LV. AU ROI DE PRUSSE. (i7U
l^ETjx qui sont nés sous un monarque
Font tous semblant de l'adorer;
Sa majesté, qui le remarque,
Fait semblant de les honorer;
Et de cette fausse monnoie
(^ue le courtisan donne au roi,
Et que le prince lui renvoie.
Chacun vit ne songeant qu'à soi:
IMais lorsque la philosopliie ,
La séduisante poésie.
Le goût, l'esprit, l'amour des arts,
Rejoignent sons leurs étendards,
A trois cent milles de distance ,
Yotre très royale éloquence,
Et mon goût pour tous vos talents';
Quand, sans crainte et sans espérance,
Je sens en moi tous vos penchants.
Et lorsqu'un peu de confidence
Resserre eucor ces nœuds charmants ;
Enfin lorsque BerUn attire
Tous mes sens à Cirey séduits ;
Alors ne pouvez-vous pas dire :
On m'aime tout roi que je suis f
Enfin l'océan germanique, Qui toujours des bons Hambourgeoi»
Servit si bien la république , Vers Embden sera sous vos lois Avec garnison batavique.
Un tel mélange me confond :
Je m'attendais peu , je vous jure , De voir de l'or avec du plomb;
IMais votre creuset me rassure :
A votre feu, qui tout épure , r>ientôt le vil métal se fond , Et l'or vous demeure en nature.
Par-tout que de prospérités !
Tous conquérez, vous héritez Des ports de mer et des provinces ; "Vous mariez à de grands princes De très adorables beautés ; YoHs faites noce , et vous chantez Sur votre lyre enchanteresse Tantôt de Mars les cruautés Kt tantôt la douce mollesse.
Vos sujets au sein du loisir Goûtent les fruits de la victoire :
"Vous avez et fortune et gloire ; Vous avez sur-tout du plaisir; Et cependant le roi , mon maître , Si digne avec vous de paraître Dans la liste des meilleurs rois.
S'amuse à faire dans la Elandre Ce que vous faisiez autrefois Quand trente canons à la fois Mettaient des bastions en cendre.
C'est lui qui, secouru du ciel , Et sur-tout d'une armée entière , A brisé la forte barrière Qu'à notre nation guerrière Mettait le bon greffier Fagel.
De Klaudre il court en Allemagne Défendre les rives du Rhin ; Sans quoi le pandoure inhumain Viendrait s'enivrer de ce vin Qu'on a cnvé dans la Champagne.
Grand roi, je vous l'avais bien dit < îup njun souverain magnanime
ga EPITRES.
Dans l'Enrope aurait du crédit.
Et de grands droits à votre estime.
Son beau feu , dont un vieux prélat Avait caché les étiocelles , A de ses flammes immortelles Tout d'uu coup répandu l'éclat:
Ainsi la brillante fusée Est tranquille Jusqu'au moment Où par son amorce embrasée Elle éclaire le llrmament , Et , perçant dans les sombres voiles.
Semble se mêler aux étoiles Qu'elle efface par son brillant.
C'est ainsi que vous enllammàte»
Tout l'horizon d'un nouveau ci«!, Lorsqu'à Berlin vous commençâtes A prendre ce vol immortel Devers la gloire où vous volâtes.
Tout du plus loin que je vous vis.
Je m'écriai; je vous prédis A l'Europe tout incertaine.
"Vous parûtes ; vingt potentats Se troublèrent dans leurs états En voyant ce grand phénomène :
Il brille, il donne de beaux joui-s ; J'admire, je bénis leur cours.
Mais c'est de loin ; voilà ma peine;