‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 178 sur 273 · Voltaire composa ce sixain à l'Age de douse au · texte numérisé non relu

Voltaire composa ce sixain à l'Age de douse au

ÉPIGRAMMES. x 383

Ne vous démentez point, soyez toujours le même : Ne satisfaites point vos appétits gloutons :

Mon fils, jeûnez plutôt l'avent et le carême, Que de sucer le sang des malheureux moutons ;

Car enfin quelle barbarie 1 Quels crimes ont commis ces innocents agneaux? Au reste, vous savez qu'il y va de la vie :

D'énormes chiens défendent les troupeaux.

Hélas! je m'en souviens, un jour votre grand-père Pour apaiser sa faim entra dans un hameau.

Dès qu'on s'en aperçut : « bête carnassière ! a Au loupl » s'écria-t-on ; l'un .s'arme d'un noyau, L'autre prend une fourche; et mon père eut beau faire,

Hélas! il y laissa sa peau :

De sa témérité ce fut là le salaire.

Sois sage à ses dépens, ne suis que la vertu, Et ne sois point battant, de peur d'être battu. Si tu m'aimes, déteste un crime que j'abhorre. » Le petit vit alors dans la gueule du loup De la laine, et du sang qui dégouttait encore :

Il se mit à rire à ce coup, t Gomment, petit fripon, dit le loup en colère,

Gomment, vous riez des avis

Que vous donne ici votre père!

Tu seras un vaurien, va, je te le prédis :

Quoil se moquer déjà d'un conseil salutaire 1 »

Vautre répondit en riant :

« Votre exemple est un bon garant ; Mon père, je ferai ce que je voua vois faire. »

Tel un prédicateur sortant d'un bon repas Monte dévotement en chaire, Et vient, bien fourré, gros et gras, Prêcher contre la bonne chère.

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