‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 169 sur 273 · LE PÈRE N1G0DÈME · texte numérisé non relu

LE PÈRE N1G0DÈME

Ah! te voilà perdu. Jeannot n'est plus à moi. Tous les cœurs sont gâtés... l'esprit bannit la foil L'esprit s'étend partout... divine bêtise!

Versez tous vos pavots; soutenez mon Église.

A quel saint recourir dans cette extrémité?

mon fils! cher enfant de la Stupidité, Quel ennemi t'arrache au doux sein de ta mère? On te Ta dit cent fois, malheur à qui s'éclaire! Ne va point contrister les cœurs des gens de bien.

Courage, allons, rends-toi; lis le Journal chrétien. De Jean-George, crois-moi, lis le discours sublime : C'est pour ton mal qui presse un excellent régime. Tu peux guérir encore. Oui, Paris dans ses murs Voit encor, grâce à Dieu, des esprits lourds, obscurs, D'arguments rebattus déterminés copistes, Tout farcis de lambeaux des premiers jansénistes. Jette-toi dans leurs bras; dévore leurs leçons : Apprends d'eux à donner des mots pour des raisons. Fais des phrases, Jeannot; ma douleur t'en conjure : Par ce palliatif adoucis ta blessure.

Ne sois point philosophe.

JEANNOT

Ah ! vous percez mon cœur.

Allons, ne voyons goutte, et chérissons l'erreur. C'est vous qui le voulez. Mais quel fruit tirerai-je De demeurer un sot au sortir du collège?

Page 1