‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 43 sur 134 · LV. AU ROI DE PRUSSE. (i7U · texte numérisé non relu

LV. AU ROI DE PRUSSE. (i7U

l^ETjx qui sont nés sous un monarque

Font tous semblant de l'adorer;

Sa majesté, qui le remarque,

Fait semblant de les honorer;

Et de cette fausse monnoie

(^ue le courtisan donne au roi,

Et que le prince lui renvoie.

Chacun vit ne songeant qu'à soi:

IMais lorsque la philosopliie ,

La séduisante poésie.

Le goût, l'esprit, l'amour des arts,

Rejoignent sons leurs étendards,

A trois cent milles de distance ,

Yotre très royale éloquence,

Et mon goût pour tous vos talents';

Quand, sans crainte et sans espérance,

Je sens en moi tous vos penchants.

Et lorsqu'un peu de confidence

Resserre eucor ces nœuds charmants ;

Enfin lorsque BerUn attire

Tous mes sens à Cirey séduits ;

Alors ne pouvez-vous pas dire :

On m'aime tout roi que je suis f

Enfin l'océan germanique, Qui toujours des bons Hambourgeoi»

Servit si bien la république , Vers Embden sera sous vos lois Avec garnison batavique.

Un tel mélange me confond :

Je m'attendais peu , je vous jure , De voir de l'or avec du plomb;

IMais votre creuset me rassure :

A votre feu, qui tout épure , r>ientôt le vil métal se fond , Et l'or vous demeure en nature.

Par-tout que de prospérités !

Tous conquérez, vous héritez Des ports de mer et des provinces ; "Vous mariez à de grands princes De très adorables beautés ; YoHs faites noce , et vous chantez Sur votre lyre enchanteresse Tantôt de Mars les cruautés Kt tantôt la douce mollesse.

Vos sujets au sein du loisir Goûtent les fruits de la victoire :

"Vous avez et fortune et gloire ; Vous avez sur-tout du plaisir; Et cependant le roi , mon maître , Si digne avec vous de paraître Dans la liste des meilleurs rois.

S'amuse à faire dans la Elandre Ce que vous faisiez autrefois Quand trente canons à la fois Mettaient des bastions en cendre.

C'est lui qui, secouru du ciel , Et sur-tout d'une armée entière , A brisé la forte barrière Qu'à notre nation guerrière Mettait le bon greffier Fagel.

De Klaudre il court en Allemagne Défendre les rives du Rhin ; Sans quoi le pandoure inhumain Viendrait s'enivrer de ce vin Qu'on a cnvé dans la Champagne.

Grand roi, je vous l'avais bien dit < îup njun souverain magnanime

ga EPITRES.

Dans l'Enrope aurait du crédit.

Et de grands droits à votre estime.

Son beau feu , dont un vieux prélat Avait caché les étiocelles , A de ses flammes immortelles Tout d'uu coup répandu l'éclat:

Ainsi la brillante fusée Est tranquille Jusqu'au moment Où par son amorce embrasée Elle éclaire le llrmament , Et , perçant dans les sombres voiles.

Semble se mêler aux étoiles Qu'elle efface par son brillant.

C'est ainsi que vous enllammàte»

Tout l'horizon d'un nouveau ci«!, Lorsqu'à Berlin vous commençâtes A prendre ce vol immortel Devers la gloire où vous volâtes.

Tout du plus loin que je vous vis.

Je m'écriai; je vous prédis A l'Europe tout incertaine.

"Vous parûtes ; vingt potentats Se troublèrent dans leurs états En voyant ce grand phénomène :

Il brille, il donne de beaux joui-s ; J'admire, je bénis leur cours.

Mais c'est de loin ; voilà ma peine;

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