‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 27 sur 134 · XXXIX. A M. LE COMTE ALGAROTTI · texte numérisé non relu

XXXIX. A M. LE COMTE ALGAROTTI

XJORSQUE ce grand courrier de la Philosophie,

Condamine l'observateur, De l'Afrique au Pérou, conduit par Uranie, Par la gloire et par la ruanie , S'en va griller sous l'équateur, Maupertuis et Clairault, dans leur docte fureur,

Vont geler au pôle du moiide.

Je les vois d'un degré mesurer la longueur Pour ôter au peuple rimeur Ce beau nom de machine ronde.

Que nos flasques auteurs, en chevillant leurs vers, Donnaient à l'aventure à ce plat univers.

Les astres, étonnés dans leur oblique course. Le grand , le petit Chien , et le Cheval , et l'Ourse , Se disent l'un à l'autre en langage des cieux, « Certes , ces gens sont fous , ou ces gens sont des dieux ».

Et vous , Algarotti , vous cygne de Padoue, Elevé harmonieux du cygne de Mantoue, Vous allez donc aussi soas le ciel des frimas Porter en grelottant la lyre et le compas , Et, sur des monts glacés traçant des parallèles. Faire entendre aux Lappons vos chansons immortelles ?

Allez donc , et du pôle observé , mesuré , Rerenez aux Français apporter des nouvelles.

Cependant je vous attendrai , Tranquille admirateur de votre astronomie, Sous mon méridien , dans les champs de Cirey, 3N 'observant désormais que l'astre d'Emilie ; Echauffé par le feu de son puissant géuie ,

Et, par sa lumière éclairé,

Sar ma lyre je chanterai Son ame universelle autant qu'elle est unique ; Et j'atteste les cieux , mesurés par vos mains. Que j'abandonnerais pour ses charmes divins

L'équateur et le pôle arctique.

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