MORT DEPUIS PEU
(Ce dernier est supposé lui faire un envoi de l'autre monde.) 1
Je goûtais dans ma nuit profonde Les froides douceurs du repos, Et m'occupais peu des héros Qui troublent le repos du monde; Mais dans nos champs Ély siens Je vois une troupe en colère De fiers Bretons, d'Autrichiens, Qui vous maudit et vous révère; Je vois des Français éventés Qui tous se flattent de vous plaire, Et qui sont encore entêtés De leurs plaisirs et de leur gloire, Car ils sont morts à vos côtés Entre les bras de la Victoire.
Enfin dans ces lieux tout m'apprend Que celui que je vis à table Gai, doux, facile, complaisant, Et des humains le plus aimable, Devient aujourd'hui le plus grand.
J'allais vous faire un compliment; Mais, parmi les choses étranges Qu'on dit à la cour de Pluton, On prétend que ce fier Saxon "
S'enfuit au seul bruit des louanges, '
Comme l'Anglais fuit à son nom.
Lisez seulement mes folies,
Mes vers, qui n'ont loué jamais
Que les trop dangereux attraits
Du dieu du vin et des Sylvies :
Ces sujets ont toujours tenté
Les héros de l'antiquité
Gomme ceux du siècle où nous sommes :
Pour qui sera la volupté,
S'il en faut priver les grands hommes?