‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 1 sur 134 · A MADAME LA COMTESSE DE FONTAINE · texte numérisé non relu

A MADAME LA COMTESSE DE FONTAINE

sur son roman de la comtesse de Savoie. ( 171 3.)

±Ji. Fayette et Segrais , roupie sublime et tendre , Le modèle avant vous de nos galants écrits , Des champs élysiens sur les ailes des Ris

Vinrent depuis peu dans Paris.

D'où ne viendrait-on pas, Sapho. pour vous entendre? A vos genoux tous deux humiliés, Tous deux vaincus et pourtant pleins de joie,

Ils mirent leur Zaide aux pieds

De la comtesse de Savoie.

Ils avaient bien raison; quel dieu , charmant antear, Quel dieu vous a donné ce langage enchanteur,

La force et la délicatesse,

La simplicité , la noblesse ,

Que Fénélon seul avait joint ; Ce naturel aisé dont l'art n'approche point ? Sapho, qui ne croirait que l'Amour vous inspire.' Mais ^ous vous contentez de vanter son empire; De Meudoce amoureux vous peignez le beau feu.

Et la vertueuse faiblesse D'une maîtresse Qui lui fait en fuyant un si charmant aveu. Ah ! pouvez-vous donner ces leçons de tendresse,'

Vous qui les pratiquez si peu.' C'est ainsi que Marot sur sa lyre incrédule' Du dieu qu'il méconnut prôna la sainteté : Vous avez pour l'amour aussi peu de scrupule ; Vous ne le servez point, et vous l'avez chanté.

Adieu ; malgré mes épilogues ,

Puissiez-vous pourtant tous les ans

Me Hre deux ou trois romans,

Et taxer (juatre synagogues !

III. A M. l'abbé SERVIEN, prisonnier au château de Vincennes.( 1714.)

A 1 51 A B L E abbé , dans Paris autrefois

La volupté de toi reçut des lois ;

Les Ris badins, les Grâces enjouées ,

A te servir dès long-temps dévouées ,

Et dès long- temps fuyant les yeux du roi,

Marchaient souvent entre Philippe et toi,

Te prodiguaient leurs faveurs libérales.

Et de leurs mains marquaient dans leurs annales,

Eu lettres d'or, mots et contes joyeux ,

De ton esprit enfants capricieux.

O doux plaisirs, amis de l'innocence.

Plaisirs goûtés au sein de l'indoleuce , Et cependant des dévots inconnus !

C) jours heureux ! qu'ètes-vous devenus Hélas ! j'ai vu les Grâces éplorées , Le sciu meurtri, pâles, désespérées; J'ai vu les Ris tristes et consternés •Teter les fleurs dont ils étaient ornés; Les yeux eu pleurs et soupu'anl leurs peines , Ils suivaient tous le chemin de Vincennes , Et regardant ce chàteiiu malheureux.

Aux beaux esprits , hélas ! si dangereux , Redemandaient aux destins en colère Le tendre abbé qui,leur servait de père.

N'imite point leur sombre désespoir :

Et puisqu'eniîn tu ne peux plus revoir Le prince aimable à qui tu plais , qui t'aime , Ose aujourd'hui te suffire à toi-même.

On ne vit pas au donjon comme ici :

Le destin change , il faut changer aussi ;

EPITÏIES,

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