HUITIÈME LECON
En terminant, Madame, ma dernière leçon, J'ai résumé sommairement la progression de la méthode et vous ai fait assurément comprendre qu'il fallait, Jusqu'à parfait dressage, repasser chaque jour et pratiquer successivement et dans leur ordre, tous les exercices dont se compose la gymnastique qui donne au cheval la souplesse et l'harmonie de mouvements que vous désirez trouver. Au point où vous en êtes arrivée, vous devez éprouver un vrai plaisir à demander ce que vous obtenez sans peine, et vous pressentez le moment prochain où vos exigences auront un terme. |
En effet, Madame, cette dernière leçon qui renfermera mes indications sur les changements de pied en l'air, et les moyens d'obtenir le praffer et le passage, sera la dernière partie de cette progression
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équestre qui serait assurément bien succincte, et comporterait de plus longs développements si vous ne possédiez à l'avance une grande habitude du cheval et n'étiez familiarisée avec tous les exercices de manége et avec toutes les finesses du métier.
J'avais l'honneur de vous dire dans ma précédente instruction qu'il serait bientôt temps de réunir vos rênes dans une main, et vous avez dùü trouver pratiquement que le travail en rênes séparées était rationnellement indiqué dans le début du dressage, puisqu'il donnait à leurs actions diverses une valeur plus précise et plus distincte. Aujourd’hui, il me suffira donc de vous dire de tenir désormais vos rênes à l'allemande, ainsi que je vous l'ai prescrit dans mes leçons. L’annulaire de la main gauche sera passé entre les rènes de bride; la rêne gauche du filet sera tenue par le petit doigt et les trois rènes se trouveront assujetties par le pouce de cette main, tandis que la main droite tiendra la rène droite du filet dont l’action deviendra accessoire et subordonnée aux nécessités qui s’en feront sentir. Lorsque les rènes de bride réunies reprendront leur action, celles du filet se trouveront détendues ou n'auront qu'une action isolée, pour indiquer un mouvement, provoquer une décontraction de mâchoire ou une élévation d’encolure. Lorsque l'effet simultané des deux rènes de filet sera nécessaire, celle
de la bride cessera tout naturellement, par suite du raccourcissement des rênes de filet.
Tous les mouvements exécutés pourront et devront donc être reproduits, avec les rênes de bride réunies dans une main, secondées par des indications du filet.
Après avoir famiharisé le cheval avec les départs de galop aux deux mains et les avoir rapprochés autant que possible, on peut exiger les changements de pied en l'air; ne pensez pas, Madame, que ce soit chose aussi difficile qu'elle vous apparaisse. Lorsque le cheval accepte facilement les positions déterminantes du galop à droite et à gauche, il ne s’agit plus, pour obtenir le changement de pied, que d'imprimer au cheval l’inclinaison qu'on lui aurait donnée pour le mettre au galop, sur l’un ou l’autre pied, en faisant précéder l'indication d’un léger demi-temps d'arrêt. Le changement de pied, de œauche à droite, vous sera plus facile, en raison de votre position à cheval et de l’usage que vous pouvez faire de votre jambe (et au besoin de votre éperon). Pour changer de droite à gauche, vous aurez recours à votre cravache qui déterminera le changement de position et provoquera la bipède latéral gauche à marcher en avant de la partie droite. Aï-je besoin de vous redire que le résultat que vous chercherez, étant entièrement la conséquence de la position don-
née, vous vous préoccuperez surtout d'appliquer ce que nous avons appelé le redressement de la tête en arrière à droite et en arrière à gauche, pour apporter franchement le poids sur l’une ou l’autre épaule?
Vous ne tarderez pas à reconnaitre que le cheval, répondant sans hésitation à ces effets de rênes, finit par déplacer son poids avec facilité et à éffectuer ses changements de pied à une indication légère et peu apparente. Le changement de pied n’est donc en dé— finitive qu'un départ de galop, dans le galop luimême.
Le cheval fait sa préparation ou changement d’appuis sur sa troisième foulée, c'est-à-dire que ‘galopant à droite, c’est lorsqu'il a le membre antérieur droit sur le sol qu'il change la disposition de son poids, et c’est ensuite pendant un temps bien court, où la masse est complétement en l'air. que se produit l’évolution ou changement de pied, dit
en l'air (1).
(1) Pour plus de clarté, et pour ne pas laisser le moindre doute sur notre pensée que nous croyons devoir compléter, supposons le cheval galopant à droite, le changement de pied n’étant autre chose qu'un départ au galop (le cheval étant au galop), il s'ensuit que le cavalier prépare et exige le départ de galop à gauche, comme si le cheval marchait au pas on au trot, ou enfin comme si ce même galop devait s'effectuer de pied ferme.
Si donc, pour prendre le pied gauche (galopant à droite), le ca-
Lorsque vous aurez obtenu votre premier changement de pied, vous laisserez votre cheval marcher droit pendant quelques instants pour le rendre calme, puis le mettrez au pas et le flatterez. Vous apporterez une prudente gradation dans cette nouvelle exigence et y joindrez beaucoup de justesse et de fixité d’assiette; enfin vous éviterez, dans la préparation aux changements de galop, de marquer un arrêt trop intense qui paralyserait l'impulsion et empêcherait l’évolution de se produire d’une manière complète. C'est-à-dire que le cheval pourrait ne changer que du devant et rester par conséquent désuni. Il faut, en un mot, changer la position sans ralentir le mouvement; bref, le demi-arrèt que nous indiquons, à pour but de prévenir et d’équilibrer le cheval, qui doit être, aû contraire, activé au moment
de l’évolution ou départ sur une autre jambe.
Lorsque votre cheval exécutera, sans difficulté, les changements de galop, vous pourrez en faire l’application dans les 8 de chiffre ou changements de
cercles, et cependant vous ne terminerez jamais votre
valier prépare convenablement son cheval et donne à ses aides l’intensité voulue, au moment où le pied antérieur droit arrive à terre (3° battue), le chargement se fait sans secousse et sans trouble, dans une position horizontale. C’est donc à la faveur de l'appui sur le pied droit antérieur que peut se produire utilement le changement de combinaison ou évolution des extrémités.
travail sans avoir mené votre cheval au galop sur de orandes voltes, ou vous marcherez à faux aux deux mains pour que, restant soumis à vos aides, animal ne change pas de pied de lui-même, ce qui le rendrait désagréable et désordonné dans le travail du dehors. Le cheval prend vite des habitudes, et 1l est disposé à faire abus de ce qu’il a appris, à la moindre indication, si une main habile ne le maintient toujours attentif et soumis à ses effets. Plus l’éducation est avancée, plus il faut parler juste et savoir à propos, par la variété des exigences, par le passage fréquent d’une allure à l’autre, combattre les habitudes du corps et une tendance plus marquée à une allure ou à une attitude qu’à une autre.
Parlez toujours distinctement, Pour être vite et mieux comprise ; Exigez, mais discrètement :
Le bon vouloir s’épuise Par de trop longs efforts.
Le cheval, sans repos, contraint dans son allure Perd bientôt sa puissance, émousse ses ressorts
Et vous fait ressentir sa trop précoce usure.
La régularité des allures est la conséquence et la preuve d’un dressage. Par régularité nous entendons une marche équilibrée et dans laquelle le cheval demeure léger, liant et soumis aux oppositions de la main. S'il se jette, au contraire, lourdement sur l’avant-main, se contracte etsort de ses aplombs,
ses mouvements sont défectueux et son dressage est incomplet. Tous les moyens équestres que nous avons indiqués seront donc insuffisants, ou mal appliqués, s'ils n’ont pour résultat définitif cette régularité désirable. Si nous insistons autant sur ce point et le précisons encore avant de terminer ces derniers enseignements, c’est afin d’éveiller, une dernière fois, votre attention et de faire appel à votre tact, en vue d'imprimer aux trois allures la qualité essentielle qui en fait le charme. $’il nous était permis de supposer la construction de votre cheval irréprochable et naturellement équilibrée, la régularité de ses allures serait la conséquence certaine du travail auquel vous l'avez assujetti, mais le cheval naturellement harmonieux est une exception, l’art est constamment forcé de combattre les tendances de la nature, de faire renaître une équilibre qui se perd ou de combattre un désordre qui se produit; 1l y a donc dans l’emploi des moyens que vous avez désormais à votre disposition, une application judicieuse que règle le sentiment et qui, à la longue, corrigeant les instincts naturels, donne d’une manière à peu près absolue, l'attitude d’où résulte une régularité d’allures.
C’est par l'alternative de l’extension et du raccourcissement des mouvements, que vous arriverez à les équilibrer et à les régler. Des allures trop courtes
DE
fatiguent, épuisent les ressorts et paralysent les moyens; Si, au contraire, elles sont trop longtemps allongées, le cheval perd sa faculté de concentration, il devient lourd, roide, décousu et désagréable.
Vous connaissez désormais ce que vous avez à faire dans vos promenades et l’application, au dehors, des leçons que vous avez données en champ clos.
Je vous ai dit quelques mots de l'emploi de votre éperon; Je crois devoir vous prémunir contre les inconvénients qu'il peut avoir, si l'usage que vous en ferez n'est dirigé par une extrême circonspec-
tion.
Le dressage, au moyen des cravaches, donnera infailliblement à votre cheval une soumission com-— plète, et surtout une grande franchise d’impulsion; il Sera donc une préparation naturelle au toucher ultérieur de l’éperon, qui sera d’abord complétement mousse et secondé du contact de votre cravache ; pour lui donner sa valeur stimulante, vous pourrez y ajouter plus tard des molettes légèrement piquantes, si le besoin s’en fait sentir. Vous vous souviendrez, toutefois, que l’éperon présente de nom breux inconvénients, avec les juments, et de non moins grands avec certains chevaux entiers qu’ils rendent même rétifs.
Je vous ai défini le trot à l’anglaise, et vous le pratiquez avec aisance, mais il est indispensable que je revienne sur cette question, pour vous la faire envisager à un nouveau point de vue. Le trot étant une allure diagonale en deux temps, votre assiette est déplacée par chacun de ces bipèdes, et vous pouvez conséquemment vous enlever sur l’une ou l’autre foulée. Le plus ordinairement vous êtes enlevée par le bipède diagonal droit, en sorte que votre poids doit, à la longue, fatiguer ce bipède, et donner plus d’élévation et d'extension au bipède diagonal gauche. Il est donc urgent, dans l’intérèt de l'égalité de l'allure, de vous exercer, et d'exercer votre cheval alternativement, sur l’un ou l’autre bipède. En jetant un coup d’œil sur les membres antérieurs de votre cheval, vous vous rendrez compte de l’ordre des foulées, et vous vous enlèverez au moment où l’antérieur droit ou l’antérieur gauche pose sur le sol, selon le côté où vous voulez trotter, et ne tarderez pas, du reste, à le faire avec une égale facilité, et à reconnaître que votre cheval trotte plus uniment et plus régulièrement. Votre position aura beaucoup à gagner dans cet exercice qui corrigera une certaine tendance du corps à se laisser aller à gauche, ce qui donne à la taille une oscillation disgracieuse.
Quelques mots du piaffer et du passage.
Vous savez, Madame, la signification équestre de ce mot et la valeur de cette allure, ou, pour mieux dire de ce mouvement sur place, qui résulte de la concentration de ses forces et du rapprochement des extrémités sous le centre, rapprochement qui permet au cheval une cadence gracieuse et identique
à l’allure du trot.
Le piaffer.
Les exercices préparatoires, l’assouplissement méthodique que vous avez graduellement imposés à votre cheval, ont eu pour résultat de rapprocher ses extrémités, de concentrer son action par ce seul fait qui résume toute la méthode « impulsion et re- « flux de cette même force impulsive d'avant en ar- « rière, autrement dit, développement d'une grande « somme d'action contenue et dépensée sur place, « autrement dit encore, et tous ces mots ont pour « vous un sens précis, rassembler complet ».
Lorsque vous aurez obtenu ce rassembler, lorsque vous serez sûre de déterminer l'impulsion et de la contenir, vous obtiendrez certainement le piaffer. Or voici la progression de votre travail :
Vous marcherez d’abord à un pas aussi raccourci que possible, et dont vous pourrez en quelque sorte, à chaque foulée, suspendre la progression, par une succession de temps d'arrêt qui forcent l’arrièremain à se fixer et à demeurer fidèlement soumise aux effets de rênes d'avant en arrière. Arrivée à ce point de soumission, vous stimulez l’arrière-main avec voire cravache, agissant en arrière des sangles (vous marcherez à main droite près du mur) et avec votre Jambe gauche, jusqu’à ce que votre cheval entre dans une cadence d’abord précipitée et 1rréguhère, mais qui ne tardera pas à s'élever et à prendre un caractère précis, c’est-à-dire la marche diagonale. Vous éprouverez, au déplacement de votre assiette, la sensation d’un ou deux temps de trot, et, à ce moment désiré, vous rendrez la main et vous flatterez votre cheval. Vous le laisserez se détendre au pas, avant de recommencer et de redemander une nouvelle concentration, et, en somme, vous vous bornerez chaque jour à cinq ou six essais de piaffer, en vous pénétrant de cette idée : que le cheval qui a pu vous donner un pas ou deux de cette allure ne tardera pas à vous la donner d’une manière soutenue et bien régulière, si vous la lui demandez avec gradation et partant avec une convenable prépa-
ration.
Le piaffer n’est point une fin, une allure que vous
chercherez comme complément de dressage, 1l sera, à mon humble avis, Madame, la gymnastique la mieux appropriée au développement et au perfectionnement des allures du cheval de selle qui vous est destiné. C’est pour moi le moyen, et le plus efficace de tous, pour harmoniser le cheval, le rendre définitivement et absolument soumis aux aides, comme il est, en résumé, la preuve indiscutable d’une soumission complète aux aides de la main et des jambes.
Nos maitres, qui n’ont défini généralement leur pensée que par l'indication et la prescription des moyens, nous ont recommandé de finir le cheval, après toutes les reprises, par quelques pas de piaffer. ce qui signifie pour nous : concentrer à nouveau les forces après leur avoir donné une expansion suffi sante; ramener sur les hanches le poids qui s’est plus ou moins reporté sur l’avant-main, et a détruit, dans une certaine proportion, cet harmonieux équilibre que nous rêvons et qui, pour vous, Madame, ajoutera un charme indicible à votre exercice de prédilection.
Le passage est un trot très-court, très-cadencé où le cheval engage ses hanches sous lui, plie ses g'enoux et rebondit, en quelque sorte, passant d’un bipède diagonal sur l’autre avec énergie.
Cette allure artificiellement (1) régularisée sera la conséquence d’une bonne préparation, d’une grande impulsion naturelle ou acquise, mais, dans tous les cas, habilement contenue.
Pour l'obtenir, il faut rassembler votre cheval, le stimuler, mais un peu moins que pour le piaffer, en lui laissant, par votre main, la faculté de se porter en avant avec ardeur, il faut que ce rassembler n'apporte pas le poids sur l’arrière-main, mais que, horizontalement réparti, 1l indique à l’animal l'allure du trot. Aussitôt que vous aurez senti une ou deux foulées, à cette allure cadencée, mais généralement assez déplaçante pour être facilement appréciée, vous mettrez votre cheval au pas. On ne peut pas trotter à l'anglaise au passage, il faut demeurer assise, liée au mouvement que l’on doit suivre avec une extrême fixité, pour ne pas le suspendre ou l’interrompre par le désordre de l'assiette. Comme pour le piaïfer, ce ne sera que graduellement et'en renouvelant ses exigences, après une suspension et une détente complète, qu'on peut se faire comprendre et la rendre facile au cheval qui, plus tard, la soutiendra pendant une reprise entière.
Le passage est encore un moyen infaillible de
(4) Je veux dire avec art.
donner plus de trie aux allures, plus de souplesse aux hanches et, enfin, cette régularité dont nous vous avons fait si souvent ressortir les avan-
tages.
Je crois, Madame, vous avoir exquissé tous les moyens que l’art met à notre disposition, non-seulement pour dominer le cheval, mais pour exercer symnastiquement ses allures, tout en ménageant ses forces et en assurant la durée de ses services.
Tout cheval, si bon qu'il soit, doit s’user avec le temps, mais, lorsqu'on s’en sert habilement, lorsqu'on le conserve dans un équilibre aussi régulier que possible, il s’use alors également, c’est-à-dire que ses membres, lui fournissant un mutuel et égal concours, conservent, Jusqu'au dernier moment, une harmonie et une force bien réparties, qui rendent ses services constamment sûrs et agréables.
Nous voulions être plus succincts, mais, entraînés par notre sujet et par le désir d’être précis et clair, peut-être avons-nous abusé de votre palience ou dépassé le but que nous nous proposions. L’intention Nous Sauvera à vos yeux, Soit que nous ayons été au-dessous de notre tâche, ou que nous ayons donné trop de développements à la partie didactique de cette méthode.
Ceux de nos lecteurs ou lectrices qui jetteront un coup d'œil attentif sur la dernière partie de cet ouvrage seront, nous l’espérons, frappés de la tendance qui l’a inspirée.
Simplfier l’art et combattre l'emploi d’une force inutile et préjudiciable, tel à été notre but. L’auronsnous atteint complétement et se trouvera-t-1l des hommes de cheval qui chercheront à appliquer ce programme, ou cette progression méthodique, dont ils peuvent faire leur profit, tout autant sinon plus que les lectrices auxquelles nous nous sommes permis d'en adresser l'hommage?
Permettez-nous, en terminant, hommes de cheval qui nous lirez, de vous dire que l'abus d’une force immodérée et constante, manque son effet, éteint et paralyse les moyens, autrement dit, que cette forcé provoque, à la longue, une insensibilité et une in= différence complètes aux aides; elle restreint le développement insünctif des allures et demeure impuissante à faire refluer sur le centre et sur l’arrière-main la force impulsive et l’action vibrante de l’animal.
Le cheval, pour être beau, doit accéptér, sans effort et presque insensiblement, lés causés déter-
minantes ou surexcitantes de ses mouvements, et, même lorsqu'il est le plus dans notre possession, il ne doit pas cesser de paraître lui et agissant dans la plénitude de son initiative.
Nos maitres, ceux qui passaient tant de temps à mettre leurs élèves à cheval et qui se bornaiïent à leur recommander le liant, la souplesse et la fixité, étaient essentiellement dans le vrai. Une harmonieuse 2ntemité avec le cheval dispense souvent des stimulants et des moyens de force, et, d’ailleurs, l'unification de l'assiette avec le mouvement permet une justesse et un à-propos dans l'emploi des aides, dont n’ont pas même la révélation, les cavaliers si vite improvisés de nos jours, et qui ne doivent leur solidité qu'à la force et à la hardiesse du jeune âge.
Pourquoi les chevaux sont-ils plus gracieux sous les femmes? C’est qu’ils sont eux-mêmes; que le frein qui les maintient moelleusement ne gène en rien le brillant de l'allure; que l'assiette n’est jamais en désaccord avec le mouvement, et qu’enfin les aides stimulantes, quoique en apparence insignifiantes, ne sont Jamais dans leurs effets contrecarrés par des effets de main inopportuns. |
Le comte d’Aune, qui avait, au plus haut degré, le sentiment du brillant dans le cheval, disait qu'il ne
fallait jamais rien lui demander avant d’avoir développé chez lui une somme d’action et de vitalité correspondantes à nos exigences; et, contrairement à ce que bien de gens ont pu croire, cet habile homme de cheval menait et équihibrait ses chevaux par l’assiette; ses jambes fixes, mais pas raccrochées, transmettaient une action vibrante mais non discontinue ; et, lorsque l’animal en intelligence avec lui, déployait tous ses moyens naturels, les aides de l’écuyer se résumaient en indications légères et en petits effets de mains invisibles.
Lorsque le cheval se montrait froid ou indifférent au travail, c’est alors que, dans le mouvement, arrivait une attaque d’éperons puissante, qui, Sans apporter le moindre désordre, ne se révélait à l'œil du spectateur que par cet accroissement d'action et de vitalité que nous signalions tout à l'heure, et rendait l'animal plus noble, plus beau, tout en lui permettant une plus facile exécution des mouvements qui lui
étaient demandés.
Puissions-nous, dans ce qui précède, et particu— lièrement dans ces dernières lignes, avoir accentué notre pensée et réveillé l'attention de nos lecteurs sur un point trop longtemps négligé et sur une vérité que des tentatives équestres de bien des genres, et l'insuffisance de l’enseignement élémentaire, ont
fait perdre de vue à des cavaliers heureusement doués, et qui seraient allés plus loin dans l’art équestre si on leur en eût, en temps opportun, révélé les mystères. |