Marseillois ont une âme immortelle : Ayez dans vos repas quelque respect pour elle.
— La mienne apparemment est immortelle aussi. Va, de ton esprit gauche elle a peu de souci.
Je ne veux point manger ton âme raisonneuse.
Je cherche une pâture et moins fade et moins creuse. C'est ton corps qu'il me faut; je le voudrais plus gras : Mais ton âme, crois-moi, ne me tentera pas.
— Vous avez sur ce corps une entière puissance ; Mais quand on a dîné, n'â-t-on point de clémence? Pour gagner quelque argent j'ai quitté mon pays : Je laisse dans Marseille une femme et deux fils; Mes malheureux enfants, réduits à la misère, Iront à l'hôpital, si vous mangez leur père.
— Et moi, n'ai-je donc pas une femme à nourrir? Mon petit lionceau ne peut encor courir,
Ni saisir de ses dents ton espèce craintive : Je lui dois la pâture; il faut que chacun vive. Ehï pourquoi sortais-tu d'uù terrain fortuné, D'olives, de citrons, de pampres couronné?
Pourquoi quitter ta femme et ce pays si rare Où tu fêtais en paix Madeleine et Lazare 1 ?
Dominé par le gain, tu viens dans mon canton
1. Ce lion paraît fort instruit, et c'est encore une preuve de l'intelligence des bêtes. La Sainte-Baume, où se retira sainte Marie-Madeleine, est fort connue ; mais peu de gens savent à fond cette histoire. La, Fleur des saints peut en donner quelques notions ; il faut lire son article, tome II de la Fleur des saints, depuis la page 59. Ce fut Marie- Madeleine à qui deux anges parlèrent sur le Calvaire, et à qui Notre- Seigneur parut en jardinier. Ribadeneira, le savant auteur de la Fleur des saints, dit expressément que, si cela n'est pas dans l'Évangile, la chose n'en est pas moins indubitable. Bile demeura, dit-il, dans Jérusalem auprès de la vierge Marie, avec son frère Lazare que Jésus avait ressuscité, et Marthe sa sœur, qui avait préparé le repas lorsque Jésus avait soupe dans leur maison.
L'aveugle-né, nommé Celedone, à qui Jésus donna la vue en frottant ses yeux avec un peu de boue, et Joseph d'Arimathie, étaient de la.
Vendre, acheter, troquer, être dupe et fripon; Et tu veux qu'en jeûnant ma famille pâtisse De ta sotte imprudence et de ton avarice?
Réponds-moi donc, maraud. — Sire, je suis battu, Vos griffes et vos dents m'ont assez confondu. Ma tremblante raison cède en tout à la vôtre. Oui, la moitié du monde a toujours mangé l'autre : Ainsi Dieu le voulut; et c'est pour notre bien. Mais, sire, on voit souvent un malheureux chrétien, Pour de l'argent comptant, qu'aux hommes on préfère, Se racheter d'un Turc, et payer un corsaire.
Je comptais à Tunis passer deux mois au plus; A vous y bien servir mes vœux sont résolus; Je vous ferai garnir votre charnier auguste De deux bons moutons gras, valant vingt francs au juste, Pendant deux mois entiers ils vous seront portés, Par vos correspondants chaque jour présentés; Et mon valet, chez vous, restera pour otage.
— Ce pacte, dit le roi, me plaît bien davantage Que celui dont tantôt tu m'avais étourdi.
Viens signer le traité ; suis-moi chez le cadi ;
société intime de Madeleine. Mais le plus considérable de ses amis fut le docteur saint Maximin, l'un des soixante et dix disciples.
Dans la première persécution qui fît lapider saint Etienne, les Juifs se saisirent de Marie-Madeleine, de Marthe, de leur servante Marcelle, de Maximin leur directeur, de l'aveugle-né, et de Joseph d'Arimathie. On les embarqua dans un vaisseau sans voiles, sans rames, et sans mariniers ; le vaisseau aborda à Marseille, comme l'atteste Baronius. Dès que Madeleine fut à terre, elle convertit toute la Provence. Le Lazare fut évêque de Marseille, Maximin eut l'évêché d'Aix; Joseph d'Arimathie alla prêcher l'Évangile en Angleterre ; Marthe fonda un grand couvent; Madeleine se retira dans la Sainte-Baume, où elle brouta l'herbe toute sa vie. Ce fut là que n'ayant plus d'habits elle pria toujours toute nue ; mais ses cheveux crurent jusqu'à ses talons, et les anges venaient la peigner et l'enlever au ciel sept fois par jour, en lui donnant de la musique. On a gardé longtemps une fiole remplie de son sang, et ses cheveux; et tous les ans, le jour du vendredi saint, cette fiole a bouilli à vue d'œil. La liste de ses miracles avérés est innombrable.
Donne des cautions : sois sûr, si tu m'abuses, Que je n'admettrai point tes mauvaises excuses; Et que sans raisonner tu seras étranglé, Selon le droit divin dont tu m'as tant parlé. »
Le marché fut signé; tous les deux l'observèrent* D'autant qu'en le gardant tous les deux y gagnèrent. Ainsi dans tous les temps nos seigneurs les lions Ont conclu leurs traités aux dépens des moutons.