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LULU

92 ÉQUILIBRE PHYSIQUE, BIOL OGIQUE, ÉCONOMIQUE

biologique : le développement de l'individu et l’évolution des espèces.

Les unes et les autres sont comme des clapets qui ne permettent pas de confondre le sens du temps, et qui permettent de retrouver dans certains phénomènes la notion de durée que l’esprit humain trouve comme donnée immédiate de sa conscience. D'où les tentatives pour ramener les unes aux autres ces irréversibilités, et en particulier l’évolution à l’entropie. Mais jusqu'ici ces tentatives ont été infructueuses.

L'’entropie est d’ailleurs un acheminement vers un état d'équilibre et non un équilibre ; cette objection n’est pas dirimante, et l’on peut essayer de ramener un équilibre physiologique à un mouvement physique. Mais d’autres considérations théoriques sont plus graves.

Ch. E. GUYE a fait remarquer que l’entropie était une évolution vers un état plus probable alors que la vie semblait créatrice de dissymétrie, c’est-à-dire d’état moins probable. L'une et l’autre auraient donc une action contraire, et c’est d’ailleurs cette opposition qui fait le fond du tableau que brosse BERGsON dans L’'Évolulion créatrice.

Il y a d’autres différences encore. Les développements de l'individu comme l’évolution des espèces sont, on l’a vu, conséquences de deux phénomènes irréversibles différents : le premier, à tort ou à raison, provoque dans l'esprit: l’idée de cause ; c’est le vieillissement évolutif de l'individu dont la cicatrisation des plaies fournit une mesure ; c’est également la conséquence de la « vis à tergo » agissant sur la matière, et que BERGSON voit comme cause de l’évolution. Ge caractère causal accentué s'oppose évidemment à l'assimilation avec l’entropie, phénomène résultant de la loi des grands nombres (1).

(1) Opposition de principe ne veut pas dire opposition de fait. Autrement dit, ce n’est pas parce que l’entropie et l’évolution sont de nature essentiellement différente qu’elles opposent leurs effets. Cette conclusion serait grave car

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Mais il y a en outre une autre irréversibilité biologique. C'est celle qui résulte dans l'individu des accidents définitifs, et dans les espèces des mutations définitives (1) ou des accidents héréditaires. Effets du hasard, ceux-ci se rapprocheraient plus de l’entropie. Mais ils sont trop peu nombreux pour présenter les caractères élémentaires de grande quantité: qui sont indispensables à la loi des grands nombres. Ils ne seraient comparables qu’à une toute petite quantité de gaz, 1/1.000 de millimètre cube par exemple. Et à cette échelle, les phénomènes physiques n'ont plus les mêmes caractères.

C) Transposition en biologie du concept d’équilibre

27) Ce qui ressort le plus des mises au point précédentes, c’est que l’équilibre biologique est comparable à la fois à un mouvement et à un équilibre physiques. Peut-être cette ambiguïté est-elle due à ce que, comme le fait remarquer GUILLEMINOT, tous les phénomènes vitaux évoluent dans des états voisins de l’équilibre physico-chimique.

Il faut donc reconnaître que la transposition du concept d'équilibre d’une science dans l’autre a un peu faussé le concept même. Ayant défini en physique l’équilibre comme cas particulier du mouvement, on a transposé en biologie une notion mixte relevant à la fois de l’équilibre et du mouvement physiques, que l’on a appelé équilibre biologique.

Quant à ce à quoi s'oppose l’équilibre biologique, comme l'équilibre physique au mouvement, c’est en somme le

l'entropie ayant un droit de priorité comme phénomène d’une science plus générale, l’évolution s’opposerait à ses lois. La question est encore ouverte. Mais la majorité des auteurs estime, avec LecomrTEe pu Nouy que : «La matière vivante dans son évolution obéit à une loi qui n’est pas implicitement contenue dans le principe de CARNOT », c’est la prudence même.

(1) Grâce aux croisements, de nombreux phénomènes héréditaires peuvent ne pas être irréversibles dans l’évolution des espèces. Mais certains l’ont

sûrement été.

développement absolument anarchique des tissus et des fonctions. Mais précisément, ce développement n'a pas lieu en pratique. On peut cependant en avoir une idée par la prolifération sans mesure des cellules cancéreuses. Le mouvement biologique serait donc l'absence de la régulation centrale de l'individu. La constance est la soumission des détails de l’organisme à cette régulation centrale.

Mais la vie est un phénomène discontinu : un individu est mort ou est vivant. Tant qu’il vit, sauf dans le cas de certaines dégénérescences, ces caractéristiques restent constantes. Après il n’y a plus de phénomènes biologiques. C’est cette discontinuité qui a fait 6pposer l’équilibre biologique à la mort, c’est-à-dire à l’équilibre physique. Mais on peut concevoir une anarchie de l’organisme à laquelle il + LH serait également. à :

En physique, le mouvement est le cas général. L' équilibre est un cas particuleir ; c’est pourquoi on le remarque ; c'est pourquoi on détermine le nombre de ces positions ; c'est pourquoi on peut trouver l'explication de l'équilibre dans une cause ou dans le hasard.

En biologie, la constance des détails de l’organisation est la condition sine qua non de la vie. L'équilibre est donc le cas absolument général. L’exception peut être seulement. imaginée, comme l’anarchie complète des tissus, où se trouve réalisé un des phénomènes exceptionnels, comme le cancer.

Le degré de généralité qu'acquiert ainsi le concept de l'équilibre dans chacune de ces deux disciplines est opposé : exception dans l’une, c’est la règle dans l’autre. L’étude des sociétés qui ne sont pas régies par le hasard (et le seraient-elles, que leurs éléments constitutifs seraient en trop petits nombres pour que les lois du hasard s’appliquent) mais qui ne sont pas coordonnées aussi parfaitement qu'un individu, doit probablement s’accommoder d’un concept d'équilibre d’une généralité intermédiaire.

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