QUATRIÈME LECON
La première partie de cette leçon comprendra, en abrégé, la reproduction de la troisième, autrement dit, la dernière préparation aux exercices que vous allez vous-même faire suivre à votre cheval, et auxquels présidera le même esprit de méthode et de procression. Permettez-moi de vous résumer, en peu de de mots, ce travail préparatoire : Flexions de màchoire, élévations d’encolures, déplacements latél'AUX, marche au pas très-ralenti, arrèts et départs multipliés, arrêt reculer d’un pas, porter en avant, épaule en dedans renouvelée fréquemment aux deux mains, enfin, demi-tours sur les hanches.
Après ces exercices successifs, vous monterez le cheval avec toutes les précautions usitées et recom-— mandées dans les chapitres précédents. Vous tiendrez
mon
vos rênes séparées. Votre quatrième doigt sera passé entre la rène de bride et celle du filet, sur laquelle se serrera le petit doigt. Vous aurez soin, avant de mettre votre cheval en mouvement, d'ajuster vos rênes de telle sorte que le filet agisse seul, vous réservant l'effet du mors pour le moment où le besoin s’en ferait sentir et pour la fin du travail, où ses effets devront trouver leur application.
Après avoir, pendant quelques minutes, marché au pas pour mettre l’animal en confiance, vous lui demanderez successivement tout ce que vous lui aurez enseigné, à la main, dans les lecons précédentes. Vous vous assurerez de sa soumission aux arrêts et aux départs. Vous essaierez les déplacements et mobilisations de la croupe, le reculer et l'épaule en dedans. Si, comme je n’en veux pas douter, vos exigences sont imposées avec tact etjustesse et que vous obteniez une pleine satisfaction, il sera temps de mettre le cheval au trot raccourci et de l’exercer sur des cercles, aux deux mains. Vous lui ferez décrire des huit-de-chiffres pour le rendre souple, amener une décontraction complète de toutes les parties et k: cadencer dans son allure. Les changements de direc=< tion seront toujours précédés d’un demi-arrêt, ou ac: tion simultanée et égale dés rênes. Les indications dans le tourner seront données par la rêne directe (rène droite en tournant à droite) et soutenues par la
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rène contraire, qui aura la double action de limiter l'étendue du cercle et de pousser les épaules du côté opposé. Le poignet qui tent la rêne contraire sera toujours plus élevé que l’autre, pour exercer plus efficacement le soutien et la pulsion sur l’encolure; et la main qui donne l'indication, n'aura pour mission que de maintenir la position delatète, de donner et de renouveler l'indication. C’est par l’emploi raisonné et méthodique de ces effets de rênes, constamment reproduits d’une manière identique, qu’on amène promptement le cheval à tourner à l’action des rênes dans une seule main, c’est-à-dire, comme vous le savez, par la rêne contraire.
Si votre cheval révèle un peu d’ardeur, et vous oppose un peu trop de poids et de contraction à la main, vous lui ferez sentir l’action du mors simultanément avec celle du filet. Pendant la reprise au trot, vous devrez pratiquer fréquemment les demiarrêts et même les arrêts avec élévation de poignets, pour obliger votre cheval à s'asseoir et à varder une légèreté qui, associée à l'impulsion, doit êt e la tendance de tous vos efforts et la conséquence des exercices gymnastiques dont vous lui faites parcourir les différents degrés. Il va sans dire qu'après chacun de ces effets d’élévation motivés, vous replacez vos mains en les abaissant et que vous ne cherchez pas à imposer à l'animal une
constante et fatigante sujétion. Reprendre et rendre, tendre l’arc et le détendre, tel est, vous ne l’ignorez pas, le principe de toute bonne et durable
domination.
Avant de vous conduire plus loin dans l'éducation raisonnée du cheval, je vous demanderai la permission d'entrer, au moins d’une manière générale, dans certaines considérations anatomiques (que le mot ne vous effraie pas trop) qui pourront vous offrir quelque intérêt et qui auront une grande signification lorsque je vous reparlerai d’assouplissements, et que Je chercherai à vous en faire apprécier les avantages
et les inconvénients.
J'emprunte certains passages de cette leçon à la méthode d’un habile écuyer, mon ancien camarade et ami, M. du Tilh, qui commandait dernièrement le manége de l’École de cavalerie.
La colonne vertébrale représente un long levier sur lequel viennent directement ou indirectement se rallier toutes les pièces osseuses qui supportent le corps et les muscles destinés à le mouvoir; cette tige vertébrale offre quatre parties à considérer : deux fixes, centres de mouvements, deux mobiles qui permettent les diverses attitudes du corps. Les fixes sont le garrot et une réunion de
cinq vertèbres soudées ensemble, qui se trouvent à la base de la croupe (on l’appelle le sacrum). Les mobiles sont surtout 4° l'endroit de jonction des vertèbres du rein avec celles du dos (qui commence à la dernière fausse côte); 2° la partie supérieure de
l’encolure.
Si le cheval peut se montrer si souple et si flexible dans une foule de ses attitudes, c’est grâce à sa co- Jonne vertébrale.
Si, d'un autre côté, l’encolure, selon les attitudes qu'on peut lui faire prendre, a pour but de Jeter le poids tantôt sur l’avant-main, tantôt sur l’arrièremain, ou bien encore sur les bipèdes latéraux droits ou gauches, pour déterminer une attitude et par conséquent une allure correspondante, nous-en concluons que l’encolure conservant une mobilité instinctive : limitée, ne doit pas être assouplie, mais que nous devons mobiliser et rendre plus souples dans leurs inflexions, plus étendues, les deux premières vertèbres de l’encolure qui permettent à la tête ses plis divers, lesquels la font réagir sur l’encolure et par suite exercent une influence directe sur la répartition : du poids. En résumé, la flexibilité naturelle de l’encolure est décroissante à partir du garrot jusqu’à l’attache de la tête qui, s’il en était autrement, ne pourraitse soutenir et conserver son élévation. L'encolure.
si elle était trop flexible et trop mobile, ne pourrait réagir suffisamment sur le train de derrière et en 4éoulariser la marche.
Ainsi que J'ai eu l'honneur de vous le redire plusieurs fois, Madame, l’encolure est un gouvernail qui règle les mouvements, et un balancier qui, selon qu’il s’allonge ou se raccourcit, amène le poids sur les épaules ou le reporte sur les hanches.
Prenez pour exemple l'allongement, l'extension de l’encolure du Racer pendant la course, et considérez, bientôt après, ce même cheval repliant (ramenant) son encolure à l’action du mors etse mettant au canter le plus raccourci, vous aurez, Madame, une idée plus juste et plus saisissante de cette définition, tant soit peu scientifique. |
Tout ce que je vous ai suggéré dans ce qui précède, a donc eu pour but de donner à l’encolure l'élévation nécessaire au bras de levier, pour ramener et fixer le poids sur l’arrière-main etcombattre la tendance naturelle de tous les chevaux, qui ont couru ou chassé, à apporter leur poids sur l’avantmain et à éloigner leur arrière-main.
Les quelques mots que je vous ai dits, en passant, de la flexibilité du rein, vous indiquent où se trouve
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le siége de la souplesse dans la colonne vertébrale, souplesse qui dans le rein doit être accompagnée d'une grande force musculaire, pour transmettre l’impulsion à l’avant-main et permettre à cette dernière de réagir utilement sur la croùpe. N’achetez donc jamais un cheval qui ait le rein fable, trop long et dépourvu de muscles. Cette partie essentielle, dénuée de puissance, serait molle au lieu d’être souple; vous essaieriez vainement de réagir de devant sur les hanches pour y fixer un poids qui reviendraitsans cesse en avant. Un cheval dont le rein est faible, n'offre d’ailleurs aucune garantie de solidité sur ses membres, et s’il fait'un faux pas, 1l est hors d'état de se relever.
Revenons à l’encolure, et voyons par quels movens nous pouvons la rendre docile à nos indications, . comment nous pouvons, à notre gré, en vue de l’équilibre général, la raccourcir, l’étendre, la baisser, l’élever et la faire agir latéralement.
Ces moyens seront : 1° les déplacements latéraux de la tête sur l’encolure ; 2° son placer vertical et le relâchement de mâchoire; 3° le redressement ou inclinaison d’encolure sur les épaules; 4° les descentes de main.
Déplacements latéraux ou flexions de la tête sur l'encolure.
Les rênes de filet seront plus courtes que celles de la bride. Marchant au pas sur la ligne droite, vous tirerez oraduellement et moelleusement sur la rêne droite dans la direction de l'épaule droite vers la hanche gauche et chercherez à obtenir un ph de la tête qui la place seulement en ligne avec l'épaule. Votre rêne gauche sera soutenue, pour empêcher l’affaissement de l’encolure, régler l’étendue de cette flexion et prévenir, en même temps, le déplacement des épaules. Les poignets resteront fixes quelques instants, en attendant la mobilisation de lamâchoire. Vous rendrez, aussitôt que vous aurez obtenu ce résultat, et flatterez votre cheval.
S'il n’amène que le bout du nez, il faut redresser la tête, soutemir le poignet gauche en faisant agir la rène presque verticalement, comme je l'ai précédemment prescrit, et recommencer la flexion. Le pli de la tête sur l’encolure, sur le plan médian, et le relâchement de la mâchoire s’obtiendront de la manière suivante : 1° par l’action alternative de la rêne droite du filet et de la rêne gauche de la bride, que vous raccourcirez à cet effet; 2° par l’action alternative des deux rênes droites et des deux
rènes gauches; 3° par l’action directe et simultanée de la rêne droite de la bride et de la rêne gauche du filet ; 4° de la rêne gauche de bride et de la rêne droite de filet; 5° par l’action simultanée des deux rênes de bride réunies dans une main et de la rêne droite ou de la rêne gauche de filet. Cette alternative d'actions amène promptement le relâchement de la mâchoire, fait allonger la tête et progressivement l’encolure; toutefois il ne faut pas lâcher la tête, mais suivre la tête dans son extension et continuer à combattre la contraction de mâchoire. Ce serait une faute que de céder au premier effet obtenu ; l'animal en profiterait pour baisser la tête et se soustraire à la main. Il ne doit donc pas se trouver dans le vide, mais, au contraire, rencontrer la main plus ou moims soutenue pendant toute la durée de la flexion. Après que vous aurez obtenu le résultat désiré, vous devrez élever les mains par degrés et ramener l’encolure à sa position normale.
Vous avez dû remarquer, Madame, que tout en admettant la flexion latérale de la tête sur l’encolure et son ramener, ainsi que le relächement de mâchoire, la tête verticalement placée sur le plan médian, nous avons conservé à l’encolure toute sa puissance réactive sur la masse et que nos effets de rênes directs, d'avant en arrière, auront toute leur action pour agir
latéralement sur l’une ou l’autre épaule ou sur l’une et l’autre hanche. J’appelle de nouveau votre attention sur ce point important et je reviens à ma quatrième leçon.
Après un exercice au trot, tel que je l'ai prescrit, le cheval sera promené au pas allongé pendant quelques instants, puis sa leçon sera terminée par des flexions de tête à droite et à gauche, quelques pas de tête au mur, demi-hanche, quelques demi-tours sur les hanches, et enfin ce reculer très-lent où l’on peut suspendre chaque pas et reporter vivement le cheval en avant,