XXII. A M. DE GERVASI, médecin
X V revenais convert d'une gloire éternelle ; Le Gévaudan surpris t'avait vu triompher Des traits contagieux, d'une peste cruelle ,
lit ta main venait d'étouffer De cent poisons cachts la semence mortelle : Dans Maisons cependant je voyais mes beaux jours Vers leurs derniers moments pncipiter leur cours. Déjà près de mon lit la mort inexorable Avait levé snr moi sa faux épouvantable : Le vieux nocher des morts à sa voix accourut : C'en était fait , sa main tranchait ma destinée ;
Mais ta lui dis : Arrête et la mort étonnée
Reconnut son vainqueur, frémit, et disparut. Hélas! si comme moi l'aimable Genonville Avait de ta présence eu le secours utile , Il Vivrait, et sa vie eût rempli nos souhaits ; De son cher entretien je goûterais les charmes ; Mes jours ,que e te dois, renaîtraient sans alarmes , Et mes yeux, qui sans toi se fermaient pour jamais, Ke se rouvriraient point pour répandre des larmes. C'est toi du moins, c'est toi, par qui, dans ma douleur.
Je peux jouir de la douceur
De plaire et d'être cher encore Aux illustres amis dont mon destin m'honore. Je reverrai Maisons dont les soins bienfaisants
Tiennent d'adoucir ma souffrance; Maisons en qui l'esprit tient lieu d'expérience.
Et dont j'admire la prudence
Dans l'âge des égarements.
Je me flatte ea secret qae je pourrai peat-être
Charmer encor Snlli , qui m'a trop oublié, JVIai'iamne à ses yeux ira bientôt paraître ; Il la verra pour elle implorer sa pitié , Et ranimer en lui ce goût , cette amitié Que pour moi dans son cœur ma muse avait fait
naître.
Sceaux jardins de Villars , ombrages toujours frais ,
C'est sous vos feuillages épais Que je retrouverai ce héms plein de gloire
Que nous a ramené la paix
Sur les ailes de la victoire; C'est là que Richelieu , par son air encTianteur, Par ses vivacités , son esprit et ses praces , Dès qu'il reparaîtra, saur?, joinili--^ raon cœur A tant de cœurs soumis qni volent sur ses traces. Et toi, cher Bolingbroke, héros qui d'Apollon
As reçu plus d'une couronne.
Qui réunis en ta personne
L'éloquence de Cicéron ,
L'intrépidité de Caton , L'esprit de Mécénas, l'agrément de Pétrone, Enfin donc je respire, et respire pour toi ; Je pourrai désormais te parler et t'entendre. Mais , ciel ! quel souvenir vient ici me surprendre ! Cette aimable beauté qui m'a donné sa foi , Qui m'a juré toujours une amitié si tendre, Daignera -t-elle encor jeter les yeux sur moi? Hélas .' en descendant sur le sombre rivage Dans mon cœur expirant je portais son image ; Son amour, ses vertus , ses grâces , ses appas , Les plaisirs que cent fois j'ai goûtés dans ses bras , A ces derniers moments flattaient encor mon ame ; Je brûlais , en mourant , d'uue immortelle flamme. Grands Dieux! me faudra-t-il regretter le trépasP M'aurait-elle oublié? serait-elle volage?
Que dis-je , malheureux! où vais-je m'engager ?
40 EPITP^ES.
Qaand on porte sur le visage D'un mal si redouté le fatal témoignage,
Est-ce à ramour qu'il faut songer?