‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 86 sur 273 · MORT DEPUIS PEU · texte numérisé non relu

MORT DEPUIS PEU

(Ce dernier est supposé lui faire un envoi de l'autre monde.) 1

Je goûtais dans ma nuit profonde Les froides douceurs du repos, Et m'occupais peu des héros Qui troublent le repos du monde; Mais dans nos champs Ély siens Je vois une troupe en colère De fiers Bretons, d'Autrichiens, Qui vous maudit et vous révère; Je vois des Français éventés Qui tous se flattent de vous plaire, Et qui sont encore entêtés De leurs plaisirs et de leur gloire, Car ils sont morts à vos côtés Entre les bras de la Victoire.

Enfin dans ces lieux tout m'apprend Que celui que je vis à table Gai, doux, facile, complaisant, Et des humains le plus aimable, Devient aujourd'hui le plus grand.

J'allais vous faire un compliment; Mais, parmi les choses étranges Qu'on dit à la cour de Pluton, On prétend que ce fier Saxon "

S'enfuit au seul bruit des louanges, '

Comme l'Anglais fuit à son nom.

Lisez seulement mes folies,

Mes vers, qui n'ont loué jamais

Que les trop dangereux attraits

Du dieu du vin et des Sylvies :

Ces sujets ont toujours tenté

Les héros de l'antiquité

Gomme ceux du siècle où nous sommes :

Pour qui sera la volupté,

S'il en faut priver les grands hommes?

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