‹ Equitation des damesChapitre 22 sur 68 · DÉFINITIONS DU RAMENER ET DU RASSEMBLER · texte numérisé non relu

DÉFINITIONS DU RAMENER ET DU RASSEMBLER

« Ilest impossible d’être sage, si on ne sait en + quoi consiste la sagesse. — La véritable sagesse « se définit par une aversion naturelle pour la « folie. » TACITE.

Il me semblerait, Madame, ne vous avoir rien dit de bon, ni de sérieusement utile, Je croirais m'être borné aux lieux communs de l'équitation, si je ne venais mettre Sous vos yeux et analyser succinctement les deux idées les plus justes et les plus fé: condes en résultats que j'aie jamais rencontrées dans un livre traitant de mon art: ramener et rassembler. Oui, sans doute, Tacite a raison lorsqu'il dit: « Comment être sage, quand on ignore en quoi consiste la sagesse? » Et comment, ajouterai-je, détester la folie, si on ignore par quels actes elle se révèle et à quels dangers elle expose?

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Or, en équitation, tout aussi bien qu'en morale, la sagesse, c’est le juste équilibre des forces. — La fol, au contraire, nait de leur fausse fépartition et du désordre qu'elle enfante. D'une sage distribution de ces mêmes forces résultent les mouvements agréables, énergiques et sûrs que vous apprécierez plus tard dans votre cheval. — Le désordre ne peut que développer les vices du caractère, les souffrances physiques, et enfin faire surgir ces défenses violentes qui sont le comble dela folie. C’est pour vous mettre, Madame, à l’abri de ces moments d’égarement si redoutables, que je vais exposer à vos yeux les ressources que notre art possède : ressources mappréciables, si elles peuvent vous épargner un ennui et vous faire éviter un danger.

Vous avez été frappée, sans doute, de la manière disgracieuse dont certains chevaux portent la tête en l'air, cherchant à se soustraire à leur frein. — Sans vous rendre exactement compte du pourqguor, vous aurez conçu l'idée d’une souffrance, d’une gêne, peut-être même d’un vice de conformation, et, dans tous les cas, vous vous serez promis de ne jamais acheter de semblables chevaux, car votre sentiment instinctif du beau, vous aura dit que cette attitude était au moins aussi anormale que disgracieuse. — Vous avez pensé juste, Madame, car tout cheval

qu'on voit, quel qu'en soit le motif, imprimer à sa

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tèté et à son encolure une si fâcheuse position, doit porter péniblement son cavalier; 1l souffre et n’attend qu'une occasion pour se défendre. — C’est un cheval dont l’éducation a été nulle ou mal comprise, et qui ne pourra, dans aucun cas, être la monture d’une femme. — La tête et l’encolure d’un cheval sont, par rapport à son corps, ce que le gouvernail est au navire; elles donnent la direction et régularisent le mouvement. — Pour peu que ce véritable gouvernail soit dans de mauvaises conditions et mal ajusté, le bâtiment ne se laisse pas diriger et ne suit plus la route qu'on cherche à lui tracér.—Si tous les auteurs et les écuyers célèbres se sont accordés à condamner cette position désordonnée, quelques-uns seulement ont exprimé leurs théories à cet égard et décrit rationnellement la vraie position de la tête et de l’encolure, et les moyens de l'obtenir. — Je me bornerai à vous donner mon opinion propre, qui, du reste, je l'espère, sympathise avec celle de plusieurs de mes collègues.

Le cheval doit être ramené, je veux dire que son encolure doit être gracieusement rouée à sa partie supérieure ; sa tête fléchie sur cette encolure sera perpendiculaire au sol, ou à peu près; car si parfois, aux allures allongées, vous donnez un peu plus dé libérté d'extension à la tête et à l’encolure, elles devront cependant, à la moindre sollicitation de Ia

HU main, se rapprocher et reprendre une attitude plus concentrée, sans contractions apparentes et par une flexibilité qui semble naturelle.— Nous dirons alors, je le répète, que ce cheval est ramené, ou que sa tête est dans les conditions les plus avantageuses pour nous permettre de le rassembler.

Mais, me direz-vous, « pourquoi un cheval souffre- « t-il lorsqu'il n’est pas ramené? » Parce que les effets de votre main, armée d’un levier (le mors), réagissent, par l'intermédiaire de l’encolure qui est elle-même un second levier, sur les reins et les jJarrêts du cheval, et qu’enfin, les déplacements et tous les efforts de cette encolure se font immédiatement sentir sur la colonne vertébrale, dont la susceptibilité est d'autant plus grande qu'elle est elle-mème la base de l’édifice et le siége principal de la sensibi-

lité.

Vous le comprendrez bientôt : pour que vous puissiez exiger quelque chose de votre cheval, vous devez d’abord le rassembler, autrement dit concentrer ses forces, sa puissance 1mpulsive, sur un même point. Cette concentration bien entendue se traduira aux yeux par la cadence, la régularité dans le mouvement, et, chez quelques chevaux de manége bien dressés, par le rapprochement visible des

pa as membres postérieurs sous le centre; mal appliquée, au contraire, elle n’amènera que des déplacements brusques et même des défenses. Qu’arrive-t-1l, en effet, quand vous demandez le rassembler sans avoir ramené la tête du cheval? C’est que vous apportez les forces directement sur les reins et sur les Jarrêts ; l’arrière-main, immobilisée par cette surcharge, ne peut s'engager sous le centre, et cependant, sollicitée par votre cravache ou tout autre stimulant, elle ne trouve d’autres ressources, pour se débarrasser de sa gêne, que des potntes, des sauts en avant, et même des ruades, selon la partie qui se trouve le plus ou moins forte chez l’animal irrité et surexcité douloureusement par les oppositions de la main et les tentatives infructueuses du rassembler. Lorsqu'au contraire le ramener précède toute concentration, et que le mors ne s'oppose au mouve— ment que dans la ligne horizontale des épaules aux hanches, on remarque aussitôt cette cadence gracieuse dont je viens de parler, et une heureuse prédisposition du cheval à se mobiliser dans tous les sens, en donnant à ses élans une expansion réglée et déterminée par les effets de la main. — En un mot, Madame, dans ces deux expressions ramener (placer), rassembler (concentrer), se trouve toute la science du cheval réunie; c'est à ces deux idées, dont l’une doit toujours précéder l’autre, qu'il faut

vous attacher, si vous voulez obtenir toute la régula-

rité ét l'élégance d'allures qué vos chévaux possèdent.

Le ramener, pour moi, c’est plaire, c’est séduire,

C’est le fait d’un esprit aimable et caressant ;

Le rassembler, c’est plus, c’est dominer, conduire, C’est prouver qu’on est maître, c’est régner en tyran.

Jé vous dois encore quelques mots sur ce que nous entendons par encapuchonnement, que vous vous donnerez de garde de confondre avec le ramener.

Lorsque le cheval est encapuchonné, son encolure vous apparait démesurément rouée et affaissée, sa tète est basse et ramenée jusqu’au poitrail, où les branches du mors viennent s'appuyer, lorsque le cheval résiste aux oppositions de la main et a rejeté ses forces Sur les épaules. Si vous supposiez une ligne perpendiculaire au chanfrein (1) et se dirigeant du côté des - hanches, vous verriez cette ligne allant de bas en haut, tout à fait en dehors de la croupe, et conséquemment, l'opposition de votre main n'aurait plus d'action sur l’arrière-main du cheval, et n’en conserveralt même qu'une très-faible sur les épaules. Le tact seul vous fera comprendre, Madame, les inconvénients d’une telle attitude et vous ne tarderez pas à apprécier dans quelles conditions d’élévation et de soutien doit être l’encolure d’un cheval, pour qu'il

(4) Milieu de la face antérieure de la tête.

vous soit agréable à diriger. — Je crois vous avoir mise sur la voie de la vérité par ces démonstrations, toutes superficielles qu’elles puissent être ; 1l ne me reste plus qu’à vous indiquer comment vous obtien— drez le ramener et le rassembler, comment aussi vous pourrez modifier et régler les trois allures que J'ai essayé de vous définir dafis le chapitre précédent. Nous ne devions pas pénétrer plus avant dans l'étude théorique de l'équitation, sans avoir posé clairement quelques-uns de ces grands principes qui président à l'équilibre et sont le pointde départ de tous les mouvements. — Ne serait-ce point une coupable négligence que de vous laisser inconnue une source de jouissances où vous puiserez sans cesse, et qui vous sera d'autant plus précieuse que, chez les femmes, le sentiment et le tact s'emparent comme par enchantement des moindres découvertes de la l'AISON.

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