V. — SUR LA MOTTE
La Motte, présidant aux prix Qu'on distribue aux beaux esprits, Geignit de couronnes civiques Les vainqueurs des jeux olympiques i Il fit un vrai pas d'écolier, Et prit, aveugle agonothète, Un chêne pour un olivier, Et Dujarry pour un poète.
Terrasson, par lignes obliques, Et par règles géométriques, Prétend démontrer avec art Qu'Homère prend toujours l'écart; Que ses images poétiques, Que tant de richesses antiques, Ne nous charment que par hasard.
Il s'jn avise sur le tard :
Hais quoique ce docteur décide D'un ton à gagner son procès, Gacon avec môme succès Peut faire un rondeau contre Euclide,
De Beausse et moi, criailleurs effrontés, Dans un souper clabaudions à merveille, Et tour à tour épluchions les beautés Et les défauts de Racine et Corneille.
A piailler serions encor, je croi, Si n'eussions vu sur la double colline Le grand Corneille et le tendre Racine, Qui se moquaient et de Beausse et de moi,
N'a pas longtemps, de l'abbé de Saint-Pierre On me montrait le buste tant parfait, Qu'onc ne sus voir si c'était chair ou pierre, Tant le sculpteur Pavait pris trait pour trait. Adonc restai perplexe et stupéfait, Craignant en moi de tomber en méprise ; Puis dis soudain : « Ce n'est là qu'un portrait, L'original dirait quelque sottise. »